Le Jura Agricole et Rural
Les réactions de la délégation jurassienne
62e congrès de la FNSEA à Nantes
Jura agricole et rural
Publié le:  09 avril 2008
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Congrès FNSEA 2008 - délégation jurassienneLa délégation jurassienne : Jocelyne Favier, Frédéric Perrot, Marcel Marguet, Gilles Tonnaire, Gilles Duquet, Christian Gérard, François Lavrut, accompagnés de François Gaudron et Étienne Rougeaux

Le congrès annuel de la FNSEA est toujours un moment fort de la vie syndicale. À quelques mois de la présidence française de l’Union européenne qui actera le bilan de santé de la Pac et de nouvelles orientations, cet événement prenait une dimension toute particulière : l’occasion pour Frédéric Perrot, Marcel Marguet et François Lavrut, membres de la délégation jurassienne, de faire part de leurs réactions.

JAR : Pour la première fois en 62 ans, le Président de la République est intervenu lors du congrès de la FNSEA. Quel signe y voyez-vous et quels messages Nicolas Sarkozy et le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier vous ont-ils transmis ?
Frédéric Perrot, président de la FDSEA du Jura : Il y a encore peu de temps, certains voulaient transformer les agriculteurs en jardiniers de l’espace, mettant au second plan notre rôle de producteurs. Les déséquilibres que connaissent actuellement les marchés et les hausses de prix qui en découlent, ont totalement modifié la donne. En rappelant à plusieurs reprises que la France était le premier exportateur mondial de produits agroalimentaires avec 64 milliards d’euros dans la balance commerciale, le Président de la République a totalement repositionné l’agriculture dans son rôle de production, considérant qu’il s’agissait bien d’une « filière stratégique et non d’une filière nostalgique. » À ce titre, la nécessité d’une politique agricole commune disposant d’outils de régulation économique et de gestion des marchés a été réaffirmée.

JAR : Au-delà des déclarations de politique générale, comment le gouvernement compte-t-il s’y prendre pour maintenir une politique agricole commune forte, dans une Europe à 27 et sous pression de l’OMC ?
Frédéric Perrot : Lors de son intervention, le ministre de l’Agriculture nous a donné les cinq clés qu’il comptait utiliser. Il entend tout d’abord s’appuyer sur un syndicalisme fort et responsable. La FNSEA est la seule organisation qui regroupe tous les territoires et toutes les productions. La synthèse est parfois complexe mais les points qui nous rassemblent sont plus nombreux que ceux qui nous divisent. Face à l’OMC ou à la Commission européenne, nous devons parler d’une seule voix ! En adoptant une motion de synthèse sur le bilan de santé, la FNSEA est la seule organisation nationale à assumer pleinement ses responsabilités.
Seconde clé, les restructurations internes des services de l’État (regroupements DDAF, DDE, …).
 
Troisième clé, la diplomatie agricole : le traité simplifié de l’Union renforce les pouvoirs du parlement européen. À l’image du travail que nous réalisons avec
les députés et sénateurs dans le département, nous devons prendre l’habitude d’interpeller régulièrement les députés européens. Nous devons mener des
actions de lobbying auprès de nos collègues des autres pays de l’Union. Ces actions doivent être portées  non seulement par nos organisations syndicales mais également par nos structures économiques et en particulier la coopération.
 
Quatrième clé, le dialogue avec le reste de la société : nous l’avons entamé lors du Grenelle de l’environnement et nous devons le poursuivre. Cette expérience nous l’a prouvé, c’est en dialoguant que l’on arrive à se comprendre et à se faire comprendre. La FNSEA doit profiter de sa représentation du local à l’international pour susciter le dialogue avec l’ensemble des composantes de la société.
Cinquième clé, la recherche innovation : au niveau national comme au niveau départemental, cet élément me semble capital pour que l’agriculture française et européenne continue à faire la course en tête face à des pays qui n’ont pour objectif que de nous dépasser.

JAR : En temps que nouveau secrétaire général de la FDSEA, les propos du ministre de l’Agriculture souhaitant s’appuyer sur un syndicalisme fort et responsable sont plutôt encourageants ?
Marcel Marguet : C’est certainement durant des périodes de négociations aussi importantes que celle que nous entamons actuellement, que le rôle du syndicalisme prend toute sa dimension. La force de notre réseau repose sur la diversité des filières et des territoires et notre capacité à élaborer des propositions de synthèse. Chacun dans son rôle, je considère les propos du ministre comme une reconnaissance du travail réalisé et comme un encouragement à le poursuivre.

JAR : Dans le cadre des débats sur le bilan de santé de la Pac à mi-parcours, la future politique de l’herbe a largement  animé les échanges de ces trois journées de congrès. Pouvez-vous nous expliquer la situation ?
Marcel Marguet :
Au fil du temps, le dispositif de soutien aux systèmes herbagers s’est complexifié au point de devenir plus contraignant qu’incitatif.
Financée par le second pilier de la Pac, la PHAE est l’outil d’une politique environnementale dont les exigences et le niveau de soutien ne répondent plus aux enjeux économiques actuels. Dans le cadre du bilan de santé de la Pac, les États membres ont la possibilité d’opérer des changements dans l’utilisation du premier  pilier, dans la limite de 10% des crédits. En utilisant cette possibilité à échéance 2009, il est proposé de créer une mesure revalorisée et moins contraignante pour les systèmes herbagers. Toutefois, en opérant ce transfert et dans le contexte de rigueur budgétaire que nous connaissons, nous devons avoir l’assurance que l’État ne fera pas l’économie des crédits jusqu’alors affectés à la PHAE.

JAR : Le rapport d’orientation avait pour thème « le choix de l’organisation économique ». Quels enseignements en avez-vous retiré ?
François Lavrut :
Notre enjeu est double. Nous devons faire preuve de lucidité et de responsabilité. Des réalités nouvelles s’imposent, faites de contraintes et d’opportunités. Les contraintes tiennent à la dérégulation des marchés et au désengagement des politiques publiques. Les opportunités reposent sur la croissance et les marchés à conquérir. À l’avenir, nous devons donc compter davantage sur nos propres forces, être co-acteurs et co-responsables de nos filières. C’est notre capacité à nous organiser qui déterminera notre avenir.

JAR : Avec davantage de flexibilité des marchés et des prix, pensez-vous que le système d’assurance revenu soit amené à se développer ?

François Lavrut : Avec des prix qui risquent de fluctuer de manière beaucoup plus importante qu’auparavant, le système assurantiel me semble être le plus approprié. Toutefois, je ne voudrais pas que l’on tire un trait trop rapidement sur les outils de gestion des marchés existants. Nous devons continuer à nous battre pour les maintenir tout en créant des filets de sécurité, avec le soutien financier de l’État et de l’Union européenne.


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