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La période de mise à l’herbe a débuté dans certaines zones géographiques du département.
Pour d’autre, il faudra attendre encore un peu, afin que les grandes étendues blanches laissent place aux verts pâturages. Dans tous les cas, la conduite en début de période est décisive pour la valorisation de l’herbe tout au long de la saison de pâturage.
Les valeurs nutritives de l’herbe ne sont pas à remettre en cause L’année dernière, dans le cadre d’une étude régionale, des analyses d’herbe verte ont été réalisées chaque mois entre le mois de mai et le mois de septembre.
Ces analyses concernaient plusieurs types de prairies : des prairies naturelles, des prairies artificielles à base de ray-grass anglais et de trèfles blancs ou de trèfle violet. Les résultats de ces analyses sont sans appel. Aucune valeur en matière azotée totale (MAT) n’est inférieure à 16,6 %. La valeur énergétique la basse est de 0,9 UFL. Il est cependant important pour interpréter ces résultats que les prélèvements ont étés réalisés sur de l’herbe jeune à un stade toujours inférieur à 15 cm.
Les baisses de production sont probablement dues à un déficit d’ingestion Puisque l’herbe a une très bonne valeur nutritionnelle et ce tout au long de la période de pâturage, les baisses de production observées à partir du mois de juin ne sont pas la résultante de la chute de la valeur nutritionnelle, comme on l’entend souvent. Il est par contre probable que ce soit l’ingestion de cette herbe par les vaches laitières qui soit insuffisante.
30 000 bouchées prélevées pour 15 kg de matière sèche ingérés
Lorsque la vache pâture et qu’elle est active au pâturage autrement dit lorsqu’elle broute, elle prélève des bouchées d’herbe à un rythme régulier. Ce rythme est d’environ 40 bouchées prélevées par minute. Des études menées par l’Inra sont parvenues à déterminer le poids d’une bouchée d’herbe. Celui-ci oscille entre 0,2 et 0,5 gramme de matière sèche. La variation du poids d’une bouchée n’est pas tant conditionnée par la teneur en matière sèche de l’herbe que par la hauteur d’herbe disponible.
On atteindra donc des bouchées de 0,5 g de matière sèche (parfois plus) lorsque les vaches pâturent une herbe dense ayant une hauteur (herbomètre) comprise entre 12 et 15 cm. Dans ces conditions optimales, la vache devra tout de même prélever 30 000 bouchées au cours d’une journée pour ingérer 15 kg de matière sèche. Si nous associons cette dernière donnée au rythme de prélèvement cité plus haut, on en conclut que la vache devra brouter activement pendant 12 heures et 30 minutes. Autant dire que dans la réalité, cette performance est très difficile à atteindre.
Tout mettre en œuvre pour faciliter l’ingestion de l’herbe
Le rôle ô combien décisif de l’éleveur lorsqu’il pilote le pâturage sera de mettre en œuvre tout ce qui permettra aux vaches d’ingérer un maximum d’herbe.
Pour cela, il faudra rentrer dans des parcelles où l’herbe est suffisamment haute, plus précisément une herbe mesurant entre 12 et 15 cm. Tout en évitant de pâturer des parcelles à plus de 15cm, ce qui risque de générer beaucoup de refus donc une consommation moindre. Ensuite, il faut que les conditions de pâturage soient confortables pour les vaches. On veillera à ce que le point d’eau soit accessible et proche de la zone de pâturage.
Un point d’eau éloigné à plus de 200 mètres représente une perte de temps de pâturage qui peut atteindre 2 heures par jour soit environ 2,4 kg de matière sèche d’herbe ingérés en moins. Le dernier point qu’il me semble important d’aborder et celui des horaires de sortie des animaux après les traites. On sait que biologiquement la vache réalise deux gros repas après chaque traite. Il est important que les vaches soient libérées assez tôt le matin (avant 9 heures) et le soir (avant 20 heures) afin d’optimiser ces repas.
Le matin, une vache consommera plus d’herbe entre 8 heures et 10 heures qu’entre 10 heures et midi. Ceci s’explique d’une part par l’horloge biologique de l’animal (qui est trop souvent négligée) et d’autre part par des températures souvent plus favorables en début de matinée.
Ne pas raser les parcelles pour favoriser la repousse
André Voisin en 1957 définissait le pâturage ainsi : « l’art de se faire rencontrer la vache et l’herbe au bon moment».
Le bon moment pour la vache, mais aussi le bon moment pour la prairie. On l’a vu plus haut, il est important de placer les vaches dans des prairies qui offrent une herbe de qualité en quantité suffisante. On a l’habitude de dire que le cycle de pâturage se réalise sur environ trois semaines. Autrement dit, on repassera sur la même parcelle à environ 20 jours d’intervalle.
Ces 20 jours doivent permettre à la prairie de reconstituer un stock d’herbe suffisant. Concrètement on conseille de rentrer les vaches sur la parcelle à environ 12 cm d’herbe et de les faire pâturer jusqu’à ce qu’elles descendent à 6 cm. Il ne faut pas descendre en dessous de 5 cm sans quoi on pénalise fortement la reprise de croissance de la prairie et par le fait, la quantité d’herbe offerte lors du prochain passage du troupeau sur la parcelle.
Lâcher les vaches dès que possible sur de grandes surfaces
On le répète chaque année. Il faut lâcher les vaches dès que les conditions climatiques le permettent. Par contre, pour être cohérent avec le paragraphe précédent (ne pas raser les prairies), on offrira aux vaches de grandes surfaces à pâturer. Il faut que les vaches « broutillent » par-ci par-là sans limiter la hauteur d’herbe des prairies. À cette période, il faut régulièrement observer les pâtures.
Dès que la hauteur d’herbe atteindra 6 à 8 cm, il faut réduire la surface pâturer et passer au pâturage tournant classique. On entre alors en période de plein pâturage. On peut rappeler qu’au printemps, en période de plein pâturage on devra disposer d’environ 30 à 35 ares par vaches en surface totale pâturée soit 14 ha pour un troupeau de 40 laitières.
Complémenter juste afin de ne pas gaspiller
En termes de complémentation au pâturage, il ne faut pas trop compliquer les choses. On peut retenir avant de décider de la stratégie de complémentation quelques notions importantes : Tout d’abord, il est admis que l’herbe seule si elle est consommée en quantité suffisante (au moins 13 kg de matière sèche) couvre une production de 20 à 22 kg de lait.
On sait également que l’efficacité du concentré au pâturage, encore une fois lorsque l’herbe ne manque pas, est de 1 litre de lait pour 1 kg de concentré. La substitution est forte entre le concentré et l’herbe. On perd facilement 0.5 à 0.8 kg de matière sèche d’herbe ingérée par kg de concentré distribué. Au-delà de 4 kg, le concentré au pâturage n’est quasiment plus efficace.
Combler le déficit en énergie
Sur le type de concentré utilisé, encore une fois, je conseillerai la simplicité. Le premier objectif de la complémentation au pâturage est de combler le déficit énergétique de l’herbe. Pour ce faire, un mélange de céréales (orge/maïs) est tout à fait adapté. La quantité distribuée de ce mélange ne dépassera pas 3 kg par vache par jour. Cet apport en céréales permet de couvrir entre 25 et 30 kg de lait en fonction du stade de lactation des animaux.
Si on souhaite exprimer le potentiel à plein, on pourra sur les vaches à plus de 28 kg de lait réaliser une complémentation avec un concentré de type « parois » titrant 18 à 20 % de protéine brute. Ce dernier concentré sera distribué au rythme de 1kg pour 3 à 4 litres de lait.
La priorité au pâturage reste de donc de faire manger un maximum d’herbe aux vaches laitières. La complémentation n’est qu’accessoire en cette période de l’année. Il existe une réelle opportunité de produire du lait au moindre coût. Il serait vraiment dommage de ne pas saisir cette opportunité. Le pâturage, c’est bon pour les vaches et c’est bon pour l’éleveur.
Matières premières à privilégier pour la complémentation au pâturage :
• Céréales (orge, maïs, blé)
• Son de blé
• Sous produits de céréales (corn gluten feed, drêches de blé)
Une vache de 30 kg de potentiel pourra ingérer de quoi produire 25 kg de lait à un coût alimentaire modéré (27 euros pour 1 000 litres).
Pour couvrir ses besoins et atteindre réellement 30 kg de lait, il faudrait apporter 4 à 5 kg de concentré, mais alors le coût alimentaire grimperait à 61 euros pour 1 000 litres. Le coût alimentaire de chacun des 5 kg de lait en plus est de 231 euros !


