En 2007, après cinq années de baisses consécutives, le prix du lait payé au producteur repartait enfin à la hausse, avec même quelques progressions « record » qui permettaient enfin d'offrir des perspectives à un grand nombre d'entre nous. La réjouissance fut de courte durée !
Manifestement, la grande distribution a réussi à convaincre le gouvernement que la hausse des prix au consommateur était directement liée à l'évolution du prix du lait payé au producteur.
En rendant illégal l'accord interprofessionnel qui permettait de fixer l'évolution du prix du lait, la Direction Générale de la Consommation, de la Concurrence et de la Répression des Fraudes (DGCCRF), donc l'État, a mis un terme à de nombreuses années de travail constructif au sein de l'interprofession.
Mais, depuis cet événement, la filière est totalement désorganisée.
Malgré la reculade des Pouvoirs Publics qui autorise de nouveau les recommandations, le mal est fait et les baisses succèdent aux baisses, sauf pour les consommateurs !
Nous avions beaucoup d'espoir lorsque la loi de modernisation de l'économie a vu le jour. La encore, nos espoirs furent de courte durée. Cette loi n'impose pas grand-chose à la grande distribution, et surtout pas la transparence des marges !
Aujourd'hui, nous ne savons plus vers qui nous tourner : au niveau national, nos interprofessions sont affaiblies, malgré un ministre qui n'a de cesse d'en faire l'éloge, et au niveau des pratiques commerciales, c'est toujours la loi de la jungle qui règne en maître.
Quant au niveau européen, ce n'est guère mieux : l'application de l'accord de Luxembourg a cassé la plupart des outils de régulation et, manifestement, notre commissaire européen à l'agriculture, Marianne Fischer-Boël n'en a encore pas assez. Le bilan de santé de la PAC va se traduire par de nouvelles augmentations de quotas, avant d'y mettre un terme définitif en 2015.
Dans ce contexte et même si nous le soutenons fermement, notre ministre de l'agriculture semble très isolé parmi les 27, en voulant remettre en cause cette échéance de 2015.
À quelques semaines des élections européennes, l'agriculture a besoin de plus d'Europe. Mais pas d'une Europe qui démantèle les outils et qui contrôle à outrance. L'agriculture a besoin d'une Europe qui protège ses concitoyens et, quand il le faut, une Europe qui est capable d'intervenir rapidement.
Les outils existaient, il n'y a qu'à les réactiver !
Dans les prochaines semaines, si l'Europe n'intervient pas pour dégager les excédents de produits industriels (beurre et poudre), je ne vois pas comment des départements comme les nôtres pourront arriver à s'en sortir sans casse !


