RSS
«Le dernier petit village gaulois…»
Lucien Bourgeois
Jura agricole et rural
Publié le:  09 avril 2009
Page 6 

« Vous avez des valeurs qui permettent de résister en temps de crise»

La FDCL avait invité Lucien Bourgeois, conseiller à l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture, à son assemblée générale.

Il a posé son regard d'économiste et d'observateur des politiques agricoles sur notre région.

«Vous êtes le petit village gaulois qui résiste et vous avez des solutions à présenter par rapport à la crise. Alors qu'on ne nous avait vendu rien d'autre, pour motiver les hommes, que la concurrence impitoyable, vous en étiez encore à la coopération ! Vous avez choisi de vous accrocher à la production villageoise alors que nous sommes à l'heure de la mondialisation et vous pensez que l'on peut vendre le territoire, pour peu qu'on y croie. »

Pour commencer son intervention, ce spécialiste de l'économie n'a pas voulu seulement peindre un tableau sombre de la crise économique. Une crise qui est surtout « une perte de confiance dans le dollar et la capacité des États-Unis à réguler le système mondial monétaire ».
Il rebondit sur la crise alimentaire « liée moins à un manque de marchandises qu'à l'incapacité chronique de prendre en compte la demande des pays non solvables ».

Une pénurie alimentaire conjoncturelle liée surtout « à la peur de manquer de pétrole » (utilisation de produits agricoles pour faire du pétrole) et « à l'imprévoyance » (pas de stocks agricoles).

« Si le monde a su accompagner l'accroissement de la population par une augmentation de la production agricole, la difficulté aujourd'hui est d'accompagner les producteurs, d'avoir une bonne politique agricole. Pour avoir un vrai marché mondial, il faut une vraie autorité mondiale reconnue, on en est loin. »

Loin des théories
Adepte de la réalité plutôt que des théories, Lucien bourgeois s'appuie sur des courbes : les chiffres prouvent par exemple que laisser les marchés s'exprimer librement n'est pas une garantie de prix bas pour le consommateur.

Pour éclairer un peu l'horizon, l'économiste rappelle que l'Europe est mieux placée que les États-Unis en matière d'exportation de produits agroalimentaires. L'IAA est le premier secteur industriel de France. « Attention au discours qui dit « ce n'est pas la peine de produire en France » (découplage). Il faut avoir une vision large : qui dit production, dit plus d'IAA, de recherche, de commerce et peut-être à terme, "plus" pour le consommateur ». Le conseiller de l'APCA est aussi un Européen convaincu. Il rappelle par exemple que l'on dépense pour la Pac ce que l'on dépense pour l'assurance de son logement et de sa voiture. « C'est le prix de la sécurité alimentaire ».

Mais aujourd'hui l'Europe connaît un vrai problème de construction. «Avons-nous la volonté de faire une société ensemble, d'avoir une politique fiscale et sociale commune ? Je suis pour une nouvelle Pac, une Politique Alimentaire Commune, qui doit permettre aux agriculteurs de nourrir la population avec le moins de fluctuations possible. Car les fluctuations profitent aux commerçants, rarement aux agriculteurs... »

L'intérêt d'une politique alimentaire est encore plus vrai aujourd'hui avec la crise.
« On assiste au rétablissement d'un certain nombre de valeurs. Vous en avez, qui pourraient servir.... La crise peut être l'occasion de rebondir. »




Newsletter GRATUITE