La lutte contre le campagnol terrestre est un sujet important pour les exploitations agricoles du massif du Jura.
Contenir les pullulations, c’est réduire les impacts sur le revenu des éleveurs.
Pour cela, les éleveurs ont à leur disposition une boîte à outils conçue dans le cadre des plans de lutte contre le campagnol terrestre depuis 97/98. Cette boîte à outils permet de s’appuyer sur des techniques diverses de lutte et de prévention contre le campagnol : piégeage, prédation naturelle des campagnols, organisation collective du territoire et introduction de surfaces labourées dans le finage, réduction des impacts au travers de la réimplantation raisonnée des prairies post-pic de pullulation, gestion fourragère de l’exploitation en périodes de basse densité, implantation de haies, pâturage sur une majorité des surfaces, mais aussi lutte chimique contre le campagnol et la taupe.
En effet, la lutte chimique est un élément incontournable pour les agriculteurs du massif. Bien utilisée, au moment adéquat soit en basse densité et en traitement à la tâche, elle s’avère très efficace en complément des autres moyens de lutte évoqués auparavant. Son impact sur la faune non-cible dans le cadre de cette utilisation raisonnée est de plus extrêmement limité. Cette réduction des impacts sur la faune non-cible et la rationalisation de la lutte chimique sont d’ailleurs les acquis de dix ans de recherche et d’expérimentation autour du campagnol.
Les agriculteurs sont cependant inquiets.
Les annonces successives d’arrêt de la lutte chimique risquent de décourager ceux qui ont joué le jeu de lutte raisonnée depuis dix ans. À Levier, le 30 janvier dernier, les agriculteurs engagés en contrat de lutte raisonnée se sont réunis et ont énoncé une forte demande pour le maintien de la lutte chimique dans le cadre de la lutte raisonnée et de la boîte à outils qui leur est proposée.
Si nous reprenons les études de recherche, le phénomène des pullulations des campagnols terrestres vient principalement de l’évolution de l’agriculture et des systèmes. La spécialisation des exploitations agricoles du massif du Jura dans l’élevage laitier basé sur le système fourrager a conduit à une quasi-monoculture d’herbe.
Le graphique dans notre édition papier montre que la monoculture d’herbe est un facteur favorable au développement des campagnols terrestres.
Cette monoculture est de plus favorisée par les contraintes réglementaires (PHAE essentiellement) qui ont joué un rôle dans cette évolution. C’est pour cette raison que la Fredon, par les diverses expérimentations, a essayé plutôt de favoriser la perturbation de l’habitat du campagnol par l’alternance fauche/pâture, le labour, les haies, le travail collectif à l’échelle de territoires cohérents. Les moyens de lutte doivent cependant encore être perfectionnés notamment pour alléger la charge et la pénibilité du travail des agriculteurs. La Fredon travaille pour cela en collaboration avec les chambres départementales et des organismes de recherche sur la mécanisation et l’automatisation de la lutte chimique et sur la mutualisation des moyens humains de lutte (dispositif d’auxiliaires de lutte).
Les agriculteurs ne peuvent de plus mettre en place toutes les solutions à l’échelle de leurs exploitations mais peuvent par contre effectuer cette lutte collectivement.
C’est un aspect fondamental du succès relatif à la lutte contre le campagnol. En effet, jusqu’à présent, les méthodes ne permettent pas d’éradiquer le campagnol mais bien de limiter les impacts négatifs des pullulations en réduisant l’importance du pic et en augmentant le temps entre deux pics.
De plus, dans le cadre du contrat de lutte raisonnée, il est important de faire un diagnostic par parcelles en tenant compte de sa place dans le système fourrager (niveau de production, pâture, fauche, …) ainsi chaque agriculteur peut appliquer une stratégie de lutte qui s’inscrit dans une démarche raisonnée faisant appel aux différents outils dont la lutte chimique.
Il est important d’intégrer la lutte contre le campagnol dans la conduite du système fourrager. Des réunions d’informations sur les différents cantons subissant des pullulations, auront lieu en collaboration avec la chambre d’agriculture du Doubs ou du Jura.


