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Des chefs d’entreprises réunis autour de Jean-Louis Delorme et Bertrand Corbeau (à droite sur la photo) pour expliquer leur parcours. |
Devant ses sociétaires responsables de caisses, le Crédit Agricole vient de dresser le bilan de 2008. Celui d’une année finalement pas si mauvaise pour la caisse.
«C’est la fin d’un cycle où l’argent du capital a rapporté plus que celui du travail » lance d’emblée Jean-Louis Delorme lors de l’assemblée d’information des sociétaires qui s’est tenue à Besançon le 15 avril dernier.
La seule banque de Franche-Comté qui a son siège dans la région, comme les responsables de la banque verte aiment à le répéter, « a bien résisté en 2008 tout en continuant à jouer son rôle de premier financeur de l’économie régionale ».
Avec un chiffre d’affaires de 247 millions d’euros, « le résultat net se maintient à 63 millions d’euros malgré une hausse sensible des coûts et de l’impact de la crise financière ». La crise justement Bertrand Corbeau, le directeur, y est largement revenu lors de cette assemblée qui a fait salle comble à Micropolis.
« Nous n’avons pas à rougir, si nous avons les pieds dans les subprimes, nous ne l’avons pas fait chez Madoff et avec 2,5 milliards de résultats, la caisse nationale se porte bien ».
Dans un langage direct, le directeur rappelle encore que la caisse régionale ne sert de bonus pas plus qu’elle n’attribue de stocks options ou de parachutes dorés. Et d’expliquer que le Crédit Agricole pour aider sa région et la « territoire attitude » agit pour atténuer la crise, pour favoriser la création d’entreprises, soutenir le développement de l’économie, développer l’emploi, stimuler la vie locale, faciliter les projets immobiliers.
Enfin pour cultiver le mutualisme, et contribuer au développement durable. Du coup, grâce à cette politique, « l’activité commerciale est restée forte avec une progression de la collecte de 3,5% à 8,7 milliards d’euros, une réalisation des crédits de 1,3 milliard d’euros soit 60 000 projets financés ». Tandis que les fonds propres à hauteur de 727 millions d’euros ont progressé de 8,1 %. « Nous travaillons dans la discrétion avec tous ceux qui se mobilisent pour résoudre la crise et les problèmes » dira encore le directeur avant d’expliquer qu’avec ses 163 000 sociétaires et ses 28 000 clients nouveaux, les 44 caisses réparties sur le territoire régional avec leurs 1 489 salariés ont financé 48 projets locaux.
Belles histoires
Dans la période de difficultés, le Crédit Agricole avait choisi de mettre en avant cinq entreprises au parcours différent pour les appeler à débattre sur les opportunités de la crise. Des entreprises qui ont « une belle histoire ». Tour à tour
Jérôme Colin directeur d’Oxibis, un lunetier du Jura, Gérard Fleury directeur d’Imasonic, une entreprise d’imagerie médicale installée en Haute-Saône, Frédéric-Alphonse Félix de Wamar Engineering, spécialisée dans la réparation des turbines à gaz nouvellement installée à Fontaine (90), Richard Paget, le patron du groupe Amiotte fabricant de saucisses et Bernard Streit, le directeur de Delfingen Industry, l’équipementier automobile dont le siège est à Anteuil.
De tous, c’est assurément ce dernier le plus atteint par la crise puisque, depuis 6 mois son groupe tourne au ralenti. À 50 % de ses capacités de production. «On fait partie des accidentés pas des malades » dit-il avant d’ajouter qu’il s’agit pour lui de relever des défis de taille : celui d’abord de survivre au choc suite à sa convalescence après quoi « au risque de choquer, de devenir prédateur une fois l’entreprise repartie… ».
Pour les quatre autres, la crise offre plutôt des opportunités et tous font preuve d’optimisme en misant sur la recherche et le développement mais aussi sur la capacité des entreprises à savoir vendre.
Reste que pour l’ensemble de ces chefs d’entreprises, le plan de relance par l’investissement est la bonne solution. Et Bernard Streit d’imager les choses en expliquant « qu’après la tempête, si l’arbre est encore vert, il faut lui mettre un tuteur ». Quant à savoir où mettre l’engrais « c’est assurément en profondeur, car en surface, il ne ferait pousser que l’herbe et pas l’arbre ».
Un propos que traduit par une image de bon sens paysan Richard Paget quand il dit que « donner de la farine à une vache qui ne fait pas de lait, elle n’en fera toujours pas… »
Faire des gazelles
Jean-Paul Betbèze , chargé des études agricoles à la caisse nationale invité pour l’occasion, avec un langage imagé, s’est interrogé sur le fait de savoir si la crise ne serait pas une chance tout compte fait, pour la France. Auteur de plusieurs rapports remis au gouvernement, il passe en revue dans un livre paru aux éditions PUF la situation économique de la France et revient sur les causes de la crise financière avec quelques idées en prime. «
Il manque 10 000 entreprises de 300 salariés à la France : avec leurs 3 millions de salariés nos problèmes économiques, sociaux et financiers disparaissent ». Irréaliste ? Peut-être explique-t-il. Mais les dirigeants politiques et économiques doivent se poser la question de savoir pourquoi ces entreprises n’existent pas.
Et donc d’avoir une stratégie en conséquence « pour mettre au cœur des préoccupations économiques les conditions de croissance de ces entreprises moyennes ».
Ces entreprises, Jean-Paul Betbèze les voit dans l’informatique spécialisée, la santé et médicaments, les usages nouveaux d’Internet et d’une manière générale « ce sont toutes celles qui sont les mieux placées pour faire un beau mariage ».
Petites au départ comme des souris, elles peuvent devenir des gazelles, le rester le plus longtemps « avant de rencontrer un éléphant… côté, voilà le bestiaire du capitalisme » selon lui. Reste que dans ce monde actuel «pas facile mais aussi pas si injuste, il faut changer pour aller vers un secteur public plus moderne et un secteur privé plus innovant, rempli de gazelles… »


