La grande distribution épinglée
Formation des prix alimentaires
Jura agricole et rural
Publié le: 08 janvier 2009
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Le 6 février 2008, Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, confiait à Éric Besson, secrétaire d’État chargé de la prospective, de l’évaluation des politiques publiques et du développement de l’économie numérique, une mission d’évaluation sur la formation des prix alimentaires.
Michel Barnier a demandé cette étude, les prix alimentaires ayant fait l’objet de tensions l’hiver dernier, à la suite de la flambée des prix observée sur plusieurs marchés agricoles.
Pour Éric Besson, « il s’agissait de comparer les prix mesurés en France avec ceux de nos voisins (Allemagne, Espagne et Pays-Bas), d’analyser la transmission des prix des matières premières aux différentes étapes de leur transformation, de déterminer le niveau des marges des différents acteurs et d’observer la perception, par les consommateurs, de la hausse du prix des denrées ».
L’étude menée a porté sur dix produits, des fruits et légumes frais : tomate, salade, pomme ; des produits laitiers : lait UHT, yaourts, camembert, emmental ; des produits carnés : rôti de porc et jambon ; un produit industriel : les pâtes alimentaires.
Mais les travaux réalisés montrent déjà l’existence de disparités assez fortes entre productions. « Sur les exemples étudiés, on observe une distinction entre les produits périssables et les produits stockables.Ainsi, s’agissant des tomates, des salades et des pommes, plusieurs facteurs expliquent la perception d’inflation des prix par les consommateurs. Si le prix demandé au consommateur est deux fois plus élevé que le prix versé aux producteurs, l’explication tient pour beaucoup aux coûts des différents stades de la filière, notamment de main-d’œuvre, alors même que chacun des acteurs ne perçoit qu’une marge faible, de l’ordre de 2 à 5 % du prix de vente ».
Distribution : les marges sont importantes
Concernant les produits transformés et les produits stockables (pâtes, produits laitiers et viande de porc), le secrétaire d’État note que les prix de détail apparaissent pratiquement indépendants des prix agricoles. « L’introduction des marques de distributeurs, le hard discount, les premiers prix exercent une pression à la baisse sur les marges des industriels, inégalement répercutée sur les prix payés par les consommateurs. Les marges de la distribution sont parfois importantes ».
Éric Besson le souligne à plusieurs reprises dans son rapport : « cela fait écho au fait qu’une des caractéristiques de la distribution en France est la faiblesse de la concurrence entre les enseignes au sein d’une même zone de chalandise. Aux Pays-Bas, depuis 2003, l’accroissement de la concurrence entre distributeurs a permis aux prix alimentaires de reculer de plus de quinze points par rapport à ceux du reste de l’Europe. A contrario, en Espagne, la faiblesse de la concurrence engendre une hausse des prix en tendance. Le bon exercice de la concurrence apparaît ainsi un élément essentiel à la maîtrise des prix ».
Le très cher jambon français !
Il n’y a pas de hiérarchie stable entre pays pour chaque produit, explique Éric Besson. « Un cas extrême est celui de la viande de porc, pour laquelle les prix sont plus élevés en France de 40 à 60 % (jambon) ou de 20 à 90 % (rôti) par rapport à ce qui est mesuré en Espagne ou en Allemagne. Pour d’autres productions, comme les céréales, les produits laitiers ou les fruits et légumes, la France occupe une position intermédiaire ».
Les prix de détail reflètent différemment les prix agricoles selon la durée de vie des produits. « Sur l’échantillon retenu, lorsque les produits sont périssables, salade, tomate par exemple, les prix de détail répercutent la plus grande partie des variations de prix des producteurs. Le risque de perdre le produit conduit parfois les distributeurs à répercuter rapidement les baisses de prix, afin de minimiser le risque de ne pas vendre.
En revanche, les produits stockables, comme la pomme, ou manufacturés, parce qu’ils permettent un arbitrage dans le temps, accroissent le pouvoir de fixation des prix des détaillants, d’autant plus que les quantités à écouler sont importantes ou que le produit est banalisé. Pour les pâtes alimentaires, les produits laitiers ou la viande de porc, prix à la production et prix de détail varient indépendamment ».
Le consommateur est aussi fautif
En modifiant ses achats, le consommateur doit aussi assumer sa part de hausse des produits alimentaires, explique Éric Besson. « Les effets de substitution vers des produits à plus forte valeur ajoutée, salade en sachet contre salade en vrac, par exemple, diminuent les liens entre prix agricoles et prix alimentaires. En alourdissant le budget alimentaire des ménages, ils engendrent également un sentiment accru de hausse des prix pour les consommateurs ».
Les marges dans la distribution sont en moyenne assez fortes en France. Le secrétaire d’État y voit plusieurs raisons. « L’une d’entre elles est la structure de commercialisation où les pressions concurrentielles sont modérées et où le développement des marques de distributeurs ne crée de pression que sur les prix en amont. Mais il faut aussi évoquer un développement insuffisant des formes de distribution présentant les prix les plus bas, qui réduit leur capacité à discipliner les prix de la grande distribution, sans oublier des chaînes d’intermédiaires parfois assez longues ».
L’auteur du rapport constate que les distributeurs sont aussi de grands profiteurs, en citant une étude de la Commission européenne qui a conclu au fait que « quand le prix des matières premières s’accroît, toute la chaîne en profite pour augmenter ses marges. En effet, là où l’explosion des cours des matières premières aurait dû entraîner une hausse moyenne de 5 % des prix des produits alimentaires, l’augmentation constatée est de 7 % ».
Le rapport dresse des constats, mais ne donne pas de solutions. Néanmoins, les Pouvoirs publics ont désormais une meilleure connaissance des faiblesses de la distribution dans l’Hexagone. « En France, les marges des distributeurs sont faibles sur les fruits et légumes frais, mais plus élevés sur les fruits et légumes semi-périssables, faibles sur les produits industriels comme les produits laitiers, pour lesquels elles sont remplacées par des marges arrière élevées et en progression. En revanche, les marges sont très élevées historiquement sur la viande de porc, à toutes les étapes de la transformation. La marge nette du distributeur représente plus de 20 % du prix payé par le consommateur pour le jambon, plus de 25 % pour le rôti ! » conclut Éric Besson.
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