Du lait bio pour maintenir une production en zone de montagne ? C'est le choix d'une partie des éleveurs du Vercors (Isère/Drôme), qui vient de monter un projet avec deux coopératives : Sodiaal Union sud-est et Vercors-Lait.
Organiser une collecte de lait bio dans le massif du Vercors. On en entend parler depuis plus d'un an. Le projet vient d'aboutir.
Les coopératives Vercors-Lait et Sodiaal Union sud-est viennent de trouver un accord pour offrir les mêmes garanties à leurs adhérents. « Une aide de 30 euros aux mille litres de lait sera versée pendant les deux années de conversion, en plus des aides européennes. Nous garantissons ensuite une prime minimum de 60 euros aux mille litres de lait pendant cinq ans. Actuellement, cette prime oscille entre 80 et 120 euros par mois », détaille Jean-Paul Picquendar, directeur de Sodiaal Union sud-est. Un arrangement a également été trouvé entre les deux laiteries.
Installée sur le plateau du Vercors, Vercors-Lait utilisera ce lait pour fabriquer du fromage avec un produit phare : l'AOC bleu du Vercors Sassenage. Son chiffre d'affaires en fromages bio augmente chaque année : 50 000 euros en 2007, 350 000 euros en 2008, 500 000 euros estimés en 2009. «Le marché est là, estime Philippe Guillioud, responsable de la coopérative.
Concrètement, le lait bio sera collecté par nos camions. Nous en utiliserons une partie, Sodiaal conditionnera le reste ».
Sept producteurs en conversion
Pour qu'une telle tournée soit possible, il fallait collecter un minimum de trois millions de litres de lait. De nombreuses réunions ont été organisées sur le plateau, pendant plus d'un an, pour informer et convaincre les éleveurs. Dix-huit diagnostics de conversion ont été réalisés en Isère, cinq dans la Drôme. « Les trois millions de litres devraient être atteints à l'issue de deux années de conversion avec cinq producteurs déjà certifiés, sept producteurs engagés dans une conversion et encore cinq en diagnostic », précise l'Adabio*.
Quels sont les principaux changements pour ces producteurs de montagne ? « La plupart ont des systèmes proches de l'agriculture biologique, indique l'Adabio. Mais ils ne sont pas autonomes en céréales, ce qui implique l'achat d'aliments à l'extérieur. Au niveau des bâtiments, certains éleveurs ont des systèmes à l'attache et doivent demander des dérogations. Les traitements des animaux ne pourront plus être systématiques, mais curatifs. Au tarissement, il faudra trouver des solutions alternatives à base de plantes ».
Un beau projet
Tout le monde ne pourra se convertir aux techniques de l'agriculture biologique pour autant. « Il faut avoir un minimum de convictions », reconnaît le président de Vercors-Lait, Paul Faure. De son côté, Jean-Paul Picquendar a constaté « beaucoup de réticences sur la bio de la part des éleveurs », mais au final, il estime que « c'est un beau projet ». Le lait bio reste une production marginale. « Mais c'est un marché en progression à deux chiffres qu'il ne faut pas négliger », avance-t-il. Avec d'autres projets dans la Loire (Monts du Forez et de la Madeleine), Sodiaal entend passer de 3,5 millions de litres de lait bio collectés à 18 millions dès l'année prochaine.
« Ce créneau permettra peut-être, demain, de trouver un équilibre économique en zone de montagne », conclut un directeur très engagé dans cette démarche.
*Association de producteurs pour le développement de l'agriculture biologique dans l'Ain, l'Isère, la Savoie et la Haute-Savoie


