Le Jura Agricole et Rural
La FNSEA propose la flexibilité des aides Pac
Congrès de la FNSEA à Nantes
Jura agricole et rural
Publié le:  09 avril 2008
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Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier clôturé les travaux du soixante-deuxième congrès de la FNSEA. Avec Jean-Michel Lemétayer et les délégués, il a évoqué son soutien à la mise en œuvre d'un fonds d'assurance au titre des risques climatiques

La Fnsea hésite entre la satisfaction de constater la hausse des produits agricoles enfin payés aux producteurs et la crainte que cette bonne conjoncture ne dure pas.

L’inconfort de la situation était perceptible à Nantes au congrès de la Fnsea car, le retournement des marchés agricoles intervient en plein bilan de santé de la Pac, c’est-à-dire au pire moment. La Commission européenne a beau jeu, en effet, d’expliquer que les marchés faisant le revenu des agriculteurs, il est temps que les budgets publics consacrés à l’agriculture soient revus à la baisse. La Fnsea craint, à juste titre, de lâcher la proie pour l’ombre et, tout au long du congrès de Nantes, ses responsables ont plaidé pour le maintien de la Pac et fait bloc pour éviter le détricotage des outils de régulation et de gestion des marchés agricoles.
La recherche du consensus
Personne ne veut prendre le risque de se retrouver un jour avec des marchés déprimés et plus de budget public pour compenser les pertes... Même ceux qui prônent d’ordinaire le libéralisme économique total ont enclenché la marche arrière et vite mesuré le risque qu’ils prenaient de condamner l’intervention publique en s’en remettant à la seule loi des marchés… Mais chacun a conscience que la situation actuelle n’est pas tenable et qu’il est difficile de faire cohabiter un budget public annuel de plus de 9 milliards d’euros versé aux agriculteurs français et des prix des produits agricoles rémunérateurs. Soucieuse de rester crédible et de conserver le principe d’un soutien durable, la Fnsea propose de répartir plus équitablement les aides Pac entre les productions et de développer un Fonds de garantie contre les risques climatiques et sanitaires. C’est le grand mérite de la Fnsea que de réunir en son sein tous les agriculteurs et toutes les agricultures que compte notre pays.
Car c’est là que se construisent les consensus. Bien sûr les débats sont vigoureux et la lutte acharnée entre les régions, entre filières et singulièrement entre les céréaliers et les éleveurs. Les premiers ne veulent lâcher qu’à la marge leurs compensations, craignant qu’un jour ils n’aient ni les prix des produits ni les aides de la Pac. Les éleveurs, pour leur part, font valoir qu’ils sont les principaux clients des céréaliers et les premiers à subir la hausse des prix des céréales. Ils invoquent leur condition d’aménageur d’un territoire qui, sans eux, seraient bien souvent livré aux affres de la déprise. Ils plaident pour leurs régions fragiles et de montagne et c’est justice. Les arguments des uns et des autres exposés, il faut trancher. La Fnsea se fraye un passage dans les demandes des uns et les suggestions des autres. C’est l’art de la synthèse : elle arase les aspérités, elle rabote les excès, elle prône le juste milieu et nourrit aussi quelques déceptions…
Les éleveurs reviennent à la charge
Les éleveurs du massif-Central et du bassin allaitant sont inquiets pour la pérennité de la PHAE (prime à l’herbe), mesure du deuxième pilier assurée par un cofinancement de l’Europe et de l’État français. Ils demandaient le basculement de cette prime à l’herbe sur le premier pilier afin de lui assurer un financement européen jusqu’en 2013. En même temps, ils demandaient que son montant soit porté à 300 euros par hectare tant pour des besoins de rééquilibrage des aides entre éleveurs et céréaliers que pour tenir compte de la hausse du prix des céréales. Mais cette proposition risquait de faire perdre à l’agriculture française la part du cofinancement de l’Etat qui n’est possible que sur le deuxième pilier. Le débat à huis clos n’ayant pas donné satisfaction aux éleveurs du massif-Central, ils revinrent à la charge obligeant les dirigeants de la Fnsea à introduire dans un ultime texte la possibilité « d’utiliser une part des dotations du premier pilier pour répondre à la diversité des situations territoriales, des filières et systèmes de productions, en particulier herbagers ». La bataille de l’herbe était gagnée…
Prendre en compte les personnes
Pour leur part, les Jeunes agriculteurs voulaient que les aides Pac soient réparties en fonction des actifs présents sur l’exploitation. Le texte adopté par le congrès leur donne finalement satisfaction : « les aides du premier pilier doivent répondre à la sécurisation des exploitations agricoles en prenant en compte le nombre d’exploitants ».
Guy Lafay, le président de la Fdsea de la Loire, a participé à ces débats et note la difficulté de trouver la bonne équation. À propos, par exemple, des actifs agricoles pris en considération dans le cadre de la Pac, Guy Lafay observe que cette proposition légitime peut se retourner contre les intérêts de l’agriculture française et provoquer des transferts de crédits européens de chez nous vers des pays qui comptent un grand nombre d’actifs agricoles comme c’est le cas dans les pays de l’Est.
Le président de la Fdsea de la Loire estime par ailleurs que la question de l’herbe bien, qu’essentielle, ne règle ni la situation des filières hors-sol confrontées à l’augmentation des coûts de production, ni ne solutionne les différences de traitement au titre de la Pac qui subsistent entre les régions. Pour illustrer son propos, il cite les céréaliers des régions intermédiaires qui cumulent les handicaps :
« des rendements faibles et des aides à l’hectare peu élevées comparés à la situation des céréaliers du bassin parisien ». On le voit, un congrès de la Fnsea est l’occasion de tout mettre sur la table, y compris les sujets qui fâchent. C’est exigeant, mais c’est la règle qui s’impose à un syndicat unitaire qui se doit d’écouter et de respecter toutes les sensibilités, toutes les régions, toutes les filières. Parfois, il en sort des idées neuves. Cette année, l’idée de la flexibilité des aides Pac variables en fonction des prix du marché est né de ces débats internes. Reste maintenant à l’imposer à la Commission de Bruxelles. Le combat syndical est un perpétuel recommencement.


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