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L’effondrement des revenus agricoles en 2008 a précipité le retrait des agriculteurs du marché foncier. |
Conséquence de la crise économique et financière, tous les marchés fonciers de l’espace rural ont été frappés par la baisse des prix en 2009. Et notamment les marchés des terres agricoles qui se sont nettement contractés, à cause de la chute des revenus agricoles.
En 2009, le marché de l’espace rural notifié aux Safer a représenté 206 000 transactions, en retrait de 12 % par rapport à 2008. Il a porté sur 472 000 hectares pour une valeur de 13,6 milliards d’euros, en baisse respectivement de 18 % et de 22 %.
En 2008, la contraction du marché concernait surtout les marchés sous influence urbaine (urbanisation, maisons à la campagne, espaces résidentiels et loisirs non bâtis). L’an dernier, le phénomène a gagné les terres agricoles et les prés.
Leurs échanges n’ont porté que sur 58 000 biens pour une surface totale de 242 000 hectares et une valeur totale de 1,8 milliard d’euros, soit un recul des transactions, des surfaces échangées et de la valeur du marché de 13 %, 18 % et 19 % respectivement.
Le prix s’affiche également en baisse de 1,6 % à 5 090 euros/ha pour la première fois depuis 1995. Les revenus des ménages agricoles ayant fléchi avant les revenus agricoles, les marchés sous influence urbaine se sont retournés les premiers. L’effondrement des revenus agricoles en 2008 a précipité le retrait des agriculteurs du marché foncier l’an dernier et le phénomène devrait se poursuivre cette année.
En revanche, le prix des terres louées a mieux résisté. Il atteint 3 910 euros/ha, en léger progrès de 1,1 % par rapport à 2008. Une situation qui s’explique, selon la FNSafer par le maintien des achats non agricoles alors que ceux des agriculteurs ont reculé.
« Cette évolution illustre bien la place de la terre agricole comme placement et valeur refuge dans un contexte économique morose » et pour se protéger des marchés boursiers, note André Thevenot, président de la FNSafer.
Propriété sociétaire
Autre observation, la progression de la propriété sociétaire a un impact de plus en plus important sur les marchés fonciers.
Ainsi, sur le marché agricole, entre 2000 et 2009, la part des acquisitions des personnes morales agricoles et non agricoles est passée de 7 % à 10 % en nombre, de 10 % à près de 15 % en surface et de 20 % à 30 % en valeur.
En moyenne, les formes sociétaires achètent des biens 50 % plus grands et, fait-on remarquer, les sociétés d’exploitation agricole (EARL, Gaec…) achètent plus de deux fois plus que les sociétés agricoles spécialement créées à cet effet (GFA et SCI agricoles).
D’une façon générale, le prix des terres est aussi lié à la disparité des systèmes de production, grandes cultures, herbivores, maraîchage.... Ainsi peut-on découper la France en trois zones, d’est en ouest.
Au nord de la Loire où dominent les grandes cultures, les prix de la terre dépassent 6 000 euros/ha. Le prix excède également ce niveau dans le sud de la France, en deçà d’une ligne qui va de la Gironde à la Savoie, à cause de la présence de cultures à forte valeur ajoutée, voire de la pression démographique dans des départements comme l’Aveyron ou le Cantal.
Entre les deux, de la Loire Atlantique et la Vendée à la Franche-Comté, en passant par le nord du massif Central et la Bourgogne, dans ces zones orientées vers l’élevage d’herbivores, les prix de la terre sont beaucoup plus faibles, et souvent inférieurs à 3 000 euros/ha.
Le gaspillage des terres se poursuit
35 000 hectares de surfaces agricoles ou naturelles ont été vendus en 2009 à destination de l’urbanisation. C’est un peu moins que 45 000 hectares prélevés par an sur la période 2006-2008, mais le gaspillage des terres agricoles se poursuit.
Cette surface notifiée aux Safer par les notaires, correspond aux ventes de terres qui sont soustraites de l’agriculture pour créer des logements individuels ou collectifs, des zones d’activités commerciales, industrielles, artisanales et des infrastructures. Elle ne correspond pas à la surface effectivement urbanisée qui, elle, est mesurée par l’enquête Teruti-Lucas du ministère de l’Agriculture.
Selon cette dernière enquête, 74 000 hectares par an ont été prélevés à ce titre entre 2006 et 2008. L’estimation du ministère prend en compte la totalité des biens urbanisés, que ceux-ci aient fait l’objet d’une vente préalable ou non.
Interrogé sur la taxation sur le changement de destination des terres prévue dans la loi de modernisation agricole pour limiter le gaspillage, André Thevenot estime que la mesure n’est pas à la hauteur des enjeux.
« Une taxation à 5 % n’aura pas d’incidence sur la consommation de l’espace. Seulement un renchérissement au détriment de l’acquéreur », estime-t-il. Il aurait préféré que la loi prévoie une définition des zones agricoles ainsi que la création d’une commission qui rendrait le déclassement de ces terres plus contraignant, cette commission ayant le pouvoir de donner son accord ou pas sur les prélèvements.
Une commission sera bien créée, mais elle ne donnera que des avis qui n’auront pas de caractère obligatoire. Quant à l’observatoire foncier également prévu, « c’est certes utile, mais ce n’est qu’un thermomètre qui ne changera pas les choses » commente André Barbaroux, le directeur de la FNSafer. Et de déplorer l’attitude des élus qui ne « voient que par l’urbanisme et non la protection des terres agricoles ».
Vignes : la hausse s'essouffle
Comme les terres agricoles, le marché des vignes a amorcé un retournement marqué par une nette fermeture du marché. Après trois années de croissance, les transactions se sont repliées de 14 %, les surfaces échangées de 16 % et la valeur de 19 %. Toutes les zones sont concernées à l’exception de la Corse, du Val de Loire et dans une moindre mesure de la vallée du Rhône et de la Provence où le marché s’est stabilisé.
Certes le prix des vignes à eaux-de-vie (Cognac, Armagnac) a encore progressé de 5,3 %, à 26 500 euros/ha mais le prix moyen des vignes sous AOC n’a augmenté que de 2,5 % à 93 300 euros/ha et celui des vins de consommation courante a perdu 3,4 % à 10 600 euros/ha.
Ce sont les vignobles de Champagne et du Bordelais qui enregistrent le repli le plus vif. Les vignobles du Sud-Ouest confirment leur déclin amorcé en 2003, alors que le prix des vignes du Val de Loire et du Centre reste stable. Les vignes corses échappent au marasme ambiant (+12,5 %). Comme d’ailleurs celles du Languedoc-Roussillon qui confirment la lente remontée (+3,7 %) amorcée depuis 2006.


