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Des slogans qui ne trompent pas (ici blocage du cora par les éleveurs du Territoire de Belfort) |
À tour de rôle, les agriculteurs du Doubs, du Jura, de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort ont bloqué Easydis, la plate-forme de Casino. Un choix expliqué par la centralité du site.
Ultimatum. À 20 h, la consigne est claire. Les agriculteurs sont invités à se déplacer en masse, à l’appel de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs à bloquer partout en France les plates-formes de distribution.
La grande distribution n’est donc pas prise par surprise. La seule donne qui pouvait lui échapper en Franche-Comté était le choix de la plate-forme.
« Nous aurions pu aller à Super U à Saint-Vit, ou encore ailleurs mais nous avons choisi Easydis à Besançon-Planoise parce que le site est central », lance Frédéric Perrot, président de la FDSEA du Jura et de la FRSEA de Franche-Comté lors d’un mini meeting improvisé alors que la nuit est tombée depuis de longs moments.
Il est donc 20 h. Les premiers agriculteurs arrivent. Il ne reste plus qu’à attendre le premier tracteur. Quelques semi-remorques profitent de l’absence de troupe pour se faufiler à l’extérieur.
À juste raison. Car au fil des minutes, un deuxième tracteur manœuvre pour bloquer l’espace libre. « Nous n’aurions pas dû les informer », regrette un manifestant.
De nombreux renforts affluent. Y compris du haut Doubs, aux confins de la Suisse. Renfort inattendu aussi que celui d’un huissier de justice. Qui s’enquiert de la situation et de la volonté des protagonistes du blocage. Celle-ci est coriace.
« Les salariés qui veulent rentrer travailler pourront le faire mais il n’est pas question qu’un seul camion sorte de l’entrepôt », confirme d’un ton ferme Jean-Claude Jeannin, président de la FDSEA du Doubs. C’est d’ailleurs ses troupes qui ouvrent la manœuvre — la Haute-Saône et le Jura suivront au petit matin.
Fermeté
Un camion s’approche, pour finalement rentrer sur le site. « Il ne ressort pas ! C’est bien clair ? Notre blocage sera levé à l’issue de l’action. » Un baroud d’honneur ? « Ce n’est pas 48 h en guise de solde de tous comptes. Nous renouvellerons ce genre d’action tous les mois s’il le faut. » Jusqu’à se faire entendre.
Et pour accélérer le mouvement, pourquoi ne pas s’engager dans un bras de fer en décrétant un blocage illimité ? « Pas question de pénaliser nos collègues producteurs de légumes », explique un responsable agricole.
La mobilisation est intense. Les visages tendus dévoilent toute l’intensité de la crise actuellement vécue par chaque agriculteur. Ce qui les motive d’autant à s’engager dans l’action. « Fermement », certifie Martial Marguet. « Pas obstinés. Pas têtus. Sans chantage ni menace. Mais parce que nous avons que trop subi, nous sommes là pour mettre la pression. »
Sous le coup de la colère, un agriculteur ne mâche pas ses mots : « Oser envoyer une telle feuille de paie de lait ? Il devrait être triste le matin en se regardant dans la glace quand il se rase. C’est une honte. »
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Un huissier et une responsable de la plate-forme Casino à Besançon sondent la détermination des agriculteurs |
Alors que les grillades sont à point, Martial Marguet harangue ses troupes. « Nous voulons la transparence sur les marges. On nous mène en bateau. On nous pousse trop loin. Ça suffit ! » Chacun opine de la tête.
Pour que les choses soient claires, le responsable de la section lait de la FDSEA du Doubs revient sur les récents relevés des prix. « Nous avons découvert des marges à deux chiffres. » Bien entendu au profit de la grande distribution. Du 63 % pour la cancoillotte. Du 71 % pour l’emmental sous vide. Du 39 % pour le comté. « Une partie doit nous revenir. C’est notre travail. »
Il ne reste plus qu’à donner de dernières consignes pour que le blocage soit efficace. « Restez le plus longtemps possible », insiste Frédéric Perrot. « Décalez la traite en amont ; les Jurassiens le feront en aval. » Pour venir très tôt et poursuivre le blocage. « Il faut encore rester compact sur ce site. »
À ce moment de la soirée, deux questions restent en suspens : l’arrivée d’un référé au milieu de la nuit et le comportement des forces de l’ordre. « Pour la première, nous aviserons au moment venu. Quant à la deuxième question, les forces de l’ordre nous ont annoncé qu’elles ne feront pas d’obstruction. »
Au petit matin, la troupe a changé de visage. Les renforts jurassiens arrivent par petites vagues alors que le Doubs a déserté les lieux. Pour aller traire ses vaches.
Témoignages
« Quand ils vous sentent asphyxiés... »
La solidarité s’est exprimée entre les forces syndicales de Franche-Comté avec la satisfaction d’avoir été entendu par les médias, - à défaut d’être définitivement convaincu de l’avoir été par les Pouvoirs publics -, avec le témoignage de Denis Pisella, producteur de pommes à Sellières (Jura), dans le quotidien Est-Républicain (édition du 13 juin). Car, maintenant qu’il « est sorti de la grande distribution »(pour vendre en direct et sur les marchés), Denis Pisella peut parler : « …les centrales vous disent ‘on a des pommes du Brésil, d’Argentine ou d’Afrique du Sud, alignez-vous sur leurs tarifs[…] Quand ils vous sentent asphyxié, ils vous en remettent un peu. Et à la fin de l’année, pour les remercier, il fallait leur donner jusqu’à 3%...5% ou 7% du chiffre d’affaire qu’on faisait avec eux […] Quand ils prennent un produit local, c’est pour dire aux clients “regardez, on fait marcher les producteurs locaux”. Ce qui me scandalise aussi, c’est que la grande distribution réinvestit ses marges à l’étranger, c’est une véritable fuite de capitaux… »
Opération « vérité sur les marges »
Forte mobilisation du Territoire de Belfort Le 10 juin, la FDSEA du Territoire de Belfort a lancé l'offensive la première en conduisant un cortège d’une trentaine de tracteurs et d’une soixantaine de producteurs (soit près de 50% des exploitants professionnels que compte ce département) sur la ville de Belfort, avec un premier point de fixation sur le centre commercial Cora, puis sur le centre commercial Leclerc.
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Plus un camion ne doit sortir... |
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