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La folie du vin jaune à Poligny
Jura agricole et rural
Publié le:  11 février 2010
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Rarement la place des déportés, à Poligny, avait connu une telle affluence

La 14e percée du vin jaune, qui a eu lieu dans la ville de Poligny les 6 et 7 février dernier, a réalisé un record d’affluence en accueillant plus de 52 000 visiteurs.

Le temps maussade du week-end dernier n’a, semble-t-il, pas découragé les amateurs du précieux nectar, puisque dès la fin de l’après-midi du samedi, les organisateurs affichaient leur satisfaction à l’annonce des premiers chiffres de fréquentation, c'est-à-dire 23 000 entrées comptabilisées.

Un succès qui ne devait pas se démentir le lendemain, où la présence du chanteur Pierre Perret a peut-être joué un rôle de catalyseur pour inciter 26 000 personnes supplémentaires à se joindre à la fête.

Et sans compter les enfants ! Il faut dire que la Percée, dont c’était la quatorzième édition, est une fête désormais bien installée dans le calendrier « culturel ».

Rémy Vauclair, du territoire de Belfort et Régis Geoffrey, de Clairvaux, tout deux étudiants en deuxième année en licence de chimie à Besançon, y participaient pour la première fois.

« Ça fait des années qu’on en entend parler, alors on a voulu voir comment c’était. Nous ne sommes pas déçus : il y a une très bonne ambiance, c’est très festif. C’est aussi l’occasion de goûter plein de vins différents. »

73 caveaux bondés

Il y avait effectivement le choix, avec 73 vignerons participant cette année, installés pour l’occasion dans des caveaux prêtés par les habitants.

Dès le samedi midi, heure officielle d’ouverture des caveaux, le public pouvait déguster le « Roi des vins », millésime 2003, une année exceptionnelle marquée par la canicule, mais également toute la gamme des produits du vignoble jurassien : macvins, vins de paille, crémants, sans oublier les chardonnays, savagnins, trousseaux et poulsards.

Dans les caveaux, malgré la foule nombreuse qui se presse, l’ambiance reste conviviale. Les visiteurs patientent en échangeant boutades et bon mots, avant de ressortir à l’air libre savourer le précieux nectar, au son d’une fanfare.

Si la traditionnelle vente aux enchères de vieux millésimes s'est avérée quant à elle un peu décevante (effet secondaire de la crise), avec seulement 1 800 euros pour la plus ancienne bouteille, un côtes-du-Jura 1868, initialement mise en vente à 3 000 euros, le ton était plutôt à la bonne humeur et à la jovialité, tant du côté des viticulteurs participants que de celui des visiteurs.

Peut-être grâce à la présence du parrain Pierre Perret, qui a su trouver des mots pleins d’humour avant de procéder à la rituelle percée.

« Ce vin-là a une cuisse que j’aurais bien aimé connaître avant ! » ou encore « j’ai écrit il y a quelques années une anthologie de la poésie érotique où il était question de 1 000 percées, à l’époque je ne connaissais pas la percée du vin jaune, je la découvre avec plaisir ! », sans oublier quelques sous-entendus grivois sur « le petit bout qu’il faut enfiler pour percer… »

Le dimanche matin, un cortège de vignerons, confréries et sociétés de vins a effectivement porté en procession, dans les rues de Poligny, la « pièce » de 228 litres du millésime 2003. Après sa bénédiction, il a été percé et offert à la dégustation de près de 5 000 personnes rassemblées sur la place des déportés.

Résistance et liberté

Aux côtés des nouveaux intronisés au titre d’ambassadeurs du vin jaune, sur fond de campagne électorale pour les élections régionales, un personnage pour le moins original : la statue de Wladimir Gagneur, député fouriériste de la IIIe république.

Un symbole de l’esprit de résistance et de liberté des Polinois, puisque cette statue avait été enfouie par des Polinois en 1942, alors que les Allemands réquisitionnaient toutes les statues de bronze de la ville. À sa place, un panneau : « Je suis parti aux paisseaux » (c’est-à-dire aux échalas). Symbole de la Résistance, la statue n’est réapparue qu’en 1945.

La prochaine édition de la « Percée du Vin jaune » aura lieu à Arbois, les 5 et 6 février 2011. Laurent Macle, viticulteur à Château-Chalon, assidu de la percée depuis sa création, a décidé pour sa part de faire l’impasse.

« C’est à regret que j’ai pris la décision de ne plus participer qu’une année sur deux, explique-t-il : nous ne pouvons pas nous permettre de passer plus de 200 bouteilles de vin jaune en un week-end, sous peine de ne plus pouvoir fournir nos clients habituels. Ça ne remet pas en cause la qualité de la manifestation, qui est une vraie réussite, qui nous a permis de nouer de nombreux contacts, aussi bien avec les personnes qui nous ont prêté les caveaux que les clients rencontrés à cette occasion. »

Le cortège




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