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Quel intérêt de produire plus ?
Réseaux d'élevage
Jura agricole et rural
Publié le:  05 février 2009
Page 8 

La perspective de la fin des quotas laitiers incite les éleveurs à réfléchir les orientations stratégiques de leurs exploitations pour les années à venir.

L’équipe des réseaux d’élevage de Franche-Comté a exploré de différentes stratégies d’augmentation des volumes de production sur les systèmes de la région en mesurant leur impact.

Dans un contexte d’inflation sur les prix de l’aliment et de l’engrais et compte-tenu d’une deuxième vague de mise aux normes et de modernisation des bâtiments avec des coûts de constructions en explosion, les équilibres sont perturbés et les éleveurs sont nombreux à s’interroger sur l’avenir.
De nombreuses questions se posent dans les zones de montagne : comment faire pour empêcher l’érosion du revenu ? Est-il possible de produire plus dans la filière AOC et pour quel niveau de rentabilité selon les conditions ? En zone de plaine, même si les possibilités d’évolution semblent plus ouvertes et le contexte plus porteur, les questions n’en demeurent pas moindres : est-il intéressant de produire plus ? Jusqu’à quel niveau d’investissement ? Avec quel impact sur le travail et sur l’environnement ?
 
Devant l’incertitude des fluctuations de la conjoncture à venir et les limites des scénarios de développement de la production que sont la main d’oeuvre, la sécurité fourragère et l’environnement, les projets d’augmentation des volumes de production sont à étudier au cas par cas et avec rigueur. Pour la majorité, l’amélioration du revenu semble se trouver pour partie, davantage dans la poursuite de l’optimisation des systèmes.

Les résultats 2006 des fermes de références mettent en évidence des variations de 100 à 120 ? pour 1000 l par système sur les coûts de production.

Plus de productivité du travail
Pour les différentes simulations, l’impact des évolutions sur le travail, la sécurité fourragère et l’environnement a été étudié. Tous ces scénarios de restructuration misent sur une augmentation de la productivité du travail.
 
Or, la charge supplémentaire à absorber n’est pas mince : 215 à 610 h de travail en plus par travailleur pour les scénarios les plus réalistes d’un point de vue économique, où les investissements sont limités à une simple extension de bâtiment, soit une augmentation de 13 à 33% de la charge de travail. Seul le scénario de conversion du système foin en maïs permet une augmentation modérée du temps de travail, voire une diminution. Ce résultat est lié aux possibilités d’augmentation de la productivité du travail en système maïs, avec un travail plus mécanique, qui demande moins de suivi que l’herbe.

Pour tous les scénarios, la tendance globale d’augmentation de la charge de travail interroge néanmoins sur les capacités à maîtriser le nouveau système et sur la dégradation de la qualité de vie.

Les heures supplémentaires sont de plus mal rémunérées dans certains cas, entre 9 et 17 ? / h, avec 27 ? / h dans le meilleur des cas. Le revenu supplémentaire permettrait de rémunérer un salarié (15 ? / h) dans le meilleur des cas, mais avec une faible amélioration du revenu pour l’agriculteur. Pour les plateaux et la montagne, la sécurité fourragère reste ou devient très critique lors de fortes augmentations du volume de lait produit, du fait de la densité laitière.
 
La sensibilité aux aléas climatiques (sécheresse et pluies diluviennes) se renforce et induit un risque d’obligation d’achat de fourrages une année sur deux. Le niveau élevé de consommation de concentrés de ces systèmes les rend fragiles par rapport aux fluctuations des cours sur l’aliment du bétail et sur le lait. A l’inverse, la conversion du système foin en système maïs permet de sécuriser les stocks dans un contexte d’augmentation de la densité laitière sur la surface.

Pistes d’amélioration
Plusieurs pistes d’amélioration se dégagent. D’abord l’optimisation du coût alimentaire en travaillant sur la productivité du pâturage et de l’herbe, sa valorisation par les animaux et la réduction des gaspillages en concentrés.
Puis la recherche de solutions pour réduire les coûts de bâtiments (solutions alternatives pour la mise aux normes, aménagement de l’existant) et les frais de mécanisation (solutions d’équipement en collectif avec pour objectif d’amortir la traction, délégation à l’entreprise).
 
Enfin la poursuite du renforcement de la valorisation des produits par le renforcement de la filière lait AOC et des outils de l’interprofession pour récupérer plus de valeur ajoutée. L’accompagnement des systèmes de montagne par une politique agricole adaptée (aides aux installations, aux investissements, par rapport aux surcoûts de collecte…) sera déterminante.

La piste du passage en bio peut être une solution pour certains : elle permet à sa manière et dans des contextes adaptés d’optimiser le coût alimentaire par la voie de l’autonomie et d’éviter la surenchère sur les investissements bâtiments.

Le Réseau d’élevage de Franche-Comté a mesuré l’impact de différentes stratégies d’augmentation des volumes de production sur les systèmes de la région.
 
Dans toutes nos simulations, nous avons pris en compte trois niveaux de prix du lait et des céréales pour encadrer les évolutions possibles. Pour le prix de base du lait, l’hypothèse basse se situe à 280 euros/1000 l en standard et 350 euros / 1000 l en AOC comté, et l’hypothèse haute à 360 et 370 euros/1000 l respectivement. Pour les céréales, le prix du blé retenu en hypothèse basse est de 140 euros/tonne et de 220 euros/tonne en hypothèse haute.

Nous avons fait varier en parallèle le prix des concentrés lui-même corrélé à celui des céréales et du soja. Pour les autres charges (engrais, produits phytosanitaires…) et produits (viande, …), les résultats correspondent à la conjoncture 2008. La forte hausse actuelle du prix du carburant est bien sûr prise en compte. Enfin, le niveau des charges sociales est recalculé en fonction des résultats.




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