Le Jura Agricole et Rural
«Il faudrait au moins mille euros par mois…»
La retraite de Louise
Jura agricole et rural
Publié le:  23 avril 2008
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Le 28 avril, Louise se rendra à Dijon pour manifester contre la condition peu enviable de veuve retraitée de l’agriculture. Elle doit se contenter d’une maigre pension qui, de surcroît, depuis 2005, a perdu de son pouvoir d’achat.

Louise a 71 ans. Veuve en 2003, elle a toujours travaillé, depuis son mariage avec Jean en 1958, sur la ferme familiale de Saint-Romain-en-Giers dans le Rhône. Alerte, elle voyage, jardine, s’occupe de ses six petits-enfants qu’elle accompagne à leurs activités sportives et de loisirs. Bref, une mamie dévouée comme tant d’autres qui ne compte ni son temps ni sa peine. Pourtant, elle est obligée de compter ses maigres revenus de veuve retraitée de l’agriculture. Elle se souvient et fait ses calculs : « en 2005, je touche ma première pension. 379,37 euros par mois de retraite forfaitaire et 430,62 euros de réversion ». En revanche, elle ne touche rien au titre de la réversion sur la retraite complémentaire obligatoire que s’était constitué et que percevait à hauteur de 82 euros par mois, son époux.
C’est une première injustice. Louise, comme la plupart des femmes d’agriculteurs a largement participé à la vie de l’exploitation qui comptait une vingtaine d’hectares de polyculture, de fruits et de vigne. Par son travail, elle a contribué aux cotisations que son époux a versées au titre de la retraite complémentaire obligatoire mais n’en perçoit aucun retour. La section nationale des anciens exploitants de la Fnsea se bat pour corriger cette situation.
 
La perte du pouvoir d’achat avérée
La revalorisation des retraites est un autre sujet de mécontentement des anciens exploitants et singulièrement des veuves. On l’a vu, en 2005, Louise perçoit un total de retraite (retraite forfaitaire plus réversion de la pension de son mari) de 810 euros par mois desquels il faut déduire la CSG et le CRDS (7% de 97 % du montant de la pension). En 2008, le cumul de ces deux prestations représente 848,51 euros par mois, soit, en trois ans, une majoration de 38,52 euros (+ 4,75 %). Sur la même période, l’indice des prix à la consommation, hors tabac, a progressé, selon l’Insee, de 6,23 %. Le maintien du pouvoir d’achat de Louise aurait supposé qu’elle perçoive, en 2008, une retraite de 860,45 euros par mois. L’État dira ce qu’il voudra et ses ministres aussi : il manque 12 euros par mois à Louise pour que sa retraite de 2008 soit comparable à celle qu’elle percevait en 2005. Douze euros par mois, c’est énorme lorsqu’on dispose d’une retraite si modeste qu’elle ne vous permet pas de faire plaisir à vos petits enfants. Qu’elle vous oblige à travailler un jardin de mille mètres carrés pour vendre quelques légumes et arrondir les fins de mois et se payer quelques menus « extras ».
 
À la solitude s’ajoutent les tracas financiers
En couple, les charges s’amortissent mieux. En revanche, pour une personne seule, le chauffage, les charges d’assurance, l’entretien des bâtiments, les frais de voiture et d’essence… sont les mêmes qu’on soit seul ou qu’on soit deux. À la solitude s’ajoutent ces tracas financiers qui encombrent l’esprit et compliquent la vie. La section nationale des anciens exploitants de la Fnsea a bien enregistré l’engagement répété du président de la République de porter la réversion au conjoint survivant de 54 % actuellement à 60 % du montant de la pension du conjoint décédé. Une promesse que les anciens exploitants entendent faire respecter. Dans le cas de Louise, son application stricte représenterait une augmentation du montant de sa retraite de plus de 50 euros par mois. On s’approcherait alors des mille euros mensuels dont Louise dit qu’ils représentent, selon elle, le minimum permettant à une personne seule de vivre dignement ses vieux jours. Aussi, le 28 avril Louise sera du voyage organisé par la section des anciens exploitants de la Fdsea du Rhône. Elle se rendra à Dijon pour manifester aux côtés des retraités agriculteurs, des femmes et des veuves qui demandent à sortir de la condition peu enviable de retraités les plus mal considérés de notre pays.


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