La première conférence régionale agricole s’est tenu mardi 10 mars. Les participants ont discuté d’agriculture régionale, de produits alimentaires et des consommateurs francs-comtois. Avec, en fil rouge, la qualité pour tous.
La qualité pour tous ! C’est le slogan de cette réunion », lance Thierry Eme. Ainsi l’animateur de la journée du mardi 10 mars présente la Conférence régionale agricole.
Dont le sous-titre est : Agriculture régionale, produits alimentaires et consommateurs francs-comtois : la qualité pour tous. « L’idée nous est venue il y a quelque temps », explique Marie-Marguerite Dufay, présidente du conseil régional de Franche-Comté. Plus précisément, il y a un an lors du Salon international de l’agriculture, tenu en 2008.
« L’idée a pris corps pour en arriver à cette journée de travail. Car une discussion autour du développement durable, en partenariat avec les chambres, s’impose à nous. » Une notion qui est loin d’être étrangère à la région. « Car en associant AOC et développement durable, nous nous retrouvons en plein pléonasme. » Mais au-delà de la qualité, de la quantité et de la préservation de l’environnement, il est juste de constater que tous les consommateurs n’ont pas forcément accès à ces productions. « Alors, comment faire ? » L’esprit critique attend avec inquiétude la question des coûts de production, donc du revenu des agriculteurs.
« Pas question de peser sur eux. Voyons plutôt comment peser sur les coûts de transports, de marketing, et sur les contraintes de distribution. » ce qui posera concrètement la question des filières. En tout cas, le débat attend n’opposera pas la qualité à la quantité. Mais il abordera forcément une dimension territoriale.
« Même si je ne veux pas y enfermer l’agriculture car nous exportons hors de nos frontières et j’en suis heureuse. » Néanmoins, plusieurs intervenants axeront leurs propos autour des circuits courts.
Le foncier en question
Consommation franc-comtoise des produits régionaux, enjeux agricoles, places des produits régionaux dans la restauration hors foyer, développement des filières, actions innovantes et enjeux sont autant de points qui ont fait de ce rendez-vous une journée dense (voir par ailleurs).
À l’issue de cette journée, Aurélie Trouvé, enseignante-chercheuse au centre d’économie et sociologie à Agrosup Dijon (ex Enesad) a extrait les points forts du rendez-vous. « Les circuits courts devraient permettre de restaurer des liens de confiance, réappendre le goût, comment travaillent les agriculteurs, comment ils façonnent les paysages tout en renforçant les projets territoriaux. » Ces circuits devraient aussi rappeler à la société que ces produits garantissent d’avantage d’emploi et la santé publique. « Ces initiatives locales doivent encourager les citoyens à privilégier les productions de proximité. »
Tout en tentant de court-circuiter les logiques européennes.
Ce développement se fera par la structuration des filières et le soutien aux marques régionales. Il faudra aussi passer par des opérations de promotion « comme pour la filière aquacole » mais aussi par l’éducation au goût. La restauration hors foyer ne sera pas oubliée.
« Il faudra permettre et donner envie aux producteurs d’être sur ces marchés. » Ça passera par de la formation et aussi de la contractualisation pour pérenniser le débouché. Il reste que la tradition agricole régionale a une nette orientation laitière.
« Nous devrons donc travailler sur la question du foncier. » Le dialogue s’impose donc avec les collectivités locales.
« Des initiatives existent déjà ; telle la protection des aires de captages. »
Pour que ces volontés réussissent, il faudra encore impliquer les consommateurs. « Pour qu’ils acceptent de payer autant si ce n’est plus. »
« Maintenant, il y a du boulot. Il va falloir retrousser nos manches », invite Marie-Marguerite Dufay. « D’autant plus que nous avons envie de garder notre valeur ajoutée, qui est notre richesse. » Des atouts existent : « La force du collectif. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’à aller de l’avant. » « Ce dialogue est constructif », estime Michel Renevier, président de la chambre régionale d’agriculture de Franche-Comté.
« Je vous invite aussi à mettre en avant auprès des consommateurs le fait que leurs emplettes sont nos emplois. »
La feuille de route étant tracée. Joseph Parrenin, vice-président, annonce la mise en place de groupes de travail. Qui compléteront celui organisé autour de la signature régionale. « Je suis confiant et optimiste sur nos capacités communes à conduire ces travaux. »
Circuits courts à encourager
Après deux analyses économiques fournies par Aurélie Trouvé et Alexandre Dumontier, Michel Renevier, président de la chambre régionale d’agriculture a invité à accentuer la réflexion autour de la viande et des productions végétales, pour maintenir localement des outils de production et de transformation.
Pour que chacun ait bien conscience des enjeux de la journée, Aurélie Trouvé est intervenue sur le contexte économique et celui de la consommation. « Aujourd’hui, les marchés agricoles sont dans une phase d’instabilité », assure l’enseignante-chercheuse au centre d’économie et sociologie à Agro-sup Dijon (ex Enesad).
« Si les prix ont connu une flambée, ils sont en chute. » Comme la période est à la dérégulation, les prix sont instables. « Mais les coûts de production sont de plus en plus importants. »
Ce qui fait que les revenus agricoles ont subi une baisse allant de 10 % à 20 %. « Et ce sont les éleveurs qui ont été les plus particulièrement touchés. »
En face des éleveurs se trouvent les consommateurs. Pour exemple, Alexandre Dumontier annonce que les Franc-Comtois consomment plus de 20 tonnes de fromages. « Il faudrait que chacun d’entre nous consomme une meule pour manger toutes nos productions.
Avec deux kilos par an achetés par ménage en 2006, nous nous en trouvons loin. » Autant dire l’importance du marché national et de l’export.
De plus, les comportements alimentaires ont changé. « Une certaine classe d’âge ne prend plus de temps pour la cuisine. Elle se fait vite. D’où l’importance de l’éducation. »
Ces quelques questions posées, Michel Renevier, président de la chambre régionale d’agriculture se pose la question des marges de manœuvre pour les producteurs. « Nous devons faire profiter nos produits du niveau local. » Et viser la restauration hors foyer. « Mais là, nous n’enregistrons guère d’initiative de notre côté. » Il faut encourager les circuits courts « très directs entre les producteurs et les consommateurs », sous la forme d’Amap, de marchés paysans, de paniers livrés en direct, du réseau Bienvenue à la ferme… « Car au final, l’enjeu est le maintien des outils de production et de transformation.»
Comme pour les laiteries ou les abattoirs. « D’où une réflexion accentuée pour la viande et les productions végétales. » Comme cela se fait déjà au sein des AOC. « Ça ne se décrète pas mais ça se construira avec les différents maillons des filières. »


