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Après la betterave, le site d'Aiserey va se dédier à l'agriculture biologique et aux cultures énergétiques. Les anciens bassins de la sucrerie vont être utilisés pour stocker de l'eau et irriguer les productions de 22 exploitations agricoles. |
Trois nouveaux projets redonnent vie au site de l'ancienne sucrerie d'Aiserey. Le lancement officiel a eu lieu vendredi 9 juillet.
Le monde agricole peut être fier. Il a su rebondir après l'arrêt des betteraves. Le site de l'ancienne sucrerie d'Aiserey s'apprête à revivre grâce à trois projets innovants voués à l'agriculture biologique, à la production de biomasse et à un type d'irrigation sécurisé et moderne. Leur réalisation fait suite à une coopération réussie entre la profession, les organisations agricoles et les services de l'État.
La reconversion multi-facettes du site côte-d'orien n'a pas manqué d'éloges lors du lancement officiel de ces trois projets. Les nombreux élus et représentants d'OPA n'ont pas caché leur satisfaction. Christian de Lavernée, le préfet du département et de la région Bourgogne, envisageait même d'inviter le ministre de l'agriculture, une fois que les travaux seront plus avancés.
Premier moulin bio d'Europe
Une agriculture de qualité, de proximité, prenant en compte les exigences de la société et valorisant les ressources locales : telle pourrait être la définition de l'agriculture qui va tenter de faire définitivement oublier la betterave.
L'implantation d'un moulin à farine biologique, le premier d'Europe, est un des trois principaux volets de la reconversion. Pierre Guez, le président du Moulin Decollogne (filiale du groupe Dijon Céréales), a évoqué une « nouvelle » agriculture, « adaptée à la société » et répondant à ses besoins. De son côté, la production agricole locale sera valorisée sur le bassin Bourgogne Franche-Comté. Environ 50 000 hectares de terres en surfaces bio devront être convertis.
Ce grand défi agronomique sera accompagné d'un grand projet de recherche et développement avec Agronov, Vitagora, l'université de Bourgogne et les chambres d'agriculture.
Production de biomasse
Les anciens betteraviers du Centre Est ont eu la volonté de reconvertir leur outil industriel Sécopulpe. Ces derniers se sont orientés vers les cultures de miscanthus et de switchgrass. Les produits issus de ces plantations sont destinés à la production d'énergie (chaudières à granulés), à la fabrication de biomatériaux et à d'autres marchés comme les litières pour les filières équines et avicoles.
Bourgogne Pellets a de l'ambition dans ce projet déjà bien avancé (82 producteurs pour 470 ha cette année). Bourgogne Pellets envisage de devenir « un acteur majeur régional » dans cette filière. Une surface de plantation de 1 000 hectares est visée pour 2013, dans un rayon de 50 kilomètres autour de l'usine.
Modernisation des réseaux d'irrigation
Le volet irrigation complète la liste des trois projets de reconversion. Porté par 22 exploitations agricoles regroupées en Asa (association syndicale autorisée), ce projet vise le maintien de l'irrigation, principalement en direction des cultures de légumes.
Les anciens bassins de la sucrerie permettront de stocker 685 000 m3 d'eau. Le remplissage et le réapprovisionnement des bassins se feront sur une période s'étalant d'octobre à juillet, selon les conditions de la ressource.
Autres réalisations : les canaux de substitution seront modernisés avec de nouveaux équipements. Les pompages seront électrisés, ce qui réduira les risques de pollutions industrielles et les nuisances sonores.
Les conditions de travail des irrigants seront améliorées. L'irrigation passera d'une situation jugée « vulnérable et fragile » (de par ses 131 captages) à une irrigation dite « d'avenir ». Une mise en place de panneaux photovoltaïques sur l'eau de ces bassins sera effectuée ultérieurement.
En bref
• Historique et finances «Sucre»
En 2006, l'Union européenne réforme l'organisation commune du marché du sucre pour diminuer la production de 30%. Quatre-vingt-deux sucreries ferment en Europe dont cinq en France. Le site d'Aiserey, à 30 kilomètres à l'Est de Dijon, est touché et l'intégralité de la production de betteraves est stoppée. Plus d'une centaine d'emplois sont directement concernés, 250 le sont indirectement. Trois cent cinquante agriculteurs arrêteront leur production, pour une surface d'environ 5600 hectares.
• 17 700 000 euros
Les nouveaux projets du site d'Aiserey n'auraient pas pu se réaliser sans le Feaga, le fonds européen agricole de garantie et le PRN sucre, le programme de restructuration national de la filière sucre. Un soutien financier de 17,7 millions d'euros a été attribué à plus de 110 projets pour 30 millions d'euros d'investissements. Près de deux millions d'euros ont été attribués au moulin bio (un tiers du budget total). Pour Bourgogne Pellets et le moulin bio, le financement Feaga s'élève à 1,6 million d'euros (sur quatre millions nécessaires). La part est encore plus conséquente pour le volet irrigation et l'Asa de la Biètre qui bénéficie de 6 millions d'euros sur les 7,6 millions nécessaires.
Ils ont dit
• Christian de Lavernée, préfet de Côte-d’Or et de la région Bourgogne :
« Dans la stratégie que soutient la loi de modernisation de l'agriculture, ce qui est fait à Aiserey est incroyablement complet. Il y a tous les ingrédients : l'alliance entre l'amont et l'aval, la valeur ajoutée locale, la transformation, l'environnement, le développement durable, la pérennité de l'irrigation... J'applaudis le niveau de coopération atteint ».
• François Sauvadet, président du conseil général de Côte-d’Or :
« L'arrêt des betteraves a été vécu comme un véritable choc. Les cultures traditionnelles auraient pu être choisies pour les remplacer, mais c'est finalement la volonté de repartir de l'avant qui a primé. Il y a eu un très grand engagement dans ce dossier, pour faire de ce site un outil de développement économique et industriel. Merci à tous les producteurs pour leur belle exemplarité collective ».


