En 2010, Internet à haut-débit sera accessible à tous les Français. Une évolution qui va changer la vie de nombreux ruraux… mais qui n’est pas exempte de débats.
Rapport Attali, plan Besson consacré à la «France Numérique 2012 », annonce présidentielle sur l’accès pour 100% des Français avant 2012 : ces derniers mois, Internet à haut-débit a pris figure de grande cause nationale.
Si les citadins se sentent peu concernés car déjà correctement connectés, ces annonces gouvernementales n’étaient pas pour déplaire aux habitants des « zones blanches », ces ruraux ou rurbains qui, pour recevoir un mail et ses dix photos, contemplent près d’une demi-heure leur écran en attendant de lire le contenu du message (sans pouvoir téléphoner sur leur ligne fixe d’ailleurs). En quelques années, le branchement Internet, qui peut au premier abord paraître superflu, est devenu une commodité essentielle au même titre que l’électricité ou l’eau.
La présence grandissante de la toile dans la vie quotidienne pousse de plus en plus de foyers à se brancher. Ils sont désormais 17 millions (61 % des ménages) à surfer et la progression dépasse 15 % par an. Au plan européen, les Français sont dans une bonne moyenne (53 % d’internautes), mais loin derrière les Néerlandais (86 %) ou les Danois (80 %).
Internet fait donc de plus en plus partie de la vie quotidienne de millions de Français qui voient avec plaisir les possibilités et les avantages se multiplier (lire ci-dessous). Ils côtoient toutefois – à plus ou moins longue distance – entre 1 et 2 millions de concitoyens qui eux en sont totalement exclus… car ils ont la malchance de vivre dans une «zone blanche ». Ces oubliés représentent moins de 3 % de la population, répartis sur plus de 20 % du territoire.
Le coût des choix
Pour comprendre les enjeux de l’équipement de ces régions, il faut se pencher brièvement sur la technique. La connexion de base à Internet (le bas débit) utilise le fil du téléphone avec un modem : tout le monde peut y accéder, mais sa faible capacité de transmission l’a reléguée à l’arrière-plan. Depuis 7 ans environ, le haut-débit avec ADSL l’a remplacée, multipliant la vitesse de transmission de 8 à 20 fois. Tout serait parfait, si l’utilisation du fil téléphonique garantissait à tous la même qualité d’accès. Il n’en est rien : elle diminue à mesure que l’abonné est éloigné des autocommutateurs téléphoniques.
Au-delà de 5 km, commence alors une « zone blanche » et l’internaute se voit privé d’ADSL et donc d’Internet à grande vitesse. Plusieurs techniques permettent d’effacer ces régions de « non-internet ». Et ce sont, évidemment, les coûts qui vont décider, in fine, du choix, d’autant que le gouvernement a fixé le montant de l’abonnement pour l’internaute à 35 euros par mois, matériel compris. Les opérateurs ne se pressant pas pour répondre aux appels gouvernementaux, ce sont les collectivités locales qui ont bâti leur propre réseau.
En effet, pour éliminer les zones blanches, nombre de départements ont décidé, faute de pouvoir installer de nouveaux et coûteux relais téléphoniques et de continuer à utiliser les fils téléphoniques, de faire passer internet par voie hertzienne, avec le WiMax.
Peur sur les ondes
Dans de nombreuses régions, ce choix a engendré un nouveau débat, plus large et plus âpre car il touche à la santé. En effet, comme pour les antennes-relais de téléphonie mobile, le WiMax et ses ondes effraient certains habitants.
Les débats, plus ou moins tendus, portent sur le principe de précaution et le niveau d’exposition tolérable par le corps humain, opérateurs et associations n’étant, évidemment, pas d’accord sur les seuils acceptables.
Des débats qui virent parfois à la cacophonie quand s’affrontent les intérêts et peurs des uns, des autres et des internautes. Et ne croyez pas que le dossier sera refermé dans quelques mois avec le haut-débit pour tous ! C’est maintenant le très haut débit – qui permet par exemple de télécharger des films ou de regarder la télévision en haute définition et en « direct » – qui prend le devant de la scène. Il va nécessiter d’équiper la France en fibre optique (un chantier de 13 milliards d’euros)… qui, elle aussi ne pouvant aller jusqu’à l’ordinateur de l’internaute, exigera sans doute de parcourir son « dernier kilomètre » sur les ondes.
Page réalisée par le SNPAR Article commun à l’ensemble de la presse agricole et rurale
Zoom sur… Ah qu’il est beau, le haut-débit !
Haut et très haut débit riment le plus souvent avec divertissement et jeux !
Ainsi, nombre de non-internautes estiment que les collectivités investissent avant tout pour satisfaire les besoins des
jeunes en cinéma et spectacles à télécharger, pour leur permettre de jouer en ligne ou de « tchater » à longueur de soirées. Sans nier ces utilisations, l’internet haut débit ouvre des possibilités plus vastes et de nature à améliorer les conditions de vie dans le monde rural.
Pour un prix d’abonnement qui excède rarement, pour un service de base, les 40 euros par mois. Dans la vie quotidienne, il permet de limiter les déplacements en mettant à portée des consommateurs des millions de m2 de boutiques et magasins virtuels. Il offre aussi bien plus de facilité de relations avec les administrations, à l’image de la montée en puissance de la déclaration de revenus téléchargée par des millions de contribuables.
Le haut-débit et le très haut débit devraient également modifier le tissu économique des campagnes. D’abord parce qu’il permet réellement aux télétravailleurs de vivre dans le monde rural en leur offrant une relation en continu avec leurs employeurs ou clients.
Pour les entrepreneurs, les déplacements indispensables peuvent enfin diminuer. Un exemple : avec la vidéo, un artisan n’a pas besoin de participer à un stage de formation, il peut appréhender une technique ou un nouveau produit en restant devant son écran.
Quant à l’usage qui peut être fait d’internet pour les agriculteurs qui se lancent dans la vente directe, nul besoin d’insister sur l’obligation de disposer du haut-débit pour réussir dans le commerce.
Un lien communautaire
Quel que soit son âge, il est maintenant possible d’apprendre à peu près tout ce que l’on veut sur internet?: on peut prendre un cours de conversation personnel avec un professeur de langue vivant à l’étranger ou faire répéter indéfiniment (ou presque) un chef présentant une recette et les techniques qui s’y rapportent.
Le haut-débit devrait surtout ramener plus de lien entre les habitants des campagnes.
Il y a encore 10 ans, créer et faire vivre un média entre les habitants d’un pays ou d’une région isolée ne se concevait que via le papier et, plus facilement, la radio. Les télévisions locales ne sont restées longtemps que des expériences. La vidéo et le support numériques permettent, avec des moyens bien plus restreints (sans être gratuits !), de créer un espace d’échanges et de communication à l’échelle d’une commune ou d’un canton. Avec eux s’ouvre l’ère des télévisions locales.
Mais au-delà de toutes ces applications et utilisations, le haut-débit permettra de rééquilibrer les rapports ville- campagne : dans de nombreux domaines, les ruraux peuvent maintenant rivaliser, via un fil de cuivre ou des ondes, avec les citadins. Et ils ne manquent pas d’atouts.


