Sénégal : du lait pour endiguer l'exode
Agriculteurs français et développement international (Afdi)
Jura agricole et rural
Publié le: 13 novembre 2008
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Oumou Khayri Diallo était en Haute-Saône pour faire le point sur le projet de laiterie conduit par les femmes de la région de Kaolack au Sénégal |
Le 31 octobre dernier, Oumou Khayri Diallo, présidente du Dirfel de Kaolack faisait le point sur le projet de laiterie soutenu depuis trois ans par la section haut-saônoise de l’Afdi.
La région de Kaolack est l’une des 14 régions du Sénégal. Elle est frontalière avec la Gambie, à cheval sur la zone sahélienne Sud et la zone soudanienne Nord.
«La principale production agricole est l’arachide, relate Oumou Khayri Diallo, la présidente du Directoire des femmes en élevage (Dirfel) de Kaolack. L’utilisation de la terre et les indemnités attribuées par le gouvernement sont une source de conflit car deux fois par an, les pasteurs traversent la région avec leurs troupeaux pour suivre la pousse de l’herbe. »
Oumou était en Haute-Saône la semaine dernière, à l’invitation des responsables de la section départementale de l’Afdi (Agriculteurs français et développement international), section présidée par Chantal Tonnot. « La production laitière n’a rien à voir avec les niveaux qu’on connaît en France, précise-t-elle : là-bas les vaches produisent deux à trois litres de lait par jour. Mais les conditions d’élevages sont aussi très différentes : les bêtes sont abreuvées une fois le matin et une fois le soir, et elles marchent de nombreux kilomètres pour gagner les pâturages… »
Une fois ces éléments en tête, on n’est pas surpris par la taille modeste du projet de laiterie conduit par le Dirfel : conditionner 200 litres de lait tous les deux jours. Pourtant l’enjeu est de taille, car en valorisant l’activité d’élevage laitier, en permettant d’en dégager un revenu, les femmes espèrent endiguer l’exode rural, le départ des jeunes vers les grandes métropoles et le mirage d’une vie meilleure dans les pays industrialisés.
Une laiterie en dur
Le lait est soit caillé (forme de consommation traditionnelle), soit pasteurisé, puis conditionné. », explique Jean-Luc Digonnet, animateur Afdi Bourgogne Franche-Comté. « A 60 centimes d’euros le litre, cela reste un produit cher, inaccessible aux plus pauvres de la société sénégalaise. Mais il est très prisé par la population, et l’augmentation des cours du lait en poudre ouvre de nouvelles perspectives de développement. »
Tournant dans le projet, les productrices de lait ont pu réunir les fonds nécessaires à l’achat d’un terrain et d’un camion frigorifique de grande capacité pour le transformer en laiterie ‘’en dur’’. « Ce nouveau local, de 13,5 mètres sur 2,80 va nous permettre de travailler le lait dans de meilleures conditions d’hygiène (à l’abri des mouches) et doubler la capacité de transformation en 2009 », assure Oumou.
Patrice Debray, député de la première circonscription de Haute-Saône, était présent lors de cette rencontre à Vesoul, et il a assuré la présidente du Dirfel de Kaolack de son soutien, via une ligne budgétaire du ministère de la francophonie et du développement. Parmi les autres partenaires du projet, le conseil régional, la FAO et bien entendu les militants de l’Afdi.
« Au total, le projet a un budget de 30 000 euros sur trois ans, précise Jean-Luc Digonnet. Outre l’aide au financement des investissements matériels – matériel de transformation, contenants… - nous avons un important volet de formation et d’accompagnement : amélioration de la gestion des ressources fourragères et des pratiques d’alimentation des troupeaux, sélection et amélioration génétique des vaches laitières, hygiène de traite, formation des femmes élues à l’animation des réunions et à la gestion, à la production et à la transformation… La stratégie est de former peu, mais bien, un petit nombre de responsables passionnées par le sujet, charge à elles, en un second temps d’aller au plus près des intéressées dans leurs communautés villageoises et avec leurs mots, à leur tour de dispenser l’information. »
En 2008, une formation marketing a été dispensée aux cinq femmes responsables de la filière lait. Le Dirfel possède désormais un logo, une adresse e-mail, un "label" est en cour d’étude. Les emballages, les seaux, les blouses de travail sont aux couleurs du Dirfel de Kaolack. Les femmes productrices sont ainsi associées pleinement à la dynamique collective et se sentent impliquées et responsabilisées dans la démarche de promotion et de qualité des produits.
En décembre prochain, une délégation haut-saônoise se rendra de nouveau à Kaolack pour inaugurer la laiterie, mettre en place des outils d’évaluation du projet (pour vérifier que celui-ci répond bien aux objectifs initiaux) et faciliter la mise en place de partenariats locaux, via des conventions avec les organismes techniques régionaux tels que l’ISRA (Institut sénégalais de recherche agricole) et l’ITA (Institut de technologie alimentaire) qui seront à l’avenir les formateurs des formatrices, qui elles-mêmes diffuseront les connaissances auprès de leurs collègues (objectif : 2 500 femmes formées en trois ans). Jean-Luc Digonnet se consacrera pour sa part à la préparation d’un forum international de l’élevage à Dakar.
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