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Les opposants au parc ne désarment pas
Jura agricole et rural
Publié le:  23 décembre 2011
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Jean Lassalle témoigne…

800 personnes ont répondu à l'appel de l'association Agathe opposée au projet de parc national « zones humides ».  Jean Lassalle, député et ancien président du Parc national des Pyrénées et Robert Casadebaig, maire de Laruns, commune du Parc national des Pyrénées étaient invités.

En février 2011,  naissait l'association Agathe, association garante de l'avenir des territoires des hommes et de leur environnement, réunissant les opposants au projet de parc national zones humides de la basse vallée du Doubs et de la Bresse.

La levée de boucliers sur le terrain a permis de stopper un projet bien avancé », a rappelé Frédéric Perrot, président d'Agathe et président de la FRSEA Franche-Comté, lors de la réunion publique organisée le mercredi 14 décembre à Chaussin.

Après plusieurs mois de silence, la ministre de l’écologie a finalement réactivé la procédure de désignation en lançant un appel à projet ouvert aux collectivités locales et territoriales jusqu'au 1er novembre 2012. La basse vallée du Doubs, la vallée de la Seille et les étangs de Bresse figurent parmi les sites susceptibles d’être classés en parc national.

« L’association Agathe a donc souhaité présenter aux habitants les risques et enjeux qu’un tel projet aurait sur le territoire. Mais surtout faire témoigner des élus qui vivent la réalité des parcs nationaux de l'intérieur », indique Frédéric Perrot, rappelant qu'à l'approche d'échéances électorales, « il est important de dire que nous sommes toujours présents et inquiets du maintien de ce projet, que nous avons envie de défendre un territoire qui est le nôtre,  avec toutes ses forces vives :  agriculteurs, artisans, commerçants, forestiers, élus, chasseurs, pêcheurs,  dans les trois départements concernés »

« Vendre sa liberté à bas prix »

Au-delà d'une opposition de principe contre « la mise sous cloche d'un territoire », se posent des questions de fonds : quelle gouvernance, quelle place pour les élus dans un parc national ? Quels moyens de développement sont proposés aux communes adhérentes d'un parc ? La mission de protection de l'environnement affichée par les parcs nationaux est-elle atteinte ?

Robert Casadebaig, maire de Laruns, commune du Parc national des Pyrénées veut alerter les élus et les maires présents : « Vous aurez des propositions alléchantes, séduisantes pour adhérer mais vous y laisserez votre liberté ». Fait nouveau, avec la loi 2006, la zone périphérique qui était sous autorité des élus locaux, devient zone potentielle d'adhésion (soit 230 000 ha pour le Parc national des Pyrénées) et passe sous gouvernance du parc.

Pour la commune de Laruns qui comptait déjà 8 000 ha en zone centrale cela revient demain « à laisser seul le  ministère de l'Écologie exercer une prééminence dans toutes les politiques publiques et un contrôle exceptionnel des activités privées sur chacun des 25 000 hectares de la commune ». L'élu signale également que sur les 8 000 hectares de forêt que possède sa commune, seuls 900 hectares sont exploités.

Baisse des soutiens financiers, hausse des restrictions

« Depuis 43 ans que nous vivons avec le parc, l'accompagnement économique a diminué au fil du temps et l'activité dans la zone centrale est nulle. Au début des chemins de randonnées ont été créés, des refuges améliorés, c'était positif mais après les aménagements ont cessé », explique Robert Casadebaig.

Dans l'optique d'un parc de 240 000 ha chaque commune recevrait 5 000 euros par an.  La petite commune de 1 500 habitants a choisi d'appuyer son développement sur des activités économiques : station de ski, station thermale, transhumance en estive, production de fromages et d'agneaux des Pyrénées. Le maire de Laruns regrette par exemple que le parc n'ait pas donné l'autorisation de construire une station de déneigement.

Interdiction  « En cas d'accident de la route, qui sera responsable : le parc, la commune, le préfet ? Je n'ai pas reçu de réponse à cette question ». Finalement le projet de station de déneigement se fera de l'autre côté de la frontière, en Espagne !

Un exemple, parmi d'autres, des restrictions liées à un parc national : les activités industrielles et minières sont interdites. La police de l'eau, les chemins, etc., dépendent du directeur du parc, nommé par le Ministère de l'Écologie. Une situation qu'a bien  connue Jean Lassalle lorsqu'il a été élu président du Parc des Pyrénées, fédérant derrière lui l'ensemble des communes. « Un président de Parc national n'a aucun pouvoir de décisions.

L'administratif a pris le pas sur les élus démocratiquement choisis », s'indigne celui qui depuis a créé le collectif « Des Racines et des Hommes », rejoint par des associations qui partagent les mêmes valeurs :  « Ossau Aspe : vallées de Liberté », le comité écologique de sauvegarde de la Ciotat, le collectif marseillais « Les Amis de La Rade », le comité d'intérêt local de Porquerolles, les opposants au Parc national prévu à Fontainebleau et l'association Agathe.

« Notre environnement à tous »

« On fait porter sur les Pyrénées et sur vos régions des enjeux environnementaux qui sont ailleurs. Nos territoires sont déjà préservés par les gens qui y vivent. Le parc affiche une mission de protection de l'environnement, notre environnement à tous. A-t-il réussi, la question est posée ? » insiste Robert Casadebaig.

Un fait notable : la population d'isards, espèce emblématique, est bien plus importante en zone périphérique du parc des Pyrénées que dans le cœur de parc où pourtant toutes activités humaines « qui dérangent la nature », la chasse en particulier, sont interdites.

« La gestion cynégétique organisée permet un meilleur équilibre, une meilleure connaissance de la faune et régule les espèces », rappellent tour à tour Christian Lagalice, président de la Fédération des chasseurs du Jura et Evelyne Guillon, vice-présidente des chasseurs de Saône-et-Loire.

Dans l'assemblée, une professeure d'écologie dans un lycée de Besançon apporte son point de vue : « Dans nos régions, le stade ultime de la nature laissée à elle-même, ne sera pas la prairie d'estive comme dans les Pyrénées, mais la friche et la forêt. Il est illusoire de croire que l'on va maintenir l'état actuel sans action humaine. On peut tendre vers une activité agricole, sans être bio partout, qui protège la nature »
Le tourisme : « un faux argument »
En Champagne et en Bourgogne, le parc national de feuillus de plaine qui devrait être créé en 2012, n'a pas soulevé de fortes oppositions. L'argument souvent avancé est l'attrait touristique d'un label « parc ». « C'est une vraie escroquerie intellectuelle, un mensonge ! , s'écrie Jean Lassalle. Les cinq parcs nationaux qui existent aujourd'hui sont implantés dans des zones touristiques. C'est le parc qui a bénéficié de l'image de ces territoires et non l'inverse ».

Pour Béatrice de Crozet, présidente du comité de sauvegarde de la Ciotat, opposée au projet de parc national des Calanques, la  conclusion est simple : « En tant qu'élu, on ne dit pas « oui, mais » à un parc. Sinon c'est la porte ouverte à sa création. Les parcs des années 60 sont en train de basculer, avec la loi de 2006, vers une zone d'adhésion élargie. Chez vous, n'y mettez même pas le doigt, battez-vous avant que le projet ne sorte ! »


L'association Agathe souhaite promouvoir un modèle qui concilie le développement des activités économiques, sociales et culturelles et la gestion de l’espace rural : « protéger sans interdire » sur un bassin de 131 communes, plus de 3 000 entreprises, 16 000 emplois, et près de 90 000 habitants.


Jean Lassalle : « Des parcs nationaux à l'américaine »

Avec ses accents tribuns, le député Jean Lassalle, a partagé l'attachement viscéral qu'il porte à son territoire et dévoilé son analyse sur la philosophie qui guide les parcs nationaux.

« Nous avons le vertige américain. Nous voulons sanctuariser des vallées « à l'américaine ». Là-bas, on trouve des parcs de 500 000 à 1 million d'hectares avec 10 km plus loin des puits de pétrole qui crachent dans l'atmosphère.

«Des sociétés privées, en finançant ces parcs, se donnent le droit de polluer ailleurs(...). Ici, en France, nous avons des siècles d'histoire, des hommes pris dans la tradition de ces territoires auxquels ils tiennent. Ce territoire, ils le construisent et l'entretiennent. Pourquoi vouloir les déposséder de leur patrimoine ? (…)

«Le parc national est l'instance la plus aboutie de protection de la nature « naturelle » mise au point à ce jour. Cette idée existe depuis une cinquantaine d'années, la communication est bien rodée, et donne une bonne conscience à tous ceux qui sont entrain de croupir dans des cités périurbaines ; les parcs font du prosélytisme auprès de nos propres enfants, dans les écoles, les collèges, les associations(...)

«On est arrivé à un stade terrible : la solidarité écologique ne tolère pas de vide ; les parcs, les zones de protections, sont appelés à s'étendre irrémédiablement.

«Aujourd'hui le retour à la nature « naturelle » n'est pas un débat politique mais une grande idée qui a remplacé toutes les idéologies. Il est nécessaire d'inventer un nouveau langage pour parler à nos contemporains, en faisant appel à des valeurs raisonnables, humanistes pour ne pas être dans le combat d'une minorité qui a toujours tort. »




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