L’extrême volatilité des marchés impose de nouveaux modes de gestion, que ce soit au niveau fiscal, social, juridique ou financier. Les conseillers Cer France Doubs et Jura insistent sur l’importance de l’anticipation.
Instabilité des marchés et gestion des exploitations : comment faire face ?
La canicule russe a mis le feu aux poudres, au propre comme au figuré : depuis quelques semaines, les marchés des céréales s’envolent. Pourtant, l’euphorie est loin d’être au rendez-vous : depuis 2008, la conscience d’une volatilité exacerbée, à la hausse comme à la baisse, et le fait qu’il est impossible de tabler sur des cours hauts à long terme rendent tous les acteurs de la filière extrêmement prudents.
Dans le même temps, le prix du lait payé au producteur, comme celui des bovins, semble toujours déconnecté (même si des avancées significatives ont été enregistrées dernièrement) du prix du produit final. Les analyses des raisons de ces fluctuations, souvent pertinentes, sont présentes dans la majorité des journaux professionnels nationaux, et les conseillers des Cer France Doubs et Jura n’ont pas prétention à apporter leur analyse à ce niveau macro-économique.
Par contre, la question de la gestion des exploitations franc-comtoises dans ce contexte mouvant les préoccupe au quotidien. S’il n’existe pas de recette miracle, il est toujours nécessaire, dans de telles conjonctures, de rappeler certaines bases de gestion. Faire le lien entre marchés financiers, marchés physiques et marché local : début 2008, le blé Euronext est monté au-delà de 280 euros/tonne. Sur cette même campagne 2007/2008, les prix moyens payés aux producteurs du Doubs et du Jura ont été de 170 euros. Les marchés financiers donnent des indications de tendances, à un moment T.
Quel que soit le mode de commercialisation d’un agriculteur (prix moyen, contrat, vente à la récolte, stockage, etc.), il est complètement impossible de vendre au prix le plus haut, pour plusieurs raisons.
Anticiper 2011
Bien sûr, du fait de la « base », c'est-à-dire les coûts qui permettent d’acheminer le produit de la ferme au bateau, à Rouen. Mais surtout, parce que ce « point haut » n’est pas connu à l’avance, et que chaque agriculteur se doit de prendre des décisions de gestion (individuellement ou collectivement pour les coopérateurs) raisonnables et correspondant à la santé financière de son entreprise.
Ainsi, beaucoup d’agriculteurs ont vendu au mois de juin dernier entre 130 et 140 €/tonne et pourraient aujourd’hui être tentés d’avoir des regrets. Pourtant, si cette vente a été décidée sur la base d’un seuil rémunérateur pour l’exploitant, elle est alors totalement rationnelle. Bien sûr, tenter d’appréhender, d’anticiper et de travailler avec les fluctuations du marché est tentant.
Mais c’est une activité qui ne souffre pas d’approximation, et nécessite donc de la formation, mais aussi des disponibilités financières permettant d’amortir la prise de risques. La prise en charge de la commercialisation du produit est donc un choix spécifique.
Qu’on le fasse ou non, une question essentielle se pose pour tout producteur, quelle que soit sa filière (lait, viande, grandes cultures ou autres) : « Quel est mon seuil de commercialisation ? »
Répondre à cette question nécessite une approche analytique incluant bien sûr les charges opérationnelles (engrais, produits de traitement, semences), mais aussi les charges de structure, avec deux approches possibles pour la mécanisation : affecter les amortissements, pour une approche « prix de revient » ou les annuités pour une approche « prix d’équilibre » et la rémunération du travail et du capital du chef d’entreprise.
Ce travail d’analyse de la campagne 2010 doit surtout servir à une chose : anticiper la campagne 2011. C’est aujourd’hui le bon moment. Chaque producteur dispose d’informations détaillées pour 2010 (à partir des documents comptables), les assolements 2011 sont (à quelques correctifs près) connus, tout comme les tarifs de la plupart des intrants de la nouvelle campagne.
Il est donc aujourd’hui possible d’établir des scénarios en fonction des récoltes attendues (en travaillant sur des hypothèses basse, moyenne et haute), afin d’anticiper au mieux la prochaine campagne, et ce sur plusieurs plans : marchés, Pac, techniques, stratégique, financier, fiscal et social.
C’est ce que nous développons dans un autre article, en travaillant particulièrement un aspect trop souvent abordé par le seul point de vue « court terme » : l’optimisation fiscale et sociale.


