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« Si rien n’est fait, on reviendra… »
Manifestations du 16 octobre
Jura agricole et rural
Publié le:  22 octobre 2009
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Des convois impressionnants convergent vers les capitales régionales. 390 tracteurs font leur entrée dans Besançon.

Devant la mobilisation massive des agriculteurs, le 16 octobre dernier, l’Europe a enfin décidé d’une mesure exceptionnelle de 280 millions d’euros et le président de la République française, mis en demeure de trouver des solutions à la crise agricole, doit dévoiler des mesures nationales. Mais par dessus tout, les agriculteurs veulent, à l’échelle européenne, de la régulation des marchés, de l’harmonisation sociale, fiscale et sanitaire pour retrouver des prix qui leur permettent de vivre de leur métier. Sans devoir faire l’aumône !

La FNSEA et les Jeunes agriculteurs voulaient frapper un grand coup. Montrer que sur le terrain syndical rien ne vaut l’unité professionnelle. Celle qui est encore capable de porter le fer là où ça fait mal, c’est-à-dire en direction des élus et des pouvoirs publics. Vendredi 16 octobre, partout en France, les paysans sont venus dire en masse leur ras-le-bol devant une situation qui ne cesse de se dégrader.

À Valence, à Bourg-en-Bresse, à Besançon, à Dijon, en Avignon, à Clermont-Ferrand… partout, la mobilisation a été plus forte que prévu.

Cinquante-deux mille manifestants à l’échelle nationale et une ronde de tracteurs avec leurs remorques chargées de pommes, de carottes, de pommes de terre ou de ronces, poignant témoin de territoires menacés d’abandon.

Chaque fois, ces chargements ont été déposés devant les enseignes de la grande distribution, les préfectures ou les services de l’agriculture et même, à Bourg-en-Bresse, devant l’antenne décentralisée du conseil régional Rhône-Alpes.

Parfois, les grilles des préfectures n’ont pas supporté la poussée des godets ce qui vaudra aux manifestants de Bourg et de Valence de recevoir quelques grenades lacrymogènes et à l’un des manifestants une bien sévère garde à vue.

« La prochaine fois, on lâche les chiens »

Rien de bien méchant, mais on sentait la détermination et même, si aucune décision politique ne devait être prise, la ferme volonté de revenir.

Le président des Jeunes agriculteurs de l’Ain, Adrien Bourlez ne s’en est pas caché : « la prochaine fois, on lâche les chiens !».

Dans les cortèges qui se dirigent vers les préfectures, les manifestants s’expriment et disent leurs exaspérations.

Albert Thiévon, producteur de lait et ancien responsable syndical, raconte comment ses enfants, récemment installés, ont réalisé une coûteuse mise aux normes des bâtiments : « Trois cent soixante mille euros d’investissements.

Des prêts qui courent sur quinze ans et un plan de financement établi sur un prix du lait à 300 euros pour mille litres quand il nous est aujourd’hui payé 250 euros ». Encore quelques mois comme ça et c’est l’impasse financière…

Le porc bientôt sous les un euro !

Plus tard, c’est un éleveur de porcs qui évoque un prix du cochon à 1,014 euro le kilo (1,007 le lundi 19 octobre au cadran de Plérin). « À ce rythme, dans quelques jours, il sera en dessous d’un euro ». Pourtant, chacun s’accorde pour dire qu’il faudrait un prix au moins de 1,35 euro le kilo pour couvrir les charges !

« On ne demande rien d’autre que de vivre de notre travail », s’emporte un autre. Thierry Thénoz, président de la section porcine de la FDSEA de l’Ain cherche les raisons de cette situation : « les États-Unis profitent de la faiblesse du dollar pour exporter leur production ce qui nous prive de marchés tiers vers lesquels on exportait ».

D’autre part, les industriels allemands de la charcuterie, installés dans l’ex-RDA, utilisent de la main-d’œuvre venue des pays de l’Est qui accepte de travailler à des niveaux de salaires sans commune mesure avec les nôtres.

« Nous ne demandons pas que les salaires des ouvriers français soient moins élevés, mais nous demandons une harmonisation européenne des salaires et des charges sociales.Sans quoi la concurrence est déloyale et nos outils de production comme nos outils industriels ne résisteront pas à ce dumping social », indique Thierry Thénoz.

Pourtant, les industriels de Rhône-Alpes manquent de production porcine pour répondre à la demande régionale.

C’est un comble, le marché est là, les outils industriels aussi mais les éleveurs de porcs de la région ne trouvent plus assez de rentabilité dans leur production pour satisfaire cet important marché de proximité.

« Chaque crise laisse sur le carreau des éleveurs et nous perdons, dans notre région, du potentiel de production au détriment d’autres régions ou d’autres pays européens », constate, amer, Thierry Thénoz.

L’agriculture paye l’élargissement précipité

Cette situation de concurrence déloyale entre les pays d’une même Europe vient de loin. Ce sont les effets collatéraux de l’effondrement du mur de Berlin en 1989. En 20 ans, en effet, l’Allemagne de l’Est et les pays libérés du joug communiste ont réalisé des investissements colossaux pour moderniser leurs outils de production et industriel agricoles.

Bénéficiant d’aides publiques et d’une main-d’œuvre bon marché, ils produisent aujourd’hui en masse avec des exploitations gigantesques et à des coûts de production très faibles. Le reste de l’Europe occidentale est leur premier marché avec pour conséquence le massacre de notre agriculture française fondée elle sur un modèle familial.

Nos exploitations de taille plutôt petite, très orientées sur la qualité des produits, soumises à des contraintes sanitaires et environnementales sévères et des charges élevées sont aujourd’hui pénalisées.

Cette analyse, Jean Merle, un autre ancien responsable syndical qui connaît bien l’histoire de notre agriculture la fait sienne.

Il exprime même un certain pessimisme sur la capacité de nos dirigeants politiques à sortir de ce choc que provoque la réunion des pays de l’Est avec l’ancienne Europe passée de six à vingt-sept pays avant d’être prochainement élargie à trente.

Régulation et harmonisation européenne

L’état d’avancement social et économique des pays fondateurs de l’Union européenne est tellement décalé par rapport aux pays de l’Est intégrés qu’il faudra des décennies et pas mal de concurrences déloyales avant d’atteindre une relative harmonisation des règles entre les pays de la même Union européenne.

Jérôme Volle, l’Ardéchois secrétaire général des JA nationaux, l’a redit à Valence : « l’Europe doit réguler les marchés et harmoniser les pratiques de production entre les pays de l’Union ». C’est tout.
Sans quoi, l’agriculture paiera encore longtemps et durement le prix fort de l’élargissement précipité de l’Union européenne.

Il serait juste que cette Europe accepte enfin de tirer les leçons de son histoire récente et accepte de mettre en place des dispositifs qui évitent que le développement des pays de l’Est, certes légitime, ne se traduise pas par la ruine des agriculteurs de nos pays. Pays de surcroît pionniers de la construction de l’Europe.




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