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Au-delà de la question du rééquilibrage des soutiens de la Pac se pose la question essentielle de notre souveraineté alimentaire |
Au-delà du rééquilibrage des soutiens entre le premier et le deuxième pilier de la Pac, la question de la souveraineté alimentaire s’est subitement invitée dans le débat.
C’est sans doute la plus essentielle. Celle autour de laquelle, finalement, devrait s’organiser la nouvelle Pac. Les pays occidentaux ont perdu l’autonomie énergétique et nous savons ce qu’il nous en coûte en guerres, en drames humains, en renoncements de nos valeurs, en milliards d’euros engloutis et en dépendance vis-à-vis de régimes qui tiennent nos économies au bout de leur pipe-line comme on tient un otage au bout de son fusil… L‘alimentation est une autre arme que nous détenons en Europe, surtout en France d’ailleurs, et que nos élus se doivent de protéger comme on protège sa souveraineté. L’enjeu dépasse l’agriculture et les agriculteurs et c’est une vraie question politique, au sens noble du terme, qui est posée, à travers la réforme de la Pac, aux dirigeants de nos pays européens.
Sécuriser l’acte de production
Or, l’agriculture est une activité économique qui, pour produire à la hauteur des immenses besoins mondiaux, nécessite des investissements lourds. De plus, c’est une activité soumise aux aléas climatiques, aux accidents naturels, aux épizooties, aux attaques de ravageurs… Bref, c’est une activité du vivant qui, à ce titre, à besoin de sécurité inscrite dans le temps pour amortir ses investissements. Dans le cadre de la mise à plat de la Pac, cette notion d’assurance est la première des demandes des organisations professionnelles agricoles, notamment de la Fnsea et des JA. Il faut trouver les moyens financiers, dans le cadre d’un redéploiement des aides du premier pilier de la Pac, d’abonder, avec l’État, un fonds d’assurance capable de sécuriser la production agricole en sécurisant le revenu des agriculteurs.
Associer l’économie et les territoires
Tout le monde semble d’accord même si l’État, déjà, rechigne à mettre sa part. Mais si l’agriculture est d’abord une activité économique, elle n’en est pas moins, par nature, une activité ancrée à un territoire. Là encore, la profession agricole souhaite que les régions fragiles, les zones de montagne, les productions herbagères, bénéficient d’une attention particulière capable d’assurer leur avenir pour contribuer à une répartition équilibrée de l’activité agricole sur l’ensemble du territoire national. De plus, ces régions difficiles et de montagne ont souvent été le creuset de productions de qualité car, dans ces territoires, il fallait faire preuve d’imagination pour créer les conditions d’une vie possible. C’est la grande question du transfert d’une part des soutiens du premier piler vers le second. Le débat n’est pas facile à l’intérieur même de la profession car il faut prendre à Pierre pour donner à Jean…
La Fnsea et les JA ont ouvert la discussion et pour peu que chacun admette un nécessaire rééquilibrage qui ne compromette ni l’avenir des grandes cultures ni celui des territoires les plus fragiles, il est possible de trouver des solutions consensuelles et durables. Cette recherche d’équilibre, Luc Guyau, le président des chambres d’agriculture le résume ainsi : « il faut disposer d’outils de régulation des marchés (intervention, stockage, fonds de mutualisation) ; donner de la souplesse aux Etats membres pour pouvoir, dans le cadre d’un article 69 élargi, réorienter les aides, obtenir plus d’équité entre les territoires et mettre en place de nouveaux dispositifs de gestion de risque ». Enfin, il s’agit de « permettre aux filières de s’organiser pour mener à bien leur mission de connaissance des marchés et d’adaptation de l’offre à la demande ».
Les Européens soutiennent la Pac
Enfin, il faudra pour cette réforme de la Pac, plus que pour toutes les autres, compter sur l’opinion publique. Un récent sondage réalisé pour le compte de la Commission européenne révèle que face à la flambée des prix des aliments, 43 % des personnes interrogées estiment que la Pac doit avoir un impact favorable sur le prix des denrées alimentaires. Une opinion en forte progression, par rapport à l’étude réalisée l’an dernier (+8 %). Par ailleurs, les citoyens de la Communauté veulent majoritairement « assurer un niveau de vie acceptable aux agriculteurs et la sécurité sanitaire des produits alimentaires ».
Dans la perspective de la négociation financière pour l’après 2013, la réduction du budget alloué à l’agriculture n’est pas perçue positivement. Les personnes interrogées estiment au contraire que l’enveloppe de la Pac doit rester inchangée ou même augmenter (58 %).
Seule une petite fraction de l’opinion (18 %) plaide pour une réduction du budget. Autre enseignement de ce sondage, la conditionnalité des aides est unanimement soutenue, notamment en ce qui concerne le bien-être animal, la protection de l’environnement et la qualité sanitaire des aliments.
Convaincre l’opinion publique
Pour autant, ces derniers chiffres sont à relativiser tant les citoyens européens estiment être peu informés sur la Pac : plus de la moitié des personnes interrogées disent ne jamais en avoir entendu parler.
Et les deux tiers affirment ne pas bien savoir en quoi elle consiste. L’effort à engager pour que la politique agricole commune soit partagée par nos concitoyens est énorme. C’est une priorité que d’expliquer au grand public en quoi les soutiens budgétaires à l’agriculture ne concernent pas seulement les agriculteurs mais bien l’ensemble des citoyens. Pour leur assurer durablement des produits alimentaires en quantité suffisante, en qualité satisfaisante et à un prix abordable.
C’est toute une politique de communication qu’il faut inventer pour légitimer des soutiens à l’agriculture qui ne seront durables que si l’opinion publique les considère comme nécessaire à la défense de notre souveraineté alimentaire, de nos produits de qualité, de notre identité gastronomique et de nos paysages. L’agriculture doit maintenant devenir une cause nationale et européenne comme le sont l’enseignement, la recherche, la santé ou la défense.
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