|
Le jardin d’expérimentation de la station horticole de Brindas est une référence pour tous les professionnels de l’horticulture, producteurs, paysagistes, collectivités... La recherche appliquée présente l’intérêt de rapprocher la technique et la profession |
Les céréaliers, les maraîchers, les arboriculteurs, les horticulteurs, les éleveurs, en fait tous les producteurs, pourraient-ils se passer des stations expérimentales ?
Unanimement, la réponse est non. Tous les progrès techniques qui ont été réalisés depuis la guerre ont été imaginés et testés en stations, vulgarisés par les stations.
« La vulgarisation n’est pas un gros mot, mais sa noblesse n’est pas toujours comprise », aime à dire Serge Lepage, le directeur du Ratho. La recherche appliquée, apanage des stations d’expérimentation, est le bras armé de la recherche fondamentale. Sans elle, l’innovation née dans les laboratoires ne peut trouver de réalité de terrain. C’est le maillon indispensable entre l’idée et le progrès des exploitations. Le rôle des stations est vital pour les scientifiques, les obtenteurs, les techniciens et les agriculteurs. Leurs situations géographiques dans les régions françaises, sont aussi essentielles pour renseigner les professionnels sur la viabilité locale d’une espèce, d’une variété, d’une conduite de culture.
Mais la vie d’une station d’expérimentation a un coût. Et à l’heure où les économies se font drastiques, elles sont dans le collimateur des financeurs, qui voudraient limiter les charges ou, tout au moins, les partager davantage. L’agriculture assume sa part, mais un effort supplémentaire lui est demandé. Elle le fait et le fera, mais rappelle aussi que la performance est une émanation de l’expérimentation. La pérennité des stations est donc une évidence qui s’impose à tous.
Dans un contexte de restrictions budgétaires et avec de nouveaux axes de recherche à prendre en compte, les stations et fermes expérimentales agricoles se cherchent et recherchent surtout des financements. Beaucoup s’interrogent sur leur avenir, la pérennité même de certaines d’entre elles est aujourd’hui en jeu. La recherche appliquée menée dans les fermes et stations expérimentales permet aux exploitations agricoles de s’adapter à de nouvelles techniques, de répondre à de nouvelles demandes et de s’inscrire dans une démarche de progrès, sans prendre de risques individuels inconsidérés.
Proches du terrain et des bassins locaux, ces fermes et stations doivent permettre l’accompagnement des agriculteurs dans leur développement et leur modernisation.
Et cela n’est pas simple, ni gratuit. Pour Claude Aurias, président de l’Inter Pep(1) en Rhône-Alpes « les actions de recherche, essentielles pour maintenir la compétitivité des exploitations, doivent répondre aux besoins d’innovation. Les axes de recherche sont donc multiples, afin de prendre en compte les enjeux liés à l’économie, à l’environnement et au développement de l’agriculture biologique.
Les exploitations agricoles étant de très petites entreprises en regard des moyens de recherche à mettre en œuvre, seule la mutualisation des coûts et des aides publiques ont permis de créer des stations capables de répondre aux attentes immédiates des agriculteurs ».
Oui, sauf qu’aujourd’hui, face aux évolutions de leur financement et des besoins nouveaux des agriculteurs et des filières, les stations et fermes expérimentales en recherche appliquée s’interrogent sur leur avenir. En Rhône-Alpes, la chambre régionale d’agriculture a été mandatée pour conduire un audit afin « d’établir un état des lieux et d’entrevoir le cap futur des différents dispositifs de recherche pour en définir le positionnement et l’efficacité. »
La situation des stations expérimentales n’est pas homogène et diffère selon pour qui elles travaillent, selon par qui elles sont gouvernées et selon par qui et comment elles sont financées.
Manque de visibilité
L’audit mené en Rhône-Alpes montre que toutes les stations expérimentales ne travaillent pas pour « les mêmes clients ». Certaines travaillent exclusivement pour les techniciens du développement agricole, d’autres sont tournées presque entièrement vers les producteurs et enfin certaines valorisent les résultats par les techniciens dans les entreprises agricoles. Ce positionnement n’est pas anodin et pose la question de savoir qui oriente la recherche entre la production, les conseillers ou le marché. Y répondre clairement apporte de la lisibilité pour les bénéficiaires et pour les financeurs.
Autre question soulevée, qui gouverne les stations ? La encore, les réponses mettent en évidence une grande complexité dans les processus d’élaboration des programmes de recherche. Une complexité qui est liée aux exigences des financeurs, aux préférences des comités scientifiques, aux complémentarités possibles avec les travaux des instituts. L’élaboration des programmes se fait aussi en fonction des ressources humaines et matérielles disponibles.
La synthèse est souvent ardue et engendre un manque de lisibilité ou de crédibilité dans le positionnement des actions de recherche, enfin, troisième interrogation pour les stations et fermes expérimentales, celle du financement. Pour quasiment toutes, la situation financière est instable et les restrictions financières de mise. L’État, les collectivités, la profession financent la recherche mais les contributions baissent ou, au mieux, se maintiennent sans prendre en compte ni l’inflation ni les hausses de charges. Au final, c’est moins d’argent pour la recherche et les équilibres budgétaires reposent sur des appels d’offres de recherche aléatoires.
Pour Claude Aurias, « si tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut maintenir de la recherche appliquée, une réflexion de fond avec une remise à plat et un toilettage des programmes est inévitable.
La mutualisation et la recherche d’économies d’échelles sont des pistes qu’il faudra aussi explorer ».
Pep : pôle d’expérimentation et de progrès.


