|
La phase d'implantation est primordiale dans la réussite de la culture du colza |
Compte-tenu des spécificités de la culture du colza, et notamment de sa durée de végétation, la réussite de l'implantation sera primordiale dans l'élaboration du futur rendement.
Les moissons viennent à peine de se finir, et déjà la campagne suivante se profile, en vue des semis de colza. Avec des conditions météorologiques pas forcément propices à la préparation des lits de semence du colza dans de bonnes conditions.
Les résultats 2009 sont dans l'ensemble plutôt bons pour le colza et pour les autres cultures d'hiver : ils confirment l'importance d'une bonne implantation à la base pour atteindre un rendement correct, même si au final ce sont les conditions climatiques qui feront la différence entre une bonne année et une année médiocre.
Mais quels sont donc les facteurs d'une implantation réussie ?
Selon Louis-Marie Allard du Cétiom « Semer une petite graine (0,005 gramme) au mois d’août, par la chaleur et le sec, et qui va rester en terre entre dix et onze mois, ne s’improvise pas. Et si la date de semis est primordiale, on oublie encore trop souvent que pour être à l’optimum du potentiel de sa situation, il faut être très vigilant sur la densité et sur l’enracinement du pivot ».
Enracinement des pivots
La spécificité du colza, comme nombre de plantes de la famille des crucifères, c'est un système racinaire pivotant. Un véritable atout pour descendre profondément dans le sol et aller y puiser eau et éléments nutritifs en profondeur, pour encaisser les à-coups climatiques du printemps. Mais également une faiblesse : ces systèmes pivotants ne montrent pas la même agressivité racinaire que les graminées, ils ne tolèrent pas les structures de sol dégradées. « L'expérience montre qu'il faut un pivot minimum de 15 à 17 cm.
Ainsi certains développements végétatifs d'aspect avantageux à l'automne après une levée réussie, par exemple après une préparation avec un travail superficiel exclusivement aux disques, peuvent faire illusion dans un premier temps, et s'avérer ensuite décevants en raison de systèmes racinaires trop superficiels, que seul l'arrachage des plantes permet de révéler », précise Laurent Jung, du Cétiom.
Une implantation réussie passe donc par une préparation qui garantira aux pivots des plantes de pouvoir descendre le plus profondément possible dans le sol. L'itinéraire de préparation doit donc éviter tout accident de structure qui contrarierait leur installation.
S'adapter aux conditions
Première règle, s'adapter aux conditions de l'année : attendre le ressuyage en cas de fortes précipitations par exemple avant d'intervenir afin d'éviter de dégrader les structures. Après la récolte, un déchaumage superficiel en un ou deux passages le plus tôt possible, suivi d'un rappuyage permet d'incorporer les résidus de récolte. Il faudra soigner l'émiettement de la paille si celle-ci n'est pas enlevée, tout particulièrement en non-labour. Seconde étape, la préparation et l'affinage du lit de semence. Le labour n'est pas obligatoire, mais hormis dans les sols parfaitement structurés, le travail de fissuration doit être suffisant.
L’utilisation d’un outil à dent (chisel, canadien) favorisera le décompactage et la fissuration du sol en profondeur dans les systèmes où le labour a disparu. Quel que soit le système de culture, éviter de compacter le sol. Selon les conditions d'humectation l''affinage du lit de semence par un travail superficiel (<10cm) se fera avec un outil à dents ou une herse rotative. Si cette intervention a lieu trois semaines à un mois avant le semis, c'est l'occasion d'incorporer l’herbicide de pré-semis. À compléter par un roulage si le rappuyage est insuffisant.
Place enfin aux semis. « La période optimale de semis pour la région est comprise entre le 25 août et le 5 septembre.
Attention aux semis trop précoces qui n'apportent aucun avantage en terme de potentiel tout en induisant des risques : risque d'élongation qui fragilise les plantes au gel et parasitisme (petites altises, pucerons,..). En cas de difficultés, vous avez la possibilité de retarder vos semis jusqu’au 10 septembre », précisent les spécialistes du Cétiom, qui conseillent également « n'hésitez pas à semer même dans le sec à partir de la date optimale. Le colza lèvera avec les pluies ! »
Côté réglages, l'objectif est de semer entre 1 et 2 cm de profondeur à une densité de 30 à 60 graines/m2, dans le but d'obtenir 25 à 50 plantes récoltables par m2, sans dépasser les quinze plantes au mètre linéaire...
« L’optimum de peuplement sur la ligne est de 8-12 plantes par mètre linéaire pour un écartement de 35 cm. Les problèmes de levée apparaissent dans les situations où la profondeur de semis est mal maîtrisée (trop profond ou trop superficiel).
Souvent en cause : un lit de semence mal rappuyé et une vitesse de semis excessive qui ne permettent pas au semoir de positionner les graines régulièrement, ou bien un semis trop profond visant à exploiter l'humidité résiduelle. »
La densité de semis sera donc à adapter à chaque situation, selon le matériel utilisé, l'écartement, le type de sol en relation avec les pertes attendues et la disponibilité en azote, le type variétal. Sur sols profonds, et de surcroît riches en matière organique, les fourchettes basses des densités de semis conseillées conjuguées à un semis plutôt tardif (tout en restant dans la limite de la période optimale) limiteront les risques d’élongation.
À l’inverse, en situation difficile (mottes, cailloux…) mieux vaut rester dans le haut de la fourchette. « Attention au moment du semis de bien connaître le PMG du lot que vous allez semer. À titre d'exemple un semis à 40 graines peut correspondre à une quantité de semence pouvant varier de 1.2 à 3.2 kg/ha. »


