Nicolas Sarkozy fixe le cap
Politique agricole
Jura agricole et rural
Publié le: 26 février 2009
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Rencontre sur l'exploitation de Dominique Savy (lieudit la Boissée, Daumeray) |
Pour préparer l’agriculture et anticiper sur les évolutions de la Pac de l’après 2013, Nicolas Sarkozy a annoncé le dépôt d’un projet de loi de modernisation de l’agriculture à l’automne 2009.
À quelques jours de l’ouverture du Salon de l’agriculture, Nicolas Sarkozy a profité d’un déplacement sur le terrain, sur une exploitation naisseur-engraisseur de vaches allaitantes, membre du réseau Farre à Daumeray dans le Maine-et-Loire pour prononcer un grand discours de politique agricole.
Très attendu sur les mesures d’application du bilan de santé, le Président de la République s’est plutôt projeté sur le long terme en 2013 et en 2020.
Ainsi a-t-il annoncé le dépôt d’un projet de loi sur la modernisation de l’agriculture et de l’agroalimentaire pour préparer la Pac de 2013. Ce projet de loi sera déposé avant la fin de l’année 2009.
« Cette loi devra tracer des perspectives nouvelles pour l’agriculture, l’alimentation et le secteur agroalimentaire français. Elle contribuera à consolider sa compétitivité et à renforcer son organisation économique dans un contexte renouvelé par le bilan de santé de la politique agricole commune et la réforme de 2013 », a indiqué le Président de la République. Plus concrètement, cette loi servira à fixer les propositions de la France pour la nouvelle politique agricole européenne 2013-2020. Et cela sans attendre l’élaboration du nouveau cadre budgétaire à Bruxelles qui fixera le cap pour l’agriculture européenne pour cette période.
Dans ce cadre-là, Nicolas Sarkozy a insisté sur la nécessité d’engager l’agriculture sur la voie du développement durable, chère au ministre de l’Agriculture. « J’ai demandé à Michel Barnier d’élaborer un plan pour un nouveau modèle agricole de 2020 », a-t-il déclaré.
Au programme, la réduction de la dépendance énergétique des exploitations agricoles, le maintien des surfaces en herbe, le développement des pratiques respectueuses de l’environnement, la réduction de l’utilisation des pesticides.
Bref une soixantaine de mesures pour promouvoir une agriculture plus écologique.
300 millions d’euros
Sur le bilan de santé, le Président de la République n’est pas allé dans le détail, réservant l’annonce des différentes dispositions à son ministre de l’Agriculture, le 23 février. Il a néanmoins validé quelques options, telles que l’abandon progressif des références historiques, sans dire quand ni comment, le maintien d’une enveloppe de 300 millions d’euros que le Gouvernement envisageait de soustraire du financement de l’agriculture dans le cadre du deuxième pilier de la Pac.
La FNSEA en avait fait l’une de ses priorités. Pour Nicolas Sarkozy, « cet effort » de l’État devrait servir à renforcer le soutien de l’élevage dans les zones herbagères, à revaloriser les indemnités compensatrices de handicap et promouvoir les assurances récolte et sanitaire.
Pour le reste, le Président de la République n’a pas hésité à évoquer un certain nombre de valeurs qu’il partage avec le monde paysan. Le travail, la prise de risque, le courage, l’innovation : « les agriculteurs sont durs à la tache, je n’ai aucune raison de les ignorer, bien au contraire. Ils incarnent un certain nombre de valeurs sur lesquelles se fond l’effort de redressement de notre pays ».
Son attachement à l’agriculture de production, plutôt que des jardiniers de la nature : « on a besoin de plus de production agricole, on n’a pas besoin de moins de production agricole », a-t-il répété à plusieurs reprises, quand un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde.
La nécessité d’une organisation des marchés : « le mot régulation n’est pas un gros mot. L’idée de la toute puissance du marché est une idée folle », surtout dans la crise financière actuelle. La protection de l’agriculture et du modèle agricole européen dans les enceintes internationales et la préférence communautaire : « Pas question d’imposer des règles de traçabilité contraignantes et de laisser inonder nos marchés de production où il n’y a pas de traçabilité. L’Europe ne peut renoncer à défendre ses producteurs », a-t-il déclaré sous les applaudissements.
Les mesures annoncées
• Installation des jeunes. Le Président de la République s’est engagé sur le maintien d’une enveloppe de 350 millions d’euros « non négociable » pour le financement de la politique d’installation.L’objectif étant d’installer 7000 jeunes par an.
Les mesures annoncées
• Installation des jeunes. Le Président de la République s’est engagé sur le maintien d’une enveloppe de 350 millions d’euros « non négociable » pour le financement de la politique d’installation.L’objectif étant d’installer 7000 jeunes par an.
• Retraites agricoles. Pour les anciens exploitants, il a annoncé une revalorisation du minimum vieillesse de 6,9 % en 2009 et la mise en place d’un véritable filet de sécurité pour les 230 000 exploitants les plus modestes dont la carrière en agriculture a été incomplète.
• Assurances. Nicolas Sarkozy a demandé à Christine Lagarde et Michel Barnier d’engager dès 2010 une expérimentation élargie des assurances contre les aléas économiques en agriculture.
• Bois. Un plan de valorisation et de modernisation de la filière bois va être mis en place. Nicolas Sarkozy a déploré que la France, qui dispose de la première forêt européenne soit contrainte d’importer massivement du bois.
• Marchés agricoles. À l’image du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le Président de la République proposera au G8 un groupe international de scientifiques sur le fonctionnement des marchés des matières premières agricoles et sur l’évolution de la sécurité alimentaire « produit par produit, région par région ». Objectif : améliorer la gouvernance des marchés.
Les réactions FNSEA et JA : satisfecit
Nous sommes rassurés sur la volonté du Président de la République de maintenir le cap sur des grandes orientations que nous partageons, une agriculture de production dans un cadre européen et la nécessaire défense de nos intérêts agricoles dans les négociations internationales » a déclaré Dominique Barrau. Néanmoins, il a trouvé le Président « un peu flou sur le bilan de santé ». Tout en se montrant satisfait sur l’engagement de l’État concernant les 300 millions d’euros.
« Ca nous aidera à boucler le bilan de santé ».
Le président de la FNSEA estime, pour sa part, que « ce discours va dans le bon sens ». Et il se félicite que le Chef de l’État partage la même ambition que la FNSEA pour l’agriculture française.
Sur la nouvelle loi de modernisation agricole, Dominique Barrau s’est montré un peu surpris par la boulimie législative du président. « Nous travaillons actuellement sur la loi de modernisation économique avec la coopération et les industries alimentaires avec un objectif d’aller vers plus de transparence des marges et l’organisation des filières. On nous annonce une nouvelle loi. Pourquoi pas ? Mais l’agriculture a besoin de se poser », a-t-il conclu. Pour Jean-Michel Lemétayer « le projet de loi annoncé ne doit pas masquer le mauvais bilan de la LME ».
Jérôme Volle, secrétaire général des Jeunes agriculteurs est sur la même longueur d’ondes. « Nous sommes assez satisfaits des orientations prises, sur l’agriculture de production et l’Europe ».
Surtout les jeunes ont retenu l’engagement « non négociable » du président de la République en matière de politique d’installation à hauteur de 350 millions par an.
FNB : De « bonnes intentions »
Pour la Fédération nationale bovine (FNB), le discours du Président de la République a défini les orientations pour l’application du bilan de santé de la Pac, à travers trois priorités : le soutien renforcé dès 2010 pour l’élevage situé en zones herbagères, la revalorisation des handicaps et la gestion des risques climatiques et sanitaires.
La FNB « se félicite de cette reconnaissance politique de la nécessité d’un rééquilibrage des revenus de l’élevage » et demande au ministre de l’Agriculture de « concrétiser ces orientations politiques par des mesures d’ampleur ».
Reçu par Michel Cadot, directeur de cabinet de Michel Barnier, le 20 février, le groupe des éleveurs de race à viande du grand Massif-Central souhaite que « les annonces et bonnes intentions du Chef de l’État se traduisent dans les faits pour parvenir à un rééquilibrage significatif en faveur de l’élevage ». Pour le responsable, Patrick Bénézit, « les aides doivent être réajustées de façon significative » . « Le ministre de l’Agriculture a une occasion historique de procéder à ce rééquilibrage, je ne doute pas qu’il le fasse et à la bonne hauteur » a-t-il conclu.
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