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Christiane Lambert épingle la grande distribution
Conseil économique et social
Jura agricole et rural
Publié le:  16 avril 2009
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En France la formation des prix alimentaires est dominée par les rapports de forces, celui de sept centrales d’achat qui représentent 83 % du marché des grandes surfaces alimentaires et celui des grands groupes industriels multinationaux dont la taille excède celle des distributeurs, estime Christiane Lambert, auteure d’un rapport sur les modalités de formation des prix alimentaires au Conseil économique social et environnemental.

Après Luc Besson, l’UFC Que Choisir, le Parlement européen, c’est au tour du Conseil économique social et environnemental de se pencher sur la formation des prix alimentaires.

La rapporteure Christiane Lambert, également vice-présidente de la FNSEA, a décortiqué l’ensemble des mécanismes de formation des prix au sein de huit filières pour en tirer un certain nombre de conclusions générales. La première est que l’impact du produit agricole sur le prix du produit final dépend du degré de transformation. Ainsi est-il beaucoup plus important pour le litre de lait UHT, les fruits et légumes que pour la baguette de pain.

L’influence du produit agricole est également liée aux caractéristiques du marché. Le prix du beurre, par exemple, est fortement corrélé à son prix sur les marchés internationaux. La gamme du produit a également son importance.

Selon que le produit appartient à une grande marque, une marque de distributeur (MDD) ou un premier prix, l’impact du produit agricole sur le produit alimentaire est également différent. Par exemple, les prix sortie usine du lait UHT, du beurre ou de l’emmental « MDD » sont beaucoup plus lissés que les mêmes produits « premiers prix ».

Retard
Mais, observe Christiane Lambert, « les distributeurs répercutent plus vite la hausse que la baisse ». Autrement dit il y a une forte sensibilité à la hausse et une rigidité à la baisse du prix des produits alimentaires par rapport aux produits agricoles.

Deuxième observation, la volatilité des prix exerce un effet inflationniste sur les prix alimentaires, notamment les MDD et les premiers prix. D’où l’importance des mécanismes de régulation des marchés agricoles. Ainsi la rapporteure s’oppose au démantèlement des mécanismes de gestion des marchés à Bruxelles. Elle plaide pour la création de nouveaux outils de gestion des risques et la mise en place d’une préférence communautaire rénovée.

«L’élévation qualitative des produits suppose une certaine protection vis-à-vis de produits importés qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes sanitaires et environnementales » insiste-t-elle.

Surtout, les mécanismes de formation des prix alimentaires sont dominés par des rapports de force. D’abord celui de la grande distribution qui, avec sept centrales d’achat, représente 83 % du marché des grandes surfaces alimentaires. Et aussi celui des grands groupes industriels internationaux comme Nestlé, Coca-Cola, Danone… dont la taille excède souvent celle des distributeurs. Ces fabricants internationaux, dotés de marques connues, réalisent plus de 45% du chiffre d’affaires des distributeurs, contre 25 % pour les MDD et près de 30 % pour les marques de PME (plus de 10 000 entreprises).

Autant les grands groupes fournisseurs sont en mesure de piloter les prix dans les rayons, autant la grande distribution impose sa politique de prix et de cahier des charges à ses fournisseurs PME. Pour corriger les abus et rééquilibrer le rapport de force, Christiane Lambert préconise la contractualisation entre les différents maillons de la chaîne alimentaire, y compris pour le commerce de proximité et la filière bio.

Réciprocité
Au-delà de la publication d’un rapport annuel sur les prix et les marges, du bilan régulier de l’application de la loi de modernisation de l’économie et du renforcement du rôle de la commission d’examen des pratiques commerciales, le Cese préconise, pour les distributeurs, la communication de leurs informations financières. « Il est fréquent que les acheteurs obtiennent, dans le cadre des négociations, une communication détaillée sur la rentabilité de leurs fournisseurs, alors que leurs propres comptes financiers ne font l’objet d’aucune diffusion.
Cette information devrait être rendue disponible », estime la rapporteure.

Enfin, observe-t-elle, l’inflation alimentaire est plus fortement perçue que toute autre hausse des prix par les consommateurs. Les achats alimentaires sont réguliers et l’alimentation constitue une référence quotidienne.

Dans un contexte de crise et de baisse de pouvoir d’achat, le prix est redevenu un critère de choix. « Mais cette perception du prix est souvent brouillée » déplore Christiane Lambert. Ils sont moins élevés en réalité que ce qu’ils sont perçus. Bref les ménages surestiment l’inflation générale. D’où le souhait du Cese de mettre en place des instruments de mesure des prix qui puissent recueillir le consensus à la fois des Pouvoirs publics, des associations de consommateurs et des enseignes de la grande distribution.




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