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À la découverte du monde
Fabien Jacquet
Jura agricole et rural
Publié le:  21 janvier 2010
Page 20 

Fabien Jacquet, un esprit de baroudeur

Heureux qui comme Fabien a fait un long voyage… Des États-Unis à la Nouvelle-Zélande, Fabien Jacquet est parti durant deux ans à la découverte du monde. Après une saison dans les alpages suisses en tant qu’aide fromager, il se destine à reprendre la ferme familiale dans son haut Jura natal avec un vécu riche qu’il nous fait partager.

Fabien, 24 ans, fils d’agriculteur est originaire de Foncine-le-Haut. BTS agricole en poche en 2006, il aurait pu occuper des petits jobs et rester dans la région pour faire la fête avec les amis en attendant que son père parte en retraite. C’est mal connaître ce jeune homme.

Sous sa carrure digne d’un deuxième ligne de rugby, se cachent un caractère bien trempé et une farouche volonté de découvrir le monde.

« Après mon BTS, j’ai toujours eu l’envie de quitter le cocon familial pour découvrir d’autres cultures, l’expérience de ma sœur qui vivait à l’époque  en Australie confortait ce sentiment. »

Le solide gaillard n’a pas froid aux yeux, à 22 ans avec quelques mots d’anglais dans ses bagages, il décide  de se mettre à la recherche d’un emploi aux  États-Unis.

Éleveur de vers de terre aux États-Unis

Première étape, avant de planifier le périple, trouver un travail pour constituer une épargne avant de partir. Il travaillera 6 mois dans une casse automobile à Pontarlier.

Durant cette période il multiplie les initiatives pour trouver un job aux États-Unis. « C’est en répondant à une petite annonce de la France Agricole que j’ai eu une proposition d’embauche dans le Tennessee » précise Fabien.

Il ajoute, « Je n’éprouvais pas d’appréhension mais plutôt de l’impatience, et finalement la seule difficulté rencontrée fut l’orientation dans l’immense aéroport de New York ou je devais reprendre un vol intérieur, je ne connaissais pas l’Anglais, je n’avais pas un dollar en poche ». Il en faut plus pour impressionner Fabien qui va travailler un an dans un élevage industriel de lombrics destinés à servir d’appâts pour la pêche.

L’entreprise employait 20 collaborateurs de nationalités différentes,  de quoi satisfaire la soif de découverte d’autres cultures pour notre Jurassien. Cet emploi a permis également à Fabien de livrer ces vers de terre dans tout le Nord des États-Unis en traversant de superbes régions.

« Parmi les moments inoubliables de mon séjour aux États-Unis, je retiendrai la rencontre avec la communauté Amish pour l’accueil incomparable qu’elle réserve aux visiteurs. Cette communauté vit en vase clos, un peu comme nous au dix-neuvième siècle sans utiliser la voiture ni le tracteur. En parcourant la campagne on pouvait voir un champ de céréales fauché à la faux par des Amish et juste à côté un autre champ moissonné avec une barre de coupe de 8 mètres. »

Vacher en Nouvelle-Zélande

Après un an aux États-Unis, Fabien rentre au bercail pour aider son père aux travaux de fenaison. Mais rapidement l’envie de repartir le reprend. Cette fois ce sera la Nouvelle-Zélande, pour 8 mois « j’aime l’élevage bovin, et je voulais découvrir le modèle néozélandais ».

Sitôt dit, sitôt fait, Fabien trouve un emploi de vacher sur une ferme laitière de 1500 vaches laitières et leur suite, située dans l’Île du Sud de la Nouvelle Zélande.

Au niveau de son emploi de vacher, les repères de Fabien sont bouleversés, les méthodes de productions laitières n’ont rien à voir avec celles qui sont pratiquées en France. (voir ci-dessous).

« C’est la partie du pays la moins peuplée et la plus sauvage, cette région est magnifique. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est la façon dont mes employeurs ont facilité mon intégration. Ce sont des gens qui vivent de façon très décontractée ».

Sur le plan culturel, Fabien a partagé leur ferveur pour le rugby, sport qu’il affectionne lui-même. « J’ai pu assister au match phare de rugby de l’Île du Sud, les Cruisaders contre les Highlanders avec des joueurs internationaux All Black dans les rangs de ces équipes. L’engagement physique est d’une rare violence avec des joueurs d’origine Maori d’une incroyable puissance, le tout dans un fair-play exemplaire. »

Retour sous les sapins

De retour en France depuis un an, Fabien souhaite désormais construire un projet professionnel dans la durée et dans son Haut Jura qui lui est cher.

« Je suis Jurassien avant tout, je suis d’ici » déclare-t-il avec un accent pour preuve irréfutable, « mon lien avec mon pays est encore plus fort après ces deux années passées à l’étranger car je me suis rendu compte que la France était connue dans le monde pour sa culture notamment pour la gastronomie, la mode, ses monuments. Ces valeurs j’entends les reprendre sur ma ferme en développant des produits authentiques comme nos fromages que le monde nous envie. »

C’est la raison pour laquelle Fabien suit une formation à l’Enil de Mamirolles pour maîtriser la technologie fromagère en produits fermiers.

À l’heure du bilan

« Sur un plan personnel, je suis rentré bilingue, j’ai rencontré des gens de tous horizons et de toutes cultures, si c’était à refaire je n’hésiterais pas une seconde. D’ailleurs je compte bien encore voyager mais cette fois sur des durées plus courtes, j’aimerais bien notamment partir en Suède car son modèle social et la technologie laitière de ce pays m’attirent depuis longtemps. J’encourage les repreneurs potentiels d’exploitation à le faire ce genre d’expériences qui ouvre l’esprit, laisse des souvenirs inoubliables et tisse des liens d’amitiés très forts. »


L'employeur de Fabien

Moyens de production
• 1 500 vaches laitières et leur suite de race croisée jersiaise frisonne.
• 1 500 hectares dont 650 de pâturage.
• Deux bâtiments placés au centre du parcellaire, l’un abrite une salle de traite rotative de 60 places, l’autre une salle de traite épi de deux fois 40 places.
• Aucun bâtiment pour stocker le fourrage ou abriter les animaux, très peu de matériel.

Techniques d’élevage
• Les vaches vêlent à 18 mois.
• Aucun  aliment concentré n’est distribué aux vaches laitières.
• Le pâturage dure 10 mois par an, les vaches sont toutes taries sur les deux mois d’hiver où l’herbe ne pousse pas.
Le prix du lait est de 150 euros/tonne.




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