Le Jura Agricole et Rural
Préparer l'avenir des producteurs de lait
Congrès FNPL
Jura agricole et rural
Publié le:  04 avril 2008
Page 14 

Ce congrès a sans doute permis aux producteurs de lait de renouer avec l’optimisme.

L’année 2008 est une année charnière pour les producteurs laitiers. Pour se projeter dans l’avenir et s’y préparer, les responsables de la FNPL avaient sollicité trois intervenants de renom pour qu’ils fassent part de leur avis sur l’avenir de la production laitière, les contraintes qui peuvent peser sur les élevages et le cadre politique. Une députée européenne allemande a également fait part de son sentiment sur la politique agricole.

Deux idées clé ressortent de l’analyse de Benoît Rouyer (Ubifrance) sur l’avenir de la production laitière : il y aura d’avantage d’aléas et d’opacité, donc les prix vont plus varier et la tendance de fond est plutôt favorable en termes d’offre et de demande. Pour lui, « depuis 10 ans, l’équilibre offre-demande est impactée par de nombreux aléas (climatiques, économiques, sanitaires) et rien ne dit qu’ils seront moins fréquents à l’avenir. Leur impact sera plus marqué sur les prix mais il y aura moins d’oscillations dans le temps. » Le marché sera également soumis à de nouveaux facteurs peu prévisibles comme le réchauffement climatique, la ressource en eau, le coût de l’énergie.
Néanmoins, les tendances de fond sont favorables. « La production laitière peut encore augmenter sans perturber les équilibres du marché. De plus, le lait est une matière première qui redevient un enjeu de premier plan pour les transformateurs. » Pour Benoît Rouyer, « il faut avoir confiance car les perspectives d’offre et de demande sont favorables, mais aussi rester prudent car des à-coups de forte amplitude sont à prévoir dans les années à venir. »
 
Environnement
Après avoir compris qu’ils devaient rester optimistes, les producteurs laitiers ont suivi l’intervention d’André Le Gall, de l’Institut de l’élevage, qui leur a fait part de son analyse sur les nouveaux défis de l’agriculture : produire plus pour répondre au défi alimentaire, produire autre chose (bioénergie) et produire autrement (réduire l’impact environnemental). Pour lui, les éleveurs se sont engagés massivement dans le programme de mise aux normes et les effets positifs se font sentir sur les teneurs en nitrates. Malgré les contraintes de la réglementation sur les nitrates, « une grande majorité des régions françaises peut produire plus de lait. L’ouest laitier peut aussi retrouver des marges de manœuvre pour produire du lait malgré la contrainte nitrate. » En ce qui concerne les gaz à effet de serre, les vaches sont souvent les premières accusées. « De nombreuses solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à l’agriculture sont possibles. Il faut intégrer les nouveaux enjeux dans l’optimisation des systèmes laitiers. »
 
Cadre politique
En plus de ces nouvelles données à prendre en compte, les éleveurs laitiers, comme l’ensemble des agriculteurs français, devront continuer à produire en tenant compte d’un cadre politique qui évolue, résultant entre autres des réformes successives de la Pac. La tendance actuelle est d’aller vers un découplage total des soutiens directs. Or, la France a été un des pays les plus conservateurs en matière de gestion du découplage. Vincent Chatelier de l’Inra a établi quatre scénarios pour mesurer l’impact de différentes gestions des DPU sur le revenu des agriculteurs : régionalisation des DPU, mutualisation nationale des DPU, modulation à 20 % des aides directes du premier pilier, baisse de 35 % des aides directes du premier pilier. En ce qui concerne la régionalisation, « plus on est dans une région homogène en matière de productions, moins il y a de changement. Mais, dans des régions aux productions multiples, la régionalisation soulève plus de difficultés qu’elle ne résout de problèmes. » Pour Vincent Chatelier, la mutualisation des DPU n’est pas envisageable. Quant à la modulation à 20 %, elle peut être un levier potentiel pour les régions herbagères. « Avec un ciblage, elle peut avoir des effets importants sur les revenus. » Dans le cas d’une baisse des soutiens de 35 %, l’impact est à apprécier en fonction de l’évolution réelle des prix. Pour Vincent Chatelier, « l’augmentation des quotas est à gérer année par année et selon les marchés. Il faut une stratégie pour pérenniser les soutiens avec un mécanisme d’assurance, une évolution des modalités d’octroi des soutiens publics. »
Pour Elisabeth Jeggle, députée européenne allemande et rapporteur à la commission agricole à l’OCM lait, « l’augmentation linéaire des quotas prévue est trop rapide. On a besoin de quelque chose de simple et flexible pour s’adapter au marché. »
 
Faire des propositions
Effectivement, lundi 17 mars, l’augmentation de 2 % des quotas chaque année et jusqu’en 2015, année de leur disparition, a été adoptée par le Conseil des ministres européen. Elisabeth Jeggle affirme qu’il a fallu trouver un consensus. Certains pays demandaient une augmentation de 6 % des quotas alors que d’autres ne voulaient rien modifier.
« En contrepartie de la décision prise, le Parlement demande une mutualisation européenne des quotas de fin de campagne, la mise en place d’un fonds laitier européen, une étude sur la consommation et l’effet de l’augmentation des quotas dans les régions difficiles. »
Elisabeth Jeggle a expliqué qu’il est désormais important que les producteurs laitiers fassent des propositions concrètes. « En 2003, il y a eu un refus de la réforme de la Pac et pas suffisamment de propositions. Il faut désormais faire mieux en ayant des propositions claires. Ceci est d’autant plus important que la fin du bilan de santé de la Pac sera sous la présidence française de l’Union européenne. »


Newsletter GRATUITE
Sondage

Face à l'augmentation du prix du pétrole, les agriculteurs ont-ils raison d'engager des mouvements syndicaux ?

  • Oui
  • Non
  • Ne sais pas

  • (C) Le Jura agricole et rural
    Partagez vos idées, écrivez-nous
    Webmaster