Contrairement à de nombreuses idées reçues, la loi sur les certificats d’obtention végétale reconnaît aux agriculteurs le droit de ressemer leurs propres récoltes.
- Comment avez-vous accueilli l’adoption de la loi sur les certificats d’obtention végétale il y a quelques jours ?
Rémi Haquin : Très positivement puisqu’il s’agit en fait de légaliser et d’appliquer à d’autres espèces autogames un système de financement qui a fait ses preuves en blé tendre.
- Ne se traduit-elle pas par la mainmise des firmes semencières sur l’agriculture ? Autrement dit les agriculteurs ne seront ils pas pieds et poings liés aux multinationales ?
RH : Au contraire elle permet à de nombreux sélectionneurs de pouvoir exercer leurs travaux de recherches et d’amélioration et d’obtention de nouvelles variétés performantes et adaptées à nos marchés. En effet le système de CVO encourage les sélectionneurs actuels à poursuivre leurs recherches plutôt que, faute de moyens, à se vendre aux « grosses multinationales ».
Libre à l’agriculteur qui le souhaite d’utiliser de l’épeautre ou des blés centenaires (rendement 10 à 15 qx/Ha) s’il en trouve et s’il le souhaite.
- Est-il si fondamental de rémunérer la recherche ?
RH : Pensez-vous que les chercheurs n’ont pas besoin d’être rémunérés ?
Que les installations nécessaires se trouvent gratuitement dans le supermarché du coin ? Regardez ce qui se passe en matière de recherche variétale dans le monde entier ! Alors que la France était un leader, elle se marginalise de plus en plus.
- Cela ne va-t-il pas se traduire par un aggravement des charges qui pèsent sur les exploitants agricoles ?
RH : Jusqu’à preuve du contraire l’amélioration du potentiel de rendement et de l’adaptation qualitative aux besoins des marchés a plus que largement compensé le coût pour l’agriculteur. Si on ne sème rien ; ça ne coûte pas cher mais on ne récolte pas grand-chose.
- La loi sur les certificats d’obtention végétale ne va-t-elle pas conduire à l’interdiction des semences de ferme et à la disparition du droit ancestral des agriculteurs à ressemer leur propre récolte ?
RH : L’utilisation des semences de ferme n’est pas interdite mais au contraire reconnue comme une nouvelle possibilité offerte à l’agriculteur. Le droit ancestral des agriculteurs à ressemer leur propre récolte est une fiction sans réalité juridique et une pratique condamnable par la loi.
Moyennant une rémunération de l’obtenteur, cette loi légalise donc la possibilité de ressemer ses propres récoltes.
- Au final qu’apporte cette loi à l’agriculteur que vous êtes ?
RH : L’espoir que le maintien (le développement) d’une recherche variétale efficace puisse m’aider à relever les défis de compétitivité et de qualité qui font le quotidien de mon métier d’agriculteur.


