Le Jura Agricole et Rural
Un fonds d'investissement pour garder voix au chapitre
Fédération des coopératives laitières du Jura
Jura agricole et rural
Publié le:  04 avril 2008
Page 6 

Les présidents de coopérative laitière ont débattu de l'avenir du lait et des outils de transformation dans la région

Les producteurs doivent-ils investir dans les entreprises d'affinage pour éviter que leur lait ne partent dans de grands groupes industriels ? La question n’est pas encore d'actualité, mais elle a été débattue le 26 mars à Champagnole. «Nos coopératives ont un rôle déterminant pour préserver le patrimoine de nos AOC et pour préparer l'avenir. Mieux vaut être acteur que spectateur», prêche Alain Mathieu, président de la FDCL. 

Préparer l’avenir, c’est préparer l’après-quota. C’est regarder en face les critères de rentabilité des fruitières. C’est prévoir le pire pour construire un contre scénario. Et si la Franche-Comté venait un jour à n’avoir plus qu’un seul metteur en marché pour ses fromages ou que des fonds d’investissements venus d’on-ne-sait-où vampirisent les quelques entreprises privées d’affinage qui font encore contre poids ? L’actualité financière de ses derniers mois et le devenir de grandes sociétés régionales (Smoby, Raquin, Aiserey) en sont un exemple. Les coopératives qui représentent 80% de la transformation fromagère et 50% de la collecte régionale, sont-elles prêtes à recapitaliser leur outils de transformation et d'affinage ? La réflexion est en marche. La FDCL du Jura a inscrit ce thème à l’ordre du jour de son assemblée générale, tout comme la FCDL du Doubs quelques mois auparavant, laissant à chacun la possibilité d’exprimer ses craintes et ses convictions (lire ci-dessous).
 
Une maîtrise fromagère
Mais l’avenir des coopératives laitières, c’est aussi leur capacité à rester rentables dans un contexte où la concurrence laitière s’annonce de plus en plus rude. Les agriculteurs européens sont autorisés cette année à augmenter de 2 % leurs quotas de production de lait, puis vraisemblablement de 1% par an d’ici 2015, avant le démantèlement définitif des quotas. Faut-il mettre en place un nouvel outil de maîtrise laitière ? Les présidents des coopératives laitières du Jura se posent légitimement la question. Un autre débat attend la filière, celui de l’attachement de la production de comté à l’hectare de SFP. Une réflexion que le CIGC appelle de ses vœux. « La position du conseil d’administration de la FDCL est plutôt pour la maîtrise fromagère et pour le plaquage de ces quotas supplémentaires (plaques vertes comté).
 
Il faut aussi une meilleure complémentarité entre lait AOC et lait standard. C’est pourquoi nous souhaitons que le GIE quota vente de lait soit opérationnel le plus vite possible ». Alain Mathieu ne considère pas que le débat soit clos pour autant. « On ne sait pas ce qui va se passer réellement sur les marchés ». Des aléas des marchés qui ont vite fait de mettre des producteurs au tapis lorsqu’ils n’ont pas une interprofession suffisament forte. Dans ce contexte, les AOC sont une chance de stabilité et le président de la FDCL ne manque pas de le souligner. « Nos filières AOC ont su conserver leurs fondamentaux. Des négociations constructives au sein de la commission des contrats ont permis la mise en place de la cotisation volontaire pour équilibrer l’offre et la demande et dernièrement une plus juste répartition de la valeur ajoutée par la suppression de l'aide au stockage ». Cette aide avait été mise en place en 2004 quand le marché obligeait les affineurs à stocker davantage de fromage. Un coût de viellissement qui pesait sur la MPN. Aujourd’hui, la conjoncture est différente : entre février 2007 et février 2008 les stocks de comté sont descendus à 28 659 tonnes (-11,40%) par l’effet conjugué de la baisse de la production de -1,34% et de la hausse des ventes de 4,6%.
 
La MPN remonte
« Les coopératives et les producteurs de la filière comté commencent enfin à sentir une hausse des prix du lait », indique Claude Vermot-Desroches, président du CIGC. La MPN est remontée de 0,232 euros par kilo (+ 6,7%) entre février 2007 et février 2008. Le fait est assez rare pour le mentionner : le président de la FDCL, Alain Mathieu n’a pas hésité à remercier les affineurs pour « leur sens du collectif et de l’équité » et particulièrement leur présidente, Véronique Rivoire. Une lune de miel vite éclipsée par la négociation du plan de campagne comté 2008/2009. Explications avec le président du CIGC : « Le plan de campagne intégrait une production de 1 630 tonnes de comté supplémentaires pour prendre en compte l’augmentation de quota et les attributions JA. Mais Entremont avait une exigence plus élevée que la filière ne peut absorber. Pour ne pas entrer en situation de crise et préserver le principe d’un plan de campagne face à la FNIL,  j’ai tranché pour une ouverture de production de 2 300 tonnes », termine Claude Vermot-Desroches. Une décision médiane que la FDCL du Jura ne remet pas en cause mais l’évènement inquiète les présidents de coopératives : une entreprise peut à elle seule casser un plan de campagne en faisant pression auprès de l’administration. « Un argument de plus pour reprendre le pouvoir économique face à de grands groupes », estime Alain Mathieu, sans montrer du doigt une entreprise en particulier.

+2% de quota
Les agriculteurs européens sont autorisés cette année à augmenter de 2 % leurs quotas de production de lait. Possibilité ne veut pas dire obligation. En fait, la France devra déjà réussir à atteindre le maximum de son quota, car elle est depuis plusieurs années en sous réalisation. Une situation liée notamment à la baisse du nombre de producteurs de lait. Le ministre de l’Agriculture français a proposé lors de l’assemblée générale de la FNPL (lire pages 14-15) que cette augmentation soit redistribuée à un échelon régional avec deux priorités : rééquilibrer les attributions aux jeunes agriculteurs en cas de disparités entre départements et consolider les références des producteurs ayant obtenu des attributions provisoires importantes (zones de sous réalisations). « La nouvelle campagne laitière vient seulement de commencer. Rien  n'est encore tranché et  il peut se passer encore plusieurs mois avant que les conditions de réattribution ne soient débattues au niveau régional», signale-t-on à la DDAF.
 
Équilibre financier
L’équilibre financier est revenu à la FDCL du Jura avec un résultat de +4 859 euros. « Un équilibre fragile fortement dépendant du GIE quota », rappelle Pierre-François Bernard, directeur de la FDCL.
 
Des projets en région
Les FDCL du Jura et du Doubs continuent à travailler ensemble et avec le CERJ sur la création d’un pôle régional pour la comptabilité des coopératives. Le projet devrait être opérationnel pour le deuxième semestre 2008. Autre nouveauté : la création d'un pôle energétique permettant de faire réaliser par l’Ajena le diagnostic energétique des fruitières. Diagnostic subventionné à 70% (Ademe, Conseil régional).
    n


Newsletter GRATUITE
Sondage

Face à l'augmentation du prix du pétrole, les agriculteurs ont-ils raison d'engager des mouvements syndicaux ?

  • Oui
  • Non
  • Ne sais pas

  • (C) Le Jura agricole et rural
    Partagez vos idées, écrivez-nous
    Webmaster