Le Jura Agricole et Rural
«Faire bouger les lignes pour ne jamais subir»
Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA
Jura agricole et rural
Publié le:  04 avril 2008
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A quelques jours du congrès de la FNSEA qui se tient à Nantes, du 1er au 3 avril, Jean-Michel Lemétayer revient sur les principaux dossiers qui feront l’actualité de ce congrès.

Comment s’annonce le congrès de Nantes ?
« D’abord il s’agit d’un congrès électif. Soixante-sept administrateurs vont ainsi être élus. Le renouvellement sera important puisque plus d'un tiers des membres vont faire leur entrée au conseil d’administration. Comme toujours, celui-ci représentera l’ensemble des régions et des productions. Le conseil procédera à l’élection d’un nouveau bureau le 17 avril prochain. Je tiens à dire, d’ores et déjà, que l’équipe dirigeante qui m’accompagne au quotidien dans la défense de l’agriculture française est candidate à sa reconduction. Les échéances nationales et internationales qui nous attendent nécessiteront, au regard de leur importance, l’engagement et la volonté de tous ».
 
Nicolas Sarkozy a annoncé sa participation au congrès. Qu’attendez-vous de lui ?
« C’est une première. Un Président de la République va honorer de sa présence un congrès de la FNSEA. J’attends de sa part des paroles fortes mais surtout des engagements clairs. En effet, la France va présider l’Union européenne pendant six mois et les dossiers européens relèveront alors directement du chef de l’État. Ceci est aussi vrai pour les dossiers internationaux qui nous concernent. Il s’agit pour le Président de la République de nous dire ce qu’il compte faire dans le cadre du bilan de santé de la Pac. Plus loin, de nous expliciter ses idées, peut-être sur la future réforme de la Pac de 2013, mais aussi, de nous donner sa ligne de conduite face aux avatars de l’OMC. Pourquoi le nier, nous attendons beaucoup… »

Vous avez choisi pour thème du rapport d’orientation l’organisation des filières agroalimentaires. Une priorité pour les agriculteurs ?
« Pour nous, quelle que soit la tendance du marché, l’organisation des producteurs et l’organisation économique des filières sont indispensables. Celles-ci ne sont pas faites uniquement pour répondre aux situations de crise. L’organisation est une toile de fond, un fil conducteur, une obligation pour pouvoir peser dans un milieu concurrentiel de plus en plus vif ! La pérennité d’une exploitation ne s’assure pas en surfant sur des marchés spéculatifs.
Nous nous battons pour une meilleure gestion des marchés et regrettons que l’Union européenne ait, peu à peu, démantelé les outils de gestion du marché. Notre objectif est que, quelles que soient les filières, les producteurs soient organisés, structurés et s’engagent dans l’aval pour récupérer de la valeur ajoutée ».
 
Vous vous êtes montré hostile à l’augmentation des quotas laitiers décidée par le Conseil des ministres européens la semaine dernière. Pourquoi ?
« Etre dans un schéma de maîtrise de la production signifie une gestion en fonction du marché et non en fonction d’autres considérations. On ne peut augmenter les quotas laitiers que si le marché peut absorber la hausse de production qui en découle. Je regrette fortement que notre ministre de l’Agriculture se soit abstenu lors du vote à Bruxelles sur la proposition d’une progression de 2 % des quotas sur la prochaine campagne. C’est une véritable erreur. Il aurait dû montrer une position plus dure et s’opposer à une disposition qui ignore les évolutions du marché laitier ».
 
Sur les biocarburants, il y a de plus en plus de voix qui contestent leur bilan énergétique et écologique et qui font valoir la concurrence avec l’alimentation. Faut-il continuer dans cette voie ?
« Lors du congrès de Metz en 2006, la FNSEA a mis en avant la complémentarité des missions des agriculteurs : produire pour nourrir les populations mais aussi produire des énergies vertes. Cela ne concerne pas que les biocarburants. J’estime que l’agriculture peut apporter sa contribution au bouquet d’énergies dont a besoin notre pays, sous forme d’une énergie durable et renouvelable. Quant aux propos de Peter Brabeck, le président de Nestlé qui a affirmé que si on continue la politique engagée en matière de biocarburants, il n’y aura plus rien à manger, je trouve cela déplacé… Cette déclaration tonitruante intervient au moment où le sujet du pouvoir d’achat est prégnant en Europe. L’intention du patron de Nestlé serait-elle de payer toujours moins cher les matières premières ? Je suis prêt à le penser.
D’autres pays comme le Brésil ou les Etats-Unis ne se posent pas autant de questions. Nous avons besoin de lisibilité. Il est grand temps que le cap soit fixé et que l’on s’y tienne ».

Que répondez-vous à ceux qui rendent les agriculteurs responsables de l’augmentation des prix alimentaires ?
« Je me réjouis que les producteurs agricoles ne soient pas montrés du doigt. Le débat est vaste… mais il s’agit avant tout de faire la transparence, certes sur les prix, mais aussi et surtout sur les marges. La grande distribution et la transformation ont ce devoir citoyen face au problème du pouvoir d’achat qui préoccupe les Français. Les paysans, longtemps plombés par des prix trop bas, veulent gagner leur vie sur le marché. La modernisation de l’économie agricole passe par un devoir de vérité des uns et des autres. Comment justifier les envolées des prix à la consommation du jambon, quand les cours du porc chutent de 30% ?
Par ailleurs, au sujet de la négociabilité des tarifs commerciaux, en discussion actuellement, je préviens qu’il serait inconcevable de voter une loi qui aboutirait à subir le diktat des grandes surfaces ! »

Ne craignez-vous pas que le Grenelle de l’environnement aboutisse à des contraintes supplémentaires pour les agriculteurs ?
« La FNSEA s’est engagée dans le Grenelle avec « la positive attitude ». Cela, personne ne peut nous le contester. Pour autant, nous voulons que nos efforts soient reconnus et que nous puissions exercer notre métier dans des conditions raisonnables. OGM, phytos, réglementation sociale et fiscale sont des dossiers européens. Il ne s’agit pas d’avoir des réglementations différentes de nos voisins au risque de créer de nouvelles distorsions de concurrence. La France agricole ne peut se permettre de perdre en compétitivité. Au-delà, je demande aux députés français, avant le vote de la loi sur les OGM, de faire preuve de hauteur de vue et de bon sens pour éclairer les Français ».


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