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Besançon : Plate-forme bloquée
Jura agricole et rural
Publié le:  18 juin 2009
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Des slogans qui ne trompent pas (ici blocage du cora par les éleveurs du Territoire de Belfort)

À tour de rôle, les agriculteurs du Doubs, du Jura, de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort ont bloqué Easydis, la plate-forme de Casino. Un choix expliqué par la centralité du site.

Ultimatum. À 20 h, la consigne est claire. Les agriculteurs sont invités à se déplacer en masse, à l’appel de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs à bloquer partout en France les plates-formes de distribution.

La grande distribution n’est donc pas prise par surprise. La seule donne qui pouvait lui échapper en Franche-Comté était le choix de la plate-forme.

« Nous aurions pu aller à Super U à  Saint-Vit, ou encore ailleurs mais nous  avons choisi Easydis à Besançon-Planoise  parce que le site est central », lance  Frédéric Perrot, président de la FDSEA  du Jura et de la FRSEA de Franche-Comté lors d’un mini meeting improvisé  alors que la nuit est tombée depuis de  longs moments.

Il est donc 20 h. Les premiers agriculteurs  arrivent. Il ne reste plus qu’à attendre  le premier tracteur. Quelques  semi-remorques profitent de l’absence  de troupe pour se faufiler à l’extérieur.
À juste raison. Car au fil des minutes, un  deuxième tracteur manœuvre pour bloquer  l’espace libre. « Nous n’aurions pas  dû les informer », regrette un manifestant.

De nombreux renforts affluent. Y compris  du haut Doubs, aux confins de la  Suisse. Renfort inattendu aussi que celui  d’un huissier de justice. Qui s’enquiert  de la situation et de la volonté des protagonistes  du blocage. Celle-ci est coriace.

« Les salariés qui veulent rentrer  travailler pourront le faire mais il n’est  pas question qu’un seul camion  sorte  de l’entrepôt », confirme d’un ton ferme  Jean-Claude Jeannin, président de la  FDSEA du Doubs. C’est d’ailleurs ses  troupes qui ouvrent la manœuvre — la  Haute-Saône et le Jura suivront au petit  matin.

Fermeté

Un camion s’approche, pour finalement  rentrer sur le site. « Il ne ressort  pas ! C’est bien clair ? Notre blocage sera  levé à l’issue de l’action. » Un baroud  d’honneur ? « Ce n’est pas 48 h en guise  de solde de tous comptes. Nous renouvellerons  ce genre d’action tous les  mois s’il le faut. » Jusqu’à se faire entendre.

Et pour accélérer le mouvement,  pourquoi ne pas s’engager dans un bras  de fer en décrétant un blocage illimité ?  « Pas question de pénaliser nos collègues  producteurs de légumes », explique  un responsable agricole.

La mobilisation est intense. Les visages  tendus dévoilent toute l’intensité de la  crise actuellement vécue par chaque  agriculteur. Ce qui les motive d’autant  à s’engager dans l’action. « Fermement »,  certifie Martial Marguet. « Pas obstinés.  Pas têtus. Sans chantage ni menace.  Mais parce que nous avons que trop  subi, nous sommes là pour mettre la  pression. »

Un huissier et une responsable de la plate-forme Casino à Besançon sondent la détermination des agriculteurs

Sous le coup de la colère, un agriculteur  ne mâche pas ses mots : « Oser envoyer  une telle feuille de paie de lait ?  Il devrait être triste le matin en se regardant  dans la glace quand il se rase.  C’est une honte. »

Alors que les grillades sont à point,  Martial Marguet harangue ses troupes. « Nous voulons la transparence sur les  marges. On nous mène en bateau. On  nous pousse trop loin. Ça suffit ! » Chacun  opine de la tête.

Pour que les choses  soient claires, le responsable de la section  lait de la FDSEA du Doubs revient  sur les récents relevés des prix. « Nous  avons découvert des marges à deux  chiffres. » Bien entendu au profit de la  grande distribution. Du 63 % pour la cancoillotte. Du 71 % pour l’emmental sous  vide. Du 39 % pour le comté. « Une partie  doit nous revenir. C’est notre travail.  »

Il ne reste plus qu’à donner de dernières  consignes pour que le blocage soit efficace. « Restez le plus longtemps possible  », insiste Frédéric Perrot. « Décalez  la traite en amont ; les Jurassiens le  feront en aval. » Pour venir très tôt et  poursuivre le blocage. « Il faut encore  rester compact sur ce site. »

À ce moment de la soirée, deux questions  restent en suspens : l’arrivée d’un  référé au milieu de la nuit et le comportement  des forces de l’ordre. « Pour la  première, nous aviserons au moment  venu. Quant à la deuxième question, les  forces de l’ordre nous ont annoncé  qu’elles ne feront pas d’obstruction. »

Au petit matin, la troupe a changé de  visage. Les renforts jurassiens arrivent  par petites vagues alors que le Doubs a  déserté les lieux. Pour aller traire ses  vaches.


Témoignages

« Quand ils vous  sentent asphyxiés... »

La solidarité s’est exprimée entre  les forces syndicales de Franche-Comté  avec la satisfaction d’avoir été entendu  par les médias, - à défaut d’être  définitivement convaincu de l’avoir  été par les Pouvoirs publics -, avec  le témoignage de Denis Pisella, producteur  de pommes à Sellières (Jura),  dans le quotidien Est-Républicain (édition  du 13 juin). Car, maintenant qu’il  « est sorti de la grande distribution  »(pour vendre en direct et sur les  marchés), Denis Pisella peut parler :  « …les centrales vous disent ‘on a  des pommes du Brésil, d’Argentine  ou d’Afrique du Sud, alignez-vous sur  leurs tarifs[…] Quand ils vous sentent  asphyxié, ils vous en remettent  un peu. Et à la fin de l’année, pour  les remercier, il fallait leur donner  jusqu’à 3%...5% ou 7% du chiffre d’affaire  qu’on faisait avec eux […] Quand  ils prennent un produit local, c’est pour  dire aux clients “regardez, on fait marcher  les producteurs locaux”. Ce qui  me scandalise aussi, c’est que la  grande distribution réinvestit ses  marges à l’étranger, c’est une véritable  fuite de capitaux… »

Opération  « vérité sur les marges »
Forte mobilisation  du Territoire de Belfort  Le 10 juin, la FDSEA du Territoire  de Belfort a lancé l'offensive la première  en conduisant un cortège d’une  trentaine de tracteurs et d’une soixantaine  de producteurs (soit près de  50% des exploitants professionnels  que compte ce département) sur la  ville de Belfort, avec un premier point  de fixation sur le centre commercial  Cora, puis sur le centre commercial  Leclerc.

Plus un camion ne doit sortir...




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