Le Jura Agricole et Rural
Le foncier : une réelle inquiétude
Congrès des fermiers et métayers
Jura agricole et rural
Publié le:  28 février 2008
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Les fermiers et métayers réunis en Congrès à Paris, le 21 février, ont une fois de plus alarmé les politiques sur la consommation effrénée de terres agricoles. Urbanisation, sites naturels protégés, loisirs… à la veille des municipales, ils demandent aux maires de mieux préserver le foncier.

L’équivalent d’un département de terres agricoles disparaît tous les 10 ans ! Soit 60 000 ha par an. Un état alarmant de la consommation du foncier en France, débattu en Congrès par la section nationale des fermiers et métayers (SNFM) de la FNSEA, le 21 février, à Paris. Le hic, c’est qu’on artificialise majoritairement les terres au meilleur capital agronomique.

« Protéger le foncier, c’est continuer à pouvoir nourrir les hommes ! » Bertrand Saget, le président de la SNFM, demande solennellement aux maires, dont l’une des prérogatives consiste à élaborer les plans d’occupation des sols, et à la veille des élections municipales, de mener en priorité « la réhabilitation des friches industrielles et la densification des zones urbaines et des zones d’activités. » Les fermiers les encouragent aussi à construire des logements sur les plus mauvaises terres agricoles.

En réponse, un représentant du ministre de l’Agriculture, invité à s’exprimer, a affiché le souci de l’Etat de préserver l’usage agricole du foncier. Des outils de zonage existent comme les Zap (zones agricoles protégées) et les PAEN (périmètres de protection des espaces agricoles et naturels périurbains), créés respectivement en 1999 et 2005, mais dont la mise en œuvre est complexe. Michel Barnier a fait savoir qu’il fallait « prendre le temps de se familiariser » avec ces instruments.

Pragmatisme néanmoins chez les adhérents de la SNFM : « Si nous formulons des demandes raisonnables, nous aurons alors plus de chances d’être écouté des maires. Il est normal qu’une petite partie du foncier puisse quitter l’agriculture », entend-on dans la salle. Vanik Berberian, représentant de l’Association des maires ruraux de France, renchérit, soulignant qu’« il y a des espaces qui se partagent pour différents usagers. »
Pour Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, l’agriculteur doit « jouer (son) rôle de syndicaliste et être présent dans les instances locales, les mairies » et les tout nouveaux établissements publics foncier (EPF).

Le développement de la société des loisirs, si chers à nos concitoyens, explique aussi la multiplicité des usages de la terre. Tourisme vert dans des sites protégés, préservation d’espaces naturels… autant d’activités ressenties parfois comme une nouvelle privation de ressources foncières par les agriculteurs. Sans parler des surfaces reconverties exclusivement en terrains de chasse. « L’économie agricole doit primer sur les loisirs », tranche le président des fermiers et métayers. Il appelle en outre à un partenariat avec la Fédération des conservatoires d’espaces naturels pour gérer sereinement la présence d’agriculteurs sur ou à proximité de sites protégés.

Visibilité pour les jeunes
Cette dilapidation du foncier brouille la visibilité économique des exploitations et inquiète nombre de jeunes agriculteurs. « Le jeune agriculteur a besoin d’un outil de travail pérenne pour s’installer, rappelle Philippe Meurs, président du syndicat Jeunes agriculteurs (JA). Les élus doivent faire preuve de courage politique en augmentant le coefficient d’occupation des sols dans les communes et le taux d’occupation des habitations ». Le statut du fermage rempli ici un rôle essentiel en ce qu’il permet de maintenir un tissu durable d’exploitations.
La consommation du foncier est par ailleurs une question « planétaire », a rappelé André Thévenot, le président de la FNSAFER.

Un habitant du monde dispose aujourd’hui de 40 ares, qui chuteront à 16 ares en 2050 selon les estimations. « Le problème mondial des terres se pose en termes de défi alimentaire et de défi énergétique ». Mais aussi en terme de défi environnemental : plus la terre est artificialisée, moins elle capte de carbone ! 


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