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L'avalanche des interdictions exaspère les viticulteurs
Manifestations viticoles
Jura agricole et rural
Publié le:  05 novembre 2008
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Au Salon des vignerons indépendants, dans les stands, les professionnels se sont bâillonnés, contestant ainsi la censure sur le vin

D’Avignon, à Apremont en Savoie, de Fleurie à Mâcon et même dans le Jura, dans le cadre du Salon des vignerons indépendants, toute la viticulture française s’est mobilisée le jeudi 30 octobre pour exprimer au Gouvernement son exaspération devant le matraquage réglementaire dont la consommation de vin fait l’objet.

Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé avait bien tenté d’étouffer dans l’œuf cette colère viticole en autorisant enfin la possibilité d’utiliser Internet comme outil de promotion du vin au même titre que les autres supports médiatiques.
 
Peine perdue, même si la profession reconnaît, du bout des lèvres, « un pas dans la bonne direction ». Le ressentiment à l’égard du Gouvernement est si grand que cette mesure de dernière heure n’est pas parvenue à calmer les viticulteurs. Agnès Payan, viticultrice dans le Gard et vice-présidente des vignerons indépendants, exprime cette grogne et a demandé aux viticulteurs présents au Salon des caves particulières à Lyon de se bâillonner. Un geste symbolique pour dénoncer l’impossibilité faite aux viticulteurs de promouvoir leur vin, leur terroir et leur savoir-faire sans risquer de tomber sous le coup d’une loi qui frappe, sans distinction, tous les alcools.

Agnès Payan dresse la liste, sans cesse rallongée, des interdictions imposées aux viticulteurs : « bientôt on ne pourra plus acheter de vin dans les stations-service sous prétexte qu’on s’y rend en voiture ! Et pourquoi pas demain l’interdiction de la vente de vin dans les grandes surfaces ? », interroge la responsable des vignerons indépendants. Même menace d’interdiction sur la vente au forfait et l’offre à titre gratuit. « Dans ces conditions, il n’est plus possible d’organiser un salon ou une foire au vin et c’est la remise en cause du principe de la dégustation », s’indigne Agnès Payan.

La filière viticole s’est toujours
battue pour une consommation de vin modérée et responsable. Elle place le vin au cœur d’une consommation-plaisir et est respectueuse des efforts conduits en matière de sécurité routière. Elle ne veut surtout pas que le vin soit confondu avec les intérêts des puissantes multinationales qui contrôlent les alcools forts.

Entre 1970 et 2006, la consommation moyenne d’alcool par adulte est passée en France de 20,5 litres à 13 litres. Cette baisse de la consommation est principalement due à la baisse de la consommation de vin.Les chiffres sont incontestables et chacun sait que les phénomènes d’alcoolisation extrême constatés, notamment chez les adolescents, sont le résultat navrant et dangereux d’une consommation d’alcools forts et non de vin. Tous les alcoologues et les Pouvoirs publics le savent. Mais ils hésitent à toucher au puissant lobby des alcooliers. Ce faisant, ils sacrifient une filière viticole française qui nous est enviée dans le monde entier.

« L’interdit est-il le seul avenir du vin ? »
La question de l’interdit qui frappe le vin a été posée par les professionnels de la vallée du Rhône en Avignon, à l’occasion de la journée nationale viticole. « Dans toutes les grandes régions viticoles, les vignerons font passer au grand public et aux Pouvoirs publics un message de mécontentement et d’exaspération », estiment Christian Paly, le secrétaire général de la Fédération des AOC du Sud-Est et Michel Bernard, président d’Inter Rhône.
 
« Nous avons aujourd’hui différents débats qui font reculer la viticulture française au niveau de l’âge de pierre », reprenait Christian Paly. Les vignerons de la vallée du Rhône restent en effet très inquiets face aux mesures en préparation mettant en cause l’évocation légitime du vin dans la presse. « Par ailleurs, dans le cadre du projet de loi de santé soutenu par la ministre Roselyne Bachelot, nous risquons de ne plus pouvoir proposer à la dégustation nos vins, que ce soit dans nos caveaux ou dans les salons. Enfin, une indexation de la fiscalité est également annoncée sans aucune discussion préalable ».

Pour Joël Reynaud, « les Pouvoirs publics se trompent de cible » en confondant vin et alcools forts. « Le vin est un produit festif. Les interdictions de dégustation ou d’offre gratuite, y compris dans les fêtes viticoles ou les salons spécialisés seraient une aberration : les vignerons ont fait d’énormes effets pour l’accueil et l’œnotourisme ces efforts seraient ruinés avec cette loi. »

« Nous sommes pieds et poings liés en matière de communication au point que certains commencent déjà à pratiquer l’autocensure », relevait Michel Bernard, président d’Inter Rhône. « On peut présenter une bouteille de vin, mais pas des gens souriant autour du vin, car c’est une image positive. C’est ridicule ! », poursuivait-il alors que selon lui le vrai débat doit se situer autours de « l’éducation et de la formation ».À ce propos, Michel Bernard a d’ailleurs annoncé la tenue d’un colloque le 15 janvier prochain qui présentera les travaux d’une thèse traitant des effets d’une consommation régulière et modérée de vins rouges sur les pathologies. « On ne savait pas que cela avait un effet positif sur l’hypertension ou sur la réduction du cholestérol. Désormais, c’est prouvé scientifiquement sur des rats et Inter Rhône va financer une étude sur des hommes et des femmes pour couper court aux critiques. »

Prochaine étape : la reprise des discussions sur le projet de loi. Vin et société est mandaté par les professionnels pour rencontrer le rapporteur du projet de loi, Alain Milon, sénateur du Vaucluse. « La troisième étape, elle, est simple : soit on se félicite car nos revendications ont été entendues, soit on laisse éclater la colère vigneronne. On verra en janvier prochain », concluait Christian Paly.

A Fleurie, contre la censure
Une délégation emmenée par les maires des communes des crus du Beaujolais et les responsables de la filière s’est rendue devant le panneau d’entrée de village de Fleurie pour le recouvrir de la mention « censuré ».

« La filière refuse d’être diabolisée ! Elle refuse de tantôt servir de faire-valoir culturel, gastronomique, économique, et tantôt de servir de bouc émissaire, s’insurge Thierry Saint-Cyr,  secrétaire général du comité permanent du Beaujolais (CPB). Nous sommes attaqués de tous côtés : sur la fiscalité, sur la restriction des lieux de vente, sur la vente au forfait dans les salons ou dans les foires au vin ».

Le message distillé est celui d’une filière responsable qui a su prendre sa part dans la lutte contre l’alcoolisme et les excès au volant, à travers notamment l’association « vin et société ».

Les élus locaux ont voulu apporter un soutien sans faille à la filière, à l’image du maire et conseiller général de Fleurie Frédéric Miguet, trop conscient du poids économique et social de la viticulture sur le territoire. « Cela ne peut plus durer. Comment nos vignerons pourront-ils faire face à la concurrence internationale si on ne cesse de leur appuyer sur la tête ? »

L’action s’est déroulée dans le calme. Mais si la filière n’était pas entendue, une action plus massive et plus musclée pourrait être envisagée par les responsables des ODG et de la FDSEA.




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