Des déséquilibres croissants
Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture
Jura agricole et rural
Publié le: 04 avril 2008
Page 8
Panos Konandreas, économiste à la FAO, dresse un bilan assez pessimiste de la mondialisation des échanges, côté pays en voie de développement. L’engouement pour les biocarburants n’arrangera vraisemblablement pas les choses.
L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO en anglais : Food and Agriculture Organisation of the United Nations) est une organisation spécialisée du système des Nations Unies. Son siège est à Rome depuis 1951. La FAO regroupe 190 membres (189 États plus l’Union européenne). Son objectif suprême affiché est « aider à construire un monde libéré de la faim », sa devise, inscrite sur son logo, est « Fiat panis » (« qu’il y ait du pain (pour tous) »). « Le mandat de la FAO est d’améliorer la sécurité alimentaire dans les pays vulnérables ainsi que le niveau de vie des populations rurales. La surveillance du marché par la FAO est unique, puisque c’est un système global qui recueille des données sur les produits de base dans le monde entier, depuis un demi-siècle, en toute indépendance. Cela permet d’évaluer les effets à court et à long terme les effets des politiques nationales et internationales », a expliqué Panos Konandreas, économiste à la FAO en poste à Genève, à la délégation Avenir formation.
Le tableau qu’il brosse de la mondialisation des échanges n’est pas aussi « positif » que celui des négociateurs de l’OMC. « Pour les pays de l’OCDE (le groupe des pays développés), l’application de l’accord sur l’agriculture s’est traduite par une utilisation maximale de la flexibilité, tandis que les subventions aux exportations ont continué. La réinstrumentation a permis de satisfaire aux obligations de l’OMC en découplant les paiements, et en utilisant la boîte verte comme une soupape de sécurité. Par contre les pays en voie de développement n’ont que très peu eu recours à la flexibilité prévue par l’accord, principalement en raison de contraintes budgétaires. Ils ont en revanche utilisé massivement les droits de douane pour se protéger des variations du marché mondial et contre le déficit croissant de leur balance commerciale pour les produits alimentaires. Globalement les droits de douane sont en baisse. » Depuis 1960, la part des exportations agricoles des pays en voie de développement est en baisse, en partie à cause des pertes en valeur ajoutée (cacao, café…).
Prix agricoles élevés
« Les déséquilibres sont croissants : depuis le milieu des années 80, la balance commerciale des pays en voie de développement est entrée en déficit net et l’écart ne cesse de se creuser. » Quelques régions du monde s’en sortent quand même mieux, telles l’Asie de l’Est et l’Asie du Sud-Est.
Côté tendances récentes, l’économiste revient sur la forte augmentation des prix des produits agricoles. « Côté offre, les décennies de sous-investissements dans les pays en voie de développement ont affecté leur capacité de production. Les pays développés ont des capacités de produire mais limitent leur production, de plus les prix élevés de l’énergie (et de l’engrais) ont augmenté les coûts. En face, la demande alimentaire augmente dans les pays en voie de développement et la production de biocarburant soustrait une partie des ressources alimentaires du marché. En 2007, la production de biocarburants a représenté 25% de la production de maïs aux USA, 50% de la canne à sucre au Brésil et 40% du colza dans l’UE… Ces biocarburants sont encouragés par des subventions et l’objectif de réduire les émissions de carbone, mais on sait que l’efficacité, mise à part pour la canne à sucre, n’est pas très bonne : en tenant compte de tous les intrants, on arrive à peine à produire 1,5 à 2 litres d’équivalent fuel pour un litre consommé ! Pour produire 100 litres d’éthanol, il faut par exemple 258 kg de maïs grain… c’est à peine de quoi aller de Paris à Genève, mais bien plus que la consommation annuelle d’un habitant d’un pays d’Amérique latine, 160 kg ! »
L’observation des cours des denrées agricoles sur un siècle montre une grande volatilité, mais un déclin continu. « Un essor rapide est habituellement suivi d’une importante chute. Malgré tout, on peu supposer que cette période de prix élevé durera encore un peu à moins d’un changement de politique sur les biocarburants dans les pays développés pu qu’une percée technologique ne survienne dans la production d’éthanol. »
« Les déséquilibres sont croissants : depuis le milieu des années 80, la balance commerciale des pays en voie de développement est entrée en déficit net et l’écart ne cesse de se creuser. » Quelques régions du monde s’en sortent quand même mieux, telles l’Asie de l’Est et l’Asie du Sud-Est.
Côté tendances récentes, l’économiste revient sur la forte augmentation des prix des produits agricoles. « Côté offre, les décennies de sous-investissements dans les pays en voie de développement ont affecté leur capacité de production. Les pays développés ont des capacités de produire mais limitent leur production, de plus les prix élevés de l’énergie (et de l’engrais) ont augmenté les coûts. En face, la demande alimentaire augmente dans les pays en voie de développement et la production de biocarburant soustrait une partie des ressources alimentaires du marché. En 2007, la production de biocarburants a représenté 25% de la production de maïs aux USA, 50% de la canne à sucre au Brésil et 40% du colza dans l’UE… Ces biocarburants sont encouragés par des subventions et l’objectif de réduire les émissions de carbone, mais on sait que l’efficacité, mise à part pour la canne à sucre, n’est pas très bonne : en tenant compte de tous les intrants, on arrive à peine à produire 1,5 à 2 litres d’équivalent fuel pour un litre consommé ! Pour produire 100 litres d’éthanol, il faut par exemple 258 kg de maïs grain… c’est à peine de quoi aller de Paris à Genève, mais bien plus que la consommation annuelle d’un habitant d’un pays d’Amérique latine, 160 kg ! »
L’observation des cours des denrées agricoles sur un siècle montre une grande volatilité, mais un déclin continu. « Un essor rapide est habituellement suivi d’une importante chute. Malgré tout, on peu supposer que cette période de prix élevé durera encore un peu à moins d’un changement de politique sur les biocarburants dans les pays développés pu qu’une percée technologique ne survienne dans la production d’éthanol. »
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