La connaissance, porte de l'espérance
L'éducation premère arme du développement
Jura agricole et rural
Publié le: 23 décembre 2008
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Déjà, vingt-cinq autres jeunes, fils ou filles de paysans, attendent de recevoir leur formation agricole dans la toute nouvelle école d’agriculture d’Andjyp, initiative du Cdam que préside Samuel Rakotomanga, paysan malgache |
Quatre Malgaches sur cinq vivent, survivent plutôt, de l’agriculture. Tous les ans, 300 000 nouveaux jeunes arrivent sur le marché du travail, 260 000 d’entre eux, faute de trouver un emploi dans l’industrie ou les services, n’ont pas d’autre solution que de se tourner vers l’agriculture pour, au moins, manger à leur faim. Seulement 1,5 % de cette population est formée aux techniques agricoles. Tous les autres deviennent des paysans, non par choix, mais par défaut…
La statistique plante le décor: 25 % des paysans malgaches n’ont jamais fréquenté l’école et 65 % n’ont reçu qu’un faible enseignement primaire.
Difficile dans ces conditions de bâtir un développement agricole. Comment sortir ces familles de la misère si elles n’ont pas accès à l’éducation, fondement de tout progrès ? En France, le développement agricole de l’après-guerre, s’est appuyé sur une population agricole instruite.
Chacun, même le plus petit des paysans, savait lire et écrire et, souvent, de belle manière. Souvenez-vous des pages d’écriture à l’encre violette de nos grands-parents, de leur connaissance de l’histoire, de la géographie de notre pays et des récitations apprises par cœur… C’était l’héritage de plus d’un siècle d’une école « gratuite, laïque et obligatoire », chère à Jules Ferry et à tous les hommes de progrès.
Certes, à Madagascar, domine depuis toujours une culture fondée sur l’oralité et la langue malgache n’a été écrite qu’au XVe siècle. Aussi, en dépit des efforts de l’État pour scolariser les jeunes générations, le chantier reste immense. Les instituteurs, mal payés, refusent de s’installer dans les villages perdus qu’une piste mal entretenue place à plusieurs heures de taxi-brousse de la ville.
L’information court la brousse
Cette difficulté conduit les organisations qui aident les paysans à se structurer, à recourir à l’efficacité de la radio. Dans le sud du pays, à Tuléar, la Maison des paysans met à la disposition des responsables locaux un poste radio à manivelle qui permet d’organiser, en fin de journée, alors que la nuit enveloppe le village de cases, des groupes d’écoute.
Durant une demi-heure, les paysans font cercle autour de l’émetteur et reçoivent les informations d’une émission agricole animée par les techniciens de la Maison des paysans. Ainsi, les paysans des villages reculés sont informés de l’état d’avancement de la récolte de riz tant attendue pour assurer la soudure. Ils suivent les cours des produits alimentaires et leur folle variation sous l’effet d’une spéculation généralisée. Un conseil est livré pour réaliser soit même du compost et l’utiliser dans une action durable de fertilisation. Ils découvrent l’initiative de telle organisation locale de paysans qui vient de construire un « magasin » de stockage pour éviter de livrer son pois du Cap ou son riz à leurs cours le plus bas. C’est la pédagogie de l’exemple et l’information, de bouches en oreilles, court la brousse.
L’avenir en uniforme vert
Dans le centre du pays, à quelques dizaines de kilomètres de la capitale Antananarive, dans la région de Majankandriana, l’équipe de l’Afdi (1) du Jura, animée par Gérard Vallet et Jacques Girod, accompagne la création d’une école d’agriculture au village d’Andjyp. Au milieu des rizières de fond de vallée, le bâtiment émerge, posé sur une colline. Il est entouré d’un lopin pour les essais de cultures.
L’ensemble a été mis à la disposition par la commune au Cdam (2), une organisation de paysans aidée de longue date par l’Afdi du Jura et comparable à nos CETA français des années soixante-dix. La dizaine d’enseignants qui se relaient dans cette école d’agriculture sont, pour l’instant, tous bénévoles.
Professeurs d’agriculture ou de mathématique à la retraite ou animateur du Cdam, ils donnent de leur temps pour assurer les cours. Là, au cœur des rizières expérimentales pour la production du riz SRI (voir encadré), une trentaine d’adolescents, filles et garçons à parité, viennent des alentours, parfois de 30 kilomètres, suivre, pendant deux ans après l’école primaire, un enseignement général et agricole.
Le programme de la première année dispense des cours de malgache, d’anglais et de français, de mathématiques, d’agronomie, d’informatique, d’éducation civique et sociale, d’élevage et de climatologie. La deuxième année, les élèves la partagent entre des cours théoriques à l’école et la mise en culture d’une parcelle chez leurs parents. Gérard Vallet et Jacques Girod, en vieux militants syndicalistes qu’ils sont, savent qu’ici, dans cette école, on sème l’avenir des paysans malgaches.
L’Afdi du Jura mobilise le conseil général
L’équipe de l’Afdi du Jura a frappé à toutes les portes pour obtenir des soutiens à la création de cette école. Elle a surtout obtenu 6 000 euros du conseil général du Jura. Une petite fortune à Madagascar, qui permet de réaliser des toilettes convenables, d’acheter des bancs et des bureaux de classe.
Plus tard, le Cdam veut aménager dans l’école un internat, pour éviter aux élèves éloignés de pénibles trajets à travers les rizières et les forêts d’eucalyptus. L’Afdi du Jura n’en est pas à sa première action. Déjà, elle a favorisé la création d’un magasin de vente directe où les producteurs peuvent venir proposer leurs produits et s’initier à l’organisation de la mise en marché de leurs productions.
Bientôt, avec le soutien du syndicat d’électrification des communes du Jura, il sera équipé de panneaux photovoltaïques. Plus loin, l’Afdi du Jura, toujours avec le concours de son conseil général, à fait construire un pont sur une piste pour relier à la ville plusieurs fermes perdues dans la brousse.
Mais cette école d’agriculture d’Andjyp est le symbole de la volonté de certains paysans malgaches de sortir de leurs conditions misérables. Ces jeunes, une fois adultes, une fois formés, c’est sûr, refuseront le fatalisme et la résignation qui frappent trop souvent leurs parents. Ils bousculeront les habitudes et les mauvaises traditions. Ils empoigneront leur terre, leurs zébus et les marchés avec la force que l’enseignement général et technique leur aura donnée. Ils sont l’espoir en uniformes verts des paysans malgaches et c’est une belle action que de les accompagner sur le chemin de la connaissance, porte de l’espérance.
(1) AFDI : Agriculteurs français et développement international
(2) CDAM : Centre départemental d’agriculteurs malgaches.
(1) AFDI : Agriculteurs français et développement international
(2) CDAM : Centre départemental d’agriculteurs malgaches.
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Jacques Girod (à gauche), échange avec les enseignants bénévoles de l’école d’agriculture soutenue par l’Afdi et la chambre d’agriculture du Jura |
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