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Surmonter ses handicaps, valoriser ses atouts
Production laitière en zones difficiles
Jura agricole et rural
Publié le:  01 mai 2009
Page 11 

Plus de trois milliards de litres de lait, soit 14 % de la collecte nationale, sont produits en zone de montagne par 21 800 producteurs (20 % des producteurs de lait français).

Avec des handicaps naturels à surmonter, des coûts de production et de collecte plus élevés et dans la perspective de l’abandon des quotas laitiers en 2015, ces exploitations devront user de tous les leviers possibles pour se démarquer encore plus des produits de masse.

Les zones de montagne et piémont occupent un quart de notre territoire. En dépit des handicaps naturels qui les caractérisent : altitude, pente, climat, morcellement des parcelles, 16 % des exploitations agricoles y sont situées. C’est plus de 60 000 exploitations agricoles professionnelles dont 75% spécialisées en élevage.

Les exploitations laitières de montagne et piémont détiennent un cheptel laitier plus faible qu’en plaine (33 VL contre 41) et produisent moins de lait (169 000 l contre 250 000 l). Elles sont légèrement plus petites en surfaces (66 ha contre 73), plus spécialisées (67 % contre 45), pratiquent un élevage plus extensif basé sur l’herbe (0,96 UGB/ha contre 1,53), sans maïs ensilage (sauf en piémont) et 8 % utilisent des pâturages collectifs.

D’après une étude de l’Institut de l’élevage : « l’association entre petites structures laitières et zones de montagne se renforce. En 2005, 41 % des exploitations de moins de 100 000 litres et seulement 9 % des plus de 300 000 l, se trouvaient en zone montagne-piémont. »

Des projections réalisées à l’horizon 2012 montrent que ces écarts entre zones peuvent continuer à s’accroître et conduisent à prévoir des structures moyennes de 210 000 l en montagne-piémont (+ 40 000 l) contre 325 000 en zone de plaine (+ 70 000 l) et 350 000 l en zone de polyculture élevage (+ 90 000 l).

Faible densité laitière et coûts élevés
Handicaps supplémentaires en zone de montagne, les coûts de production et de collecte du lait sont plus élevés, liés aux contraintes géographiques et météorologiques.

La densité de production laitière pour l’ensemble de la zone montagne et piémont est de 50 000 l/km2, soit deux à trois fois moins que dans l’Ouest de la France. Le nombre de kilomètres parcouru par les camions de collecte est plus important, l’optimisation du circuit de collecte n’est pas toujours possible en raison de la géographie (passage des cols), les coûts techniques de la collecte sont plus élevés (plus d’usure, de carburant …) ainsi que les frais de main d’œuvre (temps de collecte plus long…).

Selon le Cniel, les coûts de production en montagne sont de 4 à 15 % plus élevés qu’en plaine et le surcoût moyen de la collecte a été évalué en 2007 à 12 ?/1000 l. Toutes ces contraintes ont poussé les éleveurs laitiers à rechercher une meilleure valorisation de leur lait notamment par la transformation fromagère sous signes de qualité. Les AOC fromagères permettent de valoriser 1/3 % du lait produit en montagne et près de 30% des exploitations de montagne-piémont sont dans une filière AOC (5 % en plaine).

Malgré tous ces efforts, la productivité du travail des exploitations laitières de montagne reste inférieure à celle des autres zones et n’est pas compensée par les aides publiques. « Le montant des aides qu’elles perçoivent est inférieur de 20 % à celui des exploitations de plaine » avance le Cniel. D’après l’institut de l’élevage, « les aides directes totales sont quasi équivalentes en montagne et en plaine pour les exploitations spécialisées. Elles s’élèvent à environ 15 000 euros par unité de main de d’œuvre. Cette situation se traduit finalement par un niveau de rémunération du travail inférieur en moyenne tous massifs confondus ».

Se démarquer pour compenser les écarts
Pour Christophe Perrot de l’Institut de l’élevage, « l’évolution de la Pac avec la fin probable des quotas laitiers pourrait d’abord profiter à certaines zones de plaine. Les exploitations laitières de montagne ne sont cependant pas dépourvues d’atouts qui pourraient, selon lui, inspirer un repositionnnement stratégique de ces bassins de production, encouragé par un accompagnement adapté des politiques publiques ».

Pour faire face à un contexte plus concurrentiel, plus volatil et plus incertain, il suggère de : « se démarquer encore plus grâce à la typicité des produits de montagne, la spécificité des modes de production et l’innovation pour plus de valeur ajoutée ; d’obtenir un accompagnement spécifique aux travers des aides publiques et de réviser la politique laitière nationale et interprofessionnelle pour une gestion collective des filières de qualité ».

Si les annonces faîtes par le ministre de l’Agriculture dans le cadre du bilan de santé de la Pac(1) vont dans le bon sens, selon la FNPL, un certain nombre d’options restent à définir. La fédération nationale des producteurs de lait dit qu’elle « reste vigilante à la définition de ces éléments techniques et rappelle qu’au-delà des aides sectorielles, la capacité d’organisation économique des filières est primordiale pour leur avenir. »


(1) Enveloppe de 45 millions pour verser une aide de 0,02 euro/l à la production laitière de montagne (dans la limite d’un plafond à définir) ; revalorisation des 25 premiers hectares de l’ICHN ; création d’une prime à l’herbe …




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