Le président du centre régional interprofessionnel de l'économie laitière, Gérard Bazin, dresse un état des lieux de la collecte de lait en zone de montagne, entre difficultés et espoirs.
Quel est le contexte actuel de la production et de la collecte de lait en zones de montagne ?
« La production de lait en zone de montagne représente 20 % de la production laitière à l’échelle nationale. Environ le tiers est transformé en AOC, restent les deux tiers à valoriser sur un marché concurrentiel.
Les acteurs de la filière doivent trouver des solutions afin que celle-ci reste productive sachant que la densité de collecte n’est pas la même pour le lait issu des zones de montagne. On estime à 12 euros pour 1 000 litres le surcoût de collecte, comparé aux zones dites performantes (Ouest de la France).
Pour les entreprises privées, ce surcoût pèse largement dans les choix de restructuration ou d’optimisation. Pour la coopération, ce n’est pas la préoccupation principale. En Rhône-Alpes, on sait que ces outils sont peu nombreux ; ce qui implique de trouver des solutions, et vite.»
Les annonces faites dans le cadre du bilan de santé de la Pac ont-elles apporté quelques espoirs ?
« Nous avons en effet fondé beaucoup d’espoir dans la Pac. Depuis longtemps, nous nous efforçons de convaincre la Commission européenne afin qu’elle prenne en charge le surcoût de la collecte auprès des entreprises ou qu’elle accepte que ces entreprises soient aidées par les collectivités. Nous avons toujours échoué, hélas, sous prétexte que cela nuirait à la concurrence.
Ces derniers mois, avec le bilan de santé et les réformes qu’il induisait, nous espérions à nouveau et avons remis le dossier à l’ordre du jour. Michel Barnier nous a laissé penser qu’une telle mesure pourrait être concevable dans le cadre du rééquilibrage des aides du deuxième pilier. Aujourd’hui, nous avons réussi à obtenir une prise en compte des coûts liés à la production, même si ce n’est pas chiffré définitivement.
En revanche, pour ce qui concerne la collecte en zone de montagne, ce n’est pas aussi clair. Il semblerait que cette voie-là ait été abandonnée. »
Quels sont les arguments à faire valoir ?
« Ceci renforce notre volonté d’argumenter en faveur du maintien de la production sur tout le territoire. Nous avons des cartes à mettre sur la table et nous disposons encore de quelques semaines pour faire valoir ces arguments.
Le risque, si nous n’étions pas entendus, serait que les entreprises lorgnent sur les aides accordées aux producteurs et appliquent un prélèvement sur la collecte. Bien entendu, les producteurs ne l’entendent pas de cette oreille. Une telle situation fragiliserait encore davantage les exploitations, sans pour autant résoudre le problème des entreprises. Les écarts de compétitivité resteraient les mêmes. »
Existe-t-il des initiatives visant à optimiser ces coûts de collecte ?
« Au niveau de la région Rhône-Alpes, nous avons réalisé une étude qui a permis en 2005 d’identifier ces surcoûts et de favoriser la multiplication des accords de collecte avec les entreprises pour optimiser les coûts.
Parallèlement, un contrat régional d’objectif filière, va être signé dans les prochaines semaines, ce qui va permettre d’amplifier des actions de ce type.
Certes nos régions ont des efforts à faire en termes de compétitivité ; mais heureusement, la production laitière en zone de montagne bénéficie d’une belle image de qualité. De plus, Rhône-Alpes est bien placée par rapport aux zones de consommation, notamment celles du Sud-Est. Tout n’est pas négatif !».


