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« Il faut le double prix ! »
Gérard Budin
Jura agricole et rural
Publié le:  01 septembre 2010
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Gérard Budin, ancien président de la puissante coopérative laitière Sodiaal, est éleveur dans le Rhône. Il est l’un des meilleurs connaisseurs du marché laitier. Rencontre avec un militant de la régulation économique.

L’analyse de la situation laitière est pour Gérard Budin, une question politique.

Pour lui, nous ne sommes toujours pas sortis de deux visions idéologiques du rôle des marchés. « Pour les Allemands, c’est le marché, tout le marché, rien que le marché. C’est un choix politique fondamental qui place, pour eux, le libre-échange au centre du commerce mondial.

Pour gagner des marchés, en Europe comme à l’international, les Allemands s’organisent pour concentrer tous les avantages comparatifs. Ils ont une législation du travail souple, acceptent la sélection naturelle de leurs agriculteurs pour ne garder que les plus compétitifs, disposent d’une législation sur la transmission des exploitations qui favorise le fils qui reprend la ferme familiale, maximalisent toutes les aides de l’Europe, obtiennent de leurs puissantes régions des aides substantielles, ont un régime TVA favorable, engrangent les bénéfices d’une politique volontariste sur les énergies vertes…

Par ailleurs, leur industrie laitière rémunère les producteurs en fonction de la valorisation des produits mis sur le marché, ce qui conduit à des prix différenciés du lait. Cette différence d’approche du rôle de l’économie et des marchés sera le cœur du débat européen de la Pac de l’après 2013.

Ou bien nous serons en capacité d’imposer à l’Europe une solution qui respecte les producteurs et les territoires ou bien, c’est le modèle libéral qui s’imposera avec un prix du lait qui oscillera entre 220 et 320 euros les mille litres selon les périodes et les valorisations.

Si c’est cette vision économique qui l’emporte, seules des régions en France comme le grand Ouest, le Nord et l’Est résisteront. Pour moi, la solution réside dans la mise en place d’un double prix du lait : un prix pour les volumes mis sur le marché international. Ces litrages devront affronter la dure compétition économique mondiale. Un autre prix doit permettre une juste rémunération des volumes qui servent à la fabrication de spécialités laitières à forte valeur ajoutée ».

Depuis toujours, Gérard Budin est un militant de la régulation de l’économie et c’est à ce titre qu’il s’est battu pour promouvoir la coopération agricole.

Les conséquences tragiques de la dérégulation des marchés et la face hideuse de la spéculation démontrent aujourd’hui la justesse de son analyse.




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