La baisse de la consommation porte d'entrée de la crise
Crise financière et économique en agriculture
Jura agricole et rural
Publié le: 11 décembre 2008
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Raymond Chenaud, du Crédit agricole Centre-Est : « Jusqu’à présent l’agriculture a plutôt été épargnée par la crise financière » |
Raymond Chenaud est le responsable du marché de l’agriculture du Crédit agricole Centre-Est. Pour lui la crise économique actuelle est vécue dans le milieu agricole de façon paradoxale : « partout dans le monde, les actionnaires s’affolent et vendent alors que je rencontre au quotidien des agriculteurs qui continuent d’acheter ».
Les chiffres montrent ce décalage entre d’un côté une crise financière très dure et de l’autre des demandes de crédits agricoles en progression.
« Entre la fin octobre 2007 et la fin octobre 2008, nous enregistrons une hausse de 11 % des crédits réalisés », observe le responsable de la caisse Centre-Est du Crédit agricole. Même constat du côté du Crédit mutuel du Sud-Est où la progression du nombre de dossiers de crédits d’investissements au bénéfice de l’agriculture, sur les dix premiers mois de l’année 2008, est très précisément de 11,1 %.
C’est un fait, la demande en crédits reste ferme. En particulier pour le financement de matériels et la construction ou l’aménagement de bâtiments d’élevage. Les programmes de mises aux normes des bâtiments se poursuivent. En dépit des rodomontades d’un État un brin Père Fouettard, les banques, qu’il s’agisse du Crédit agricole ou du Crédit mutuel, poursuivent leur activité sans avoir changé leurs procédures et accordent, sur les mêmes critères que ceux d’avant la crise financière, leurs engagements de crédits. T
out au plus les projets d’installation qui mobilisent de lourds besoins financiers sont-ils regardés avec une vigilance particulière. Mais les banques ont vocation à accompagner les projets et les investissements. Elles ne les provoquent pas et restent à l’écoute des demandes de financement. Ni plus, ni moins qu’avant la crise.
Un crédit plus cher
Mais, les conditions de crédit ont évolué. Sur un an, le renchérissement des prêts est partout constaté. En octobre 2007, pour l’achat d’un tracteur, le Crédit agricole prêtait sur 7 ans à 4,15 %. Au terme de son remboursement, l’agriculteur qui empruntait 40 000 euros pour l’acquisition de son matériel, aura payé 46 159,55 euros.
Le même prêt de 40 000 euros réalisé un an plus tard, en novembre 2008, à un taux d’intérêt de 5,5 % lui coûtera, au terme des sept ans de remboursement, 48 283,34 euros. Soit, un surcoût de prêt de 2 133,79 euros.
Pour l’instant, les chiffres montrent que ce renchérissement du crédit n’a pas eu pour effet de restreindre la demande. Mais, force est de constater qu’hélas la conjoncture agricole générale n’est pas bien orientée. Il se peut que la crainte de prix agricoles moins rémunérateurs, de charges qui ne cessent d’augmenter et un coût du crédit plus cher ne finissent par impacter le moral des agriculteurs et de les placer en situation de reporter leurs d’investissements.
L’élevage allaitant et la viticulture souffrent
Déjà cette situation est observée dans les filières de viande bovine et la viticulture. Au Crédit agricole comme au Crédit mutuel, leurs responsables confirment que ces deux secteurs d’activités sont à la peine. La viticulture, singulièrement en Beaujolais, est en crise depuis plusieurs années, mais certains signes laissent à penser qu’une nouvelle et meilleure conjoncture pourrait s’annoncer courant 2009… La filière bovine allaitante, subit pour sa part les effets catastrophiques de la FCO et de la suspension du marché italien.
Selon Raymond Cheneaud « on observe, que ces deux filières sont performantes sur le plan de la production. Les producteurs ont un réel savoir-faire, leurs produits ont une bonne notoriété, mais ces secteurs de l’activité agricole pêchent par l’organisation de la mise en marché de leurs produits ». La maîtrise commerciale et l’accès aux marchés restent les points de fragilité de notre agriculture régionale.
Des trésoreries tendues
La situation des trésoreries et le niveau des incidents de remboursement des prêts constituent les deux indicateurs qui servent aux banquiers à juger une situation économique. Sur les incidents de paiement, l’agriculture a un taux de créances douteuses et litigieuses de 4 % au niveau national et seulement de 3 % pour la caisse du Crédit agricole Centre- Est.
C’est faible et en tout cas, c’est un taux très inférieur à ceux observés dans d’autres secteurs d’activité comme la restauration ou le BTP, où la mortalité précoce des entreprises et les incidents de remboursement de créances qui vont avec sont infiniment plus élevés qu’en agriculture.
S’agissant des trésoreries, les deux filières à la peine, la viticulture et l’élevage allaitant, sont évidemment celles qui arrivent en tête dans la consommation de prêts de trésorerie. « En deux ans, les concours de trésorerie pour la filière bovine ont progressé de 40 % », reconnaît le Crédit agricole Centre-Est. Même constat au Crédit mutuel où, « en un an, les concours à court terme en direction des agriculteurs ont progressé de 27 % ».
Cette dégradation des trésoreries marque les premiers signes préoccupants d’une situation économique qui se tend. Les céréales sont entrées dans une longue phase de baisse des prix. La filière laitière entre dans un nouveau cycle de baisses de prix. Les Italiens s’organisent pour éviter que leur approvisionnement en bovins maigres ne dépende plus autant des approvisionnements du bassin allaitant français.
La consommation des ménages est un autre baromètre, hélas annonciateur de prochaines tempêtes. Tous les indices de consommation des produits agricoles sont depuis quelques mois orientés à la baisse. Notamment la viande bovine, qui perd depuis cet été 8 %, et pour les produits agricoles de qualité. C’est le choc de la consommation qui fera entrer la crise économique dans l’enceinte, jusque-là plutôt protégée, de l’agriculture.
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