Le Jura Agricole et Rural
«Ne fabriquons pas de nouveaux exclus»
Raymond Mangon (anciens exploitants)
Jura agricole et rural
Publié le:  27 mars 2008
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«Nous plaidons pour une retraite minimum permettatn de vivre décemment», explique Raymond Mangon

À l’occasion de l’assemblée générale de la section des anciens exploitants, Raymond Mangon revient sur les dossiers prioritaires : la mise à niveau de la retraite complémentaire par rapport à la référence de 75 % du SMIC et la réversion de la RCO pour les conjointes sur les points gratuits.

Comment avez-vous accueilli l’annonce de Nicolas Sarkozy de revaloriser le minimum vieillesse de 200 ? et son engagement en faveur des veuves ?
«  La proposition de Nicolas Sarkozy de donner un acompte de 200 ?  à valoir sur le relèvement de 5 % du  minimum vieillesse paraît aller dans le bon sens parce que cela concerne l’amélioration des plus petites retraites. Mais cette mesure peut s’avérer être un piège car  cette disposition serait réservée aux seuls bénéficiaires du Fonds de solidarité vieillesse (FSV). Des gens qui se trouvent au même  niveau ou légèrement supérieur qui ne touchent pas le FSV en seront exclus et le décrochage risque de s’aggraver avec le temps. Cela  nous parait une mesure plus à effet d’annonce que vraiment réelle parce qu’elle va fabriquer une nouvelle catégorie d’exclus. Il faut que la question soit réexaminée et nous plaidons pour une retraite minimum à un niveau qui permette aux gens de vivre décemment.
Quant aux veuves, leur situation mérite d’être revue et l’augmentation de la réversion de 54 % à 60 % paraît aller là aussi dans le bon sens.  Mais il y a quelque chose qu’il va falloir revoir de près, c’est le niveau du plafond de ressources. Si on augmente les droits de réversion, sans augmenter le plafond de ressource, il y aura un certain nombre de gens qui vont se trouver écartés ».

Vous être partie prenante du groupe de travail sur les retraites agricoles. Quelles sont les priorités que vous faites valoir ?
« On a la satisfaction de voir que les fiches rédigées par le ministère de l’Agriculture ont repris les demandes que nous avions exprimées. La question est de savoir quelle est la réponse qui va être donnée par rapport au coût de l’opération. En ce qui nous concerne nous plaidons pour que la solidarité nationale joue et que les moyens nécessaires soient bien mis en face des demandes que nous avons faites. Ces demandes prioritaires portent sur la mise à niveau de la retraite complémentaire (RCO) par rapport à la référence de  75 % du SMIC et  sur la réversion de la RCO à nos conjointes sur les points gratuits. Nous plaidons  pour la suppression du coefficient de minoration des revalorisations des retraites. Actuellement,  il demeure un coefficient de minoration de 4 % par année manquante. Nous avons également évoqué l’extension de la RCO aux personnes qui en sont exclues à cause de la limite du 1er janvier 1997. Une mesure qui toucherait 80 000 personnes et qui coûterait, il faut le reconnaître une somme assez conséquente de 60 millions d’euros ».

Avez-vous évoqué la généralisation de la retraite à 85 % du SMIC prévue par la loi sur les retraites de 2003 ?
« La mesure a été annoncée à l’origine pour les salariés payés au SMIC et titulaires d’une carrière complète. Nous avons eu juste une promesse verbale d’un ministre de l’Agriculture pour son application aux retraites agricoles, mais il n’y a jamais eu de définition de l’application de ces 85 % à l’agriculture. Il faudrait une définition claire, nette et précise concernant les gens qui pourraient y prétendre dans l’agriculture et à quelles conditions.
Notre priorité reste sur les 75 % parce que cela concerne beaucoup plus de personnes. Je recommande surtout aux pouvoirs publics de ne pas prendre des mesures partielles qui répondent à une catégorie de gens sans résoudre la totalité du problème posé. Des mesures idiotes qui continuent de fabriquer des exclus et d’accentuer des disparités. Ce que nous voulons au contraire, c’est  une certaine harmonisation du système des retraites ».

Comment avez-vous accueilli la circulaire restreignant les rachats d’années en tant qu’aide familial ?
« Je suis tout à fait d’accord pour autoriser un rachat de trimestres qui permette d’obtenir une carrière complète.  En revanche, je suis un peu plus réservé si la mesure sert à prendre sa retraite à 60 ans, voire avant. Je ne suis pas très favorable pour partir à la retraite trop tôt dans la mesure où la durée de vie s’allonge. On ne peut concevoir de passer plus de temps à la retraite qu’en activité ».

Redoutez-vous que les actifs ne veuillent plus payer pour les retraités ?
« C’est le principe même de la retraite par répartition qui est posé et auquel nous sommes très attachés. Ce sont les actifs qui cotisent pour les gens qui sont en retraite et cette solidarité intergénérationnelle doit s’exercer sans caractère restrictif. Tant mieux pour ceux qui peuvent se payer une retraite ou un complément de retraite par capitalisation.  Mais ce n’est  pas  notre option pour tout le monde.  D’ailleurs, le système de répartition n’est pas une affaire agricole, c’est un système qui est adapté à tous les régimes.                                     


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