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Gérer le bilan de santé a demandé beaucoup d’énergie. Mais ce congrès a jeté les bases de la réflexion sur la prochaine réforme de la Pac 2013 |
Six heures de huis clos le mardi après-midi et un débat parfois âpre parfaitement orchestré par le président et les secrétaires généraux de la FNSEA. Au cœur de ces échanges : la réforme à mi-parcours de la Pac.
La « grande maison » a su organiser, jusque tard dans la soirée de son huis clos, l’expression de tous.
Chacun a livré son analyse, ses craintes, ses espoirs et aussi ses oppositions. « Un moment de réelle démocratie », s’est félicité Jean-Michel Lemétayer, solide capitaine d’un bateau qui depuis quelques semaines tangue sur la mer agitée d’une réforme dont les céréaliers pensaient qu’elle serait moins brutale et moins redistributrice.
La position médiane adoptée par la FNSEA plaçant le curseur de la redistribution des aides à égale distance des demandes déraisonnables de quelques éleveurs de bovins et la volonté de certains céréaliers de ne rien changer à leur situation a été très largement approuvée. La FNSEA a fait son travail de rapprochement de positions à l’origine très éloignées pour aboutir à une motion adoptée par le vote de 97 % des délégués !
Ce résultat consensuel renforce une FNSEA soucieuse des intérêts de chacun, en s’inquiétant cependant de la situation faite aux producteurs de céréales des zones intermédiaires, selon elle, « injustement traités ». Des producteurs qui n’ont ni les surfaces, ni le potentiel agronomique, ni le niveau des droits à paiement unique (DPU) des grandes régions productrices.
C’est vrai, cette réforme est pour eux une sorte de double peine et de nombreux intervenants, dans un souci d’équité, ont demandé à la tribune du congrès que leur situation soit mieux prise en compte.
Une part des 170 millions d’euros obtenus du Président de la République la veille du congrès de la FNSEA, devrait être mobilisée pour répondre à ces producteurs maltraités par la réforme et dont beaucoup se trouvent dans les régions Centre, Bourgogne, Lorraine, Midi-Pyrénées, Franche-Comté et Rhône-Alpes.
L’unité professionnelle à l’épreuve
Ces débats entre agriculteurs, entre filières et entre régions mettent l’unité professionnelle à rude épreuve. Surtout lorsque cent cinquante céréaliers du Bassin parisien tentent, en vain, de perturber les travaux de la FNSEA. L’initiative de ces manifestants aurait pu dégénérer car de nombreux délégués syndicaux de la FNSEA, souvent même des céréaliers, n’ont pas apprécié cette intrusion maladroite et provocatrice. Jean-Michel Lemétayer ne cachait pas son incompréhension devant l’attitude d’agriculteurs qui s’en prennent à d’autres agriculteurs, même si leur chef de file répétait que ce n’était pas la FNSEA qui était visée mais le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, et son plan de rééquilibrage de la Pac. Un ministre sur le départ, mais un ministre qui a tenu à s’expliquer, « les yeux dans les yeux » avec ceux qui critiquent cette réforme.
Dès son apparition, l’amphithéâtre bondé s’est partagé entre applaudissements nourris et sifflets, ponctués par quelques sonores cornes de brume. Très vite, Michel Barnier mettra fin au chahut en expliquant avec méthode sa vision de la Politique agricole commune et assumant des décisions qui sont celles « du Président de la République et du Gouvernement ». Pour le ministre de l’Agriculture, cette réforme « introduit plus de justice et plus d’équité entre les producteurs. Elle prépare aussi, selon lui, l’après 2013 en proposant une Pac plus légitime et donc beaucoup plus défendable aux yeux de l’opinion publique et des autres États membres ».
Une Pac 2013 plus dure encore
Car, ne l’oublions pas, à peine sorti de cette pénible réforme du bilan de santé, il faut déjà se préparer à la prochaine. Elle sera plus dure encore à écouter les experts, même si Michel Barnier veut rester optimiste, notamment sur les quotas laitiers, qu’il n’a pas renoncé à sauver…
L’enjeu, la prochaine fois, sera essentiellement budgétaire. La contribution des États membres au budget de l’Europe ne sera pas augmentée pour ne pas alourdir la fiscalité. Les pays qui ont rejoint l’Union européenne voudront leur part et d’autres politiques stratégiques comme la recherche, la santé, l’énergie et l’environnement devront être financées selon les priorités définies au Sommet de Lisbonne de mars 2 000. Déjà, les Anglais réclament une Pac « environnementale », d’autres la veulent toute dirigée au bénéfice de l’aménagement rural.
Peu de pays, une petite dizaine sur les vingt-sept, sont pour une Pac de régulation et de soutien à l’économie agricole comme le suggère la France. C’est insuffisant dans une Europe dont les décisions budgétaires se prennent à la majorité qualifiée (plus des deux tiers des voix).
Le Premier ministre, François Fillon, venu le jeudi conclure le congrès de la FNSEA, n’a pas caché « le risque de voir certaines productions aidées aujourd’hui ne plus l’être en 2013 ». Il reste peu de temps pour convaincre les pays de l’Europe de maintenir une Pac digne de ce nom, c’est-à-dire, dotée d’un budget significatif. Après les élections européennes du 7 juin 2009, une nouvelle Commission sera mise en place à l’automne.
Puis, dès 2010, les discussions reprendront, sous l’égide d’une nouvelle Commission et d’un nouveau Parlement, pour fixer le prochain budget de l’Europe à vingt-sept, voire à trente pays, pour la période 2013-2020. Tout va recommencer dans quelques mois et de nombreux observateurs pensent que la France doit rechercher des alliances européennes pour défendre sa vision de la Pac.
Une vision qu’elle ne pourra faire partager que si elle transforme la politique agricole commune actuelle, plutôt profilée pour protéger les agriculteurs, en une politique qui assure une production agricole suffisante et une saine alimentation aux consommateurs européens. Ce n’est pas un hasard si dans plusieurs pays européens, y compris en France, le ministère de l’Agriculture est aussi celui de l’alimentation. Pas de hasard non plus dans la volonté affichée de la FNSEA de construire une alliance avec les consommateurs de l’UFC-Que Choisir.


