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Maîtrise de la fertilisation
Action régionale
Patrick Chopard, chambre d’agriculture du Jura
Publié le:  04 juin 2009
Page 8 

Premiers résultats concernant les teneurs en P, K et Mg des grains et des pailles pour les principales cultures franc-comtoises.

Dans le cadre du contrat de projet État-Région 2007-2013, une action « Maîtrise de la fertilisation et relance de l’agronomie » a été conduite avec l’aide du conseil régional de Franche-Comté par les chambres d’agriculture départementales du Jura et de la Haute-Saône.

Dans ce cadre, celles-ci ont effectué en 2008 des prélèvements de grains et de pailles sur les principales cultures franc-comtoise pour analyse.

Cette action doit permettre aux exploitations agricoles d’affiner le raisonnement de leur fertilisation PK comme l’ont permis assez récemment les analyses de fumier, lisier…

Devant l’obligation pour un nombre croissant d’exploitations de réaliser des plans de fumure prévisionnels, les chambres d’agriculture ont développé le conseil en fertilisation, notamment les « suivis » plan de fumure.

Pour le phosphore et le potassium, ce conseil est essentiellement basé sur les exportations des cultures même si des experts remettent en cause ce système de calcul pour déterminer la quantité d’engrais nécessaire (voir encadré). Si le Comifer a actualisé en 2007 les teneurs P, K et Mg, beaucoup utilisent encore les « anciennes » valeurs.

Plus gênant, nous ne disposons d’aucune référence franc-comtoise récentes ou anciennes sur ces exportations : en obtenir devenait utile et nécessaire.


Pour la mise en œuvre de cette action, nous avons privilégié l’exploitation plutôt que la parcelle. En effet, à partir d’exploitations type (système de production, petite région,…), nous avons procédé à au moins un prélèvement de grains (+ paille si céréale) pour chacune des cultures de l’exploitation.

Les prélèvements sont faits dans la trémie ou dans la benne pour le grain et dans les andains pour la paille afin d’être le plus représentatif de ce qui est enlevé du champ.

Chaque échantillon représente une parcelle de l’exploitation. Nous disposons des teneurs N, P, K, Ca et Mg pour chacun des échantillons.

La répétition de ce même protocole sur 3 à 4 années doit permettre à l’exploitation de connaître ses exportations, leurs variabilités voire les expliquer et surtout d’affiner l’équilibre entre apport et exportation ou entrée et sortie.

Quatre exploitations ont été retenues en 2008 :

- Deux exploitations « grandes cultures » sans élevage :
• EARL du Grand Jousserot (Stéphane Gaudillier) à Longwy-sur-le-Doubs (39). Type de sol : argilo-calcaire superficiel à profond du finage, limons hydromorphes de Bresse.
• EARL de la Vallée (Emmanuel Ogier) à Germigney (39). Type de sol : argilo-calcaire profond du Val d’Amour à limons hydromorphes de bordure de forêt de Chaux.

- Deux exploitations « système mixte », cultures et élevage bovins :
• Gaec Roz (Stéphane et Josiane Roz) à Brevans (39). Type de sol : argilo-calcaire profond de la vallée du Doubs, limons de la Plaine Doloise.
• Christophe Dubois à Champtonnay (70). Type de sol : argilo-limoneux des plateaux de la Saône, limons hydromorphes du graylois.

Quelques analyses complémentaires ont été réalisées sur des parcelles d’Olivier Hézard à Villers Bouton.

Au final, ce sont 44 analyses effectuées en 2008, 27 grains, 14 pailles et 3 de fourrage (luzerne, maïs) pour dix cultures : colza hiver, blé hiver, orge hiver et printemps, triticale, tournesol, maïs grain, soja, trèfle porte-graine, maïs fourrage et luzerne. Soit environ dix analyses et un budget de 400 ?HT/an/exploitation.

Résultats

Compte tenu du faible nombre d’échantillons par culture excepté pour le blé, que ce soit pour le grain et la paille, nous devons être prudents pour cette première année dans l’analyse des résultats.
Nous indiquerons plutôt une tendance globale par rapport aux références et à celles actualisées en 2007 par le Comifer.
Tout cela devra être confirmé (ou non) par les résultats 2009 voire 2010.
Concernant le blé hiver avec sept échantillons de grain, mais aussi de paille, nous pouvons déjà faire une analyse plus fine. Voir tableau dans notre édition papier, n° 1847.

• Blé

Grain : Avec une variation d’une dizaine de points au-dessus et en dessous de la moyenne, la valeur moyenne P2O5 soit 0,75 kg/q est nettement inférieure à la référence (- 25 %), mais supérieure à la référence actualisée (+ 16 %).
Concernant celle du K2O (0,49 kg/q), elle est quasiment égale aux deux références (0,5). Les valeurs sont aussi plus homogènes.
La teneur moyenne en MgO soit 0,16 kg/q est légèrement supérieure à la référence, mais surtout plus élevée que la valeur actualisée (+ 25 %).

Paille : la teneur moyenne en P2O5, soit 2,04 kg/tonne est légèrement supérieure à la référence actualisée, mais elle cache une très forte variabilité soit de 1 à 4.
De même pour la teneur moyenne en K2O (13,56 kg/tonne), la teneur est légèrement supérieure à la référence actualisée, mais avec une moindre variabilité (10 à 17 kg).
Pour le MgO, même tendance que pour le grain, la teneur moyenne (1,06 kg/tonne) est supérieure de 20 % à la référence actualisée. Elle est assez variable dans notre échantillon (0,88 à 1,32).

• Autres cultures

Grain : Pour les autres céréales (orge, triticale, maïs), on observe le même comportement que pour le blé. À savoir que la teneur moyenne en P2O5 est inférieure de 20 à 25 % à la référence et légèrement supérieure, voire égale à la référence actualisée. Pour les oléagineux, la teneur en P2O5 se situe entre la référence et la référence actualisée, excepté pour le tournesol où les trois analyses très régulières sont inférieures de moitié aux références.
Concernant le K2O, les valeurs sont proches ou légèrement inférieures aux références, excepté pour le maïs et le colza où elles sont inférieures de 25 %.
Pour le MgO, les teneurs moyennes sont au-dessus de références actualisées (triticale, maïs, colza) ou en dessous (orge, tournesol).

Paille (orge uniquement) : Comme pour le blé :
- Une valeur moyenne P2O5 et K2O légèrement supérieure à celles de la référence actualisée
- Une forte variabilité, de 1 à 1,8 kg/T pour le P2O5 et de 9 à 20 kg/T pour le K2O.

Variabilité des résultats

La variabilité des résultats est assez bonne pour les grains (les valeurs extrêmes se situent à + ou - 10 voire 15 % de la moyenne que ce soit pour le P2O5, K2O ou MgO) . Par contre la variabilité est beaucoup plus importante pour les pailles : leurs teneurs en P2O5 varient du simple au quadruple pour le blé et du simple au double pour l’orge.

Cependant, l’enjeu en terme d’unité exportée par ha est assez faible. Pour le K2O, la teneur varie du simple au double voire au triple. Pour une production de 4 Tonnes/ha, la différence peut dépasser les 40 kg/ha.

Nous avons cherché des explications à ces variations, comme le rendement (effet dilution), la richesse du sol, le niveau de fertilisation des quatre dernières années (sous ou sur fertilisation).

Comme nous l’avait prédit Pierre Castillon d’Arvalis, ses recherches sont restées vaines. Pour exemple, la teneur en P2O5 grain de blé la plus élevée (0,86 kg/q) correspond au rendement le plus élevé (95 q/ha), mais au sol le plus pauvre (0,07 gr/kg Dyer) et la parcelle a reçu 65 kg P2O5 en 2008. La teneur paille de blé toujours en P2O5 la plus faible correspond au rendement le plus faible (< 2 T/ha), à un sol pauvre (0,11 gr/kg Dyer) et la parcelle à reçu en 2008 70 kg P2O5.

Conséquences et enjeux

À l’issue de cette première campagne d’analyses de grains et de pailles effectuées dans quatre exploitations franc-comtoises sur l’ensemble de leurs cultures (10), nous pouvons retenir les enseignements suivants :
- La teneur moyenne en P2O5 des grains de céréales est < de 20 à 25 % aux références utilisées, soit environ - 10 kg/ha de P2O5. Avec une surface en céréales à paille et maïs grain de 140 000 ha en FC c’est l’équivalent de 3 100 tonnes de Super 45.
- La teneur moyenne en K2O des grains de céréales et d’oléagineux est assez proche des références, excepté pour le maïs grain et le colza (-20 %).
- Les teneurs en P2O5 et K2O des pailles de céréales sont assez variables (1 à 3 voire 4). Cependant, leurs exportations associées à celles du grain correspondant sont inférieures aux références calculées uniquement selon le rendement grain.

Pour un blé de 70q dont la paille est enlevée, selon les références nationales et le système de calcul basé uniquement sur le grain les exportations sont de :
• 70 * 1,2 = 84 kg P2O5/ha pour les anciennes références Comifer
• 70 * 1,8 = 126kg K2O/ha pour les références Comifer actualisées

Pour ce même blé (70 q) avec un rendement paille de 4 tonnes/ha, selon nos références 2008, les exportations grain + paille sont de :
> (70 * 0,75) + (4 * 2,04) = 60,66 kg P2O5/ha
> (70 * 0,49) + (4 * 13,56) = 88,54 kg K2O /ha

Soit – 23,34 kg de P2O5 et – 37,46 kg de K2O/ha.

Adoptez ce système de calcul plus proche de la réalité, que l’on prélève sa paille pour soi ou pour un autre, permettra de réduire l’apport minéral de P2O5 et K2O et dans des proportions non négligeables par rapport au système utilisé actuellement ou couramment.

Conclusion

Les premières analyses de grains et de pailles des principales cultures franc-comtoises confirment les références actualisées Comifer 2007 des teneurs en P2O5 et K2O des organes végétaux récoltés à savoir :
- baisse sensible pour les teneurs en phosphore et dans une moindre mesure pour celles en potassium,
- forte variabilité des teneurs de l’ordre de 20 % autour des moyennes.

Une deuxième campagne d’analyses devrait permettre d’établir des références (ou un début), notamment si les
résultats 2008 sont confirmés en 2009.

Nul doute que l’on peut déjà entrevoir une réduction de la fertilisation pour les adeptes de la recherche de l’équilibre entre ce qui est exporté et ce qui est apporté (organique + minéral).

Système, certes pas parfait selon les spécialistes, mais sûrement le plus raisonnable en attendant mieux. Les impasses fortement pratiquées pour cette campagne et craintes par certains ne sont peut-être en fait qu’un ajustement logique au vu des fertilisations minérales des années antérieures.

Au vu de ces premiers résultats, 50 kg de P2O5 et 40 kg de K2O par hectare apportés chaque année couvrent globalement les exportations grain des exploitations franc-comtoises y compris pour de bons rendements, et quelles que soient les rotations. Si 10, 20 voire 40 kg de P ou K sont apportés chaque année en excès depuis 4 à 5 ans cela compense une impasse réalisée lors d’une année culturale.


Avec la collaboration de Florian Bailly-Maître (CA 39), Éric Raclot, Stéphane Aubert-Campenet et Jérôme Tschenn, chambre d’agriculture de Haute Saône.




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