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Les myiases, ennemis mortels
Elevage ovin
Jura agricole et rural
Publié le:  23 avril 2002
Page 9 
mouche à myiase

La wohlfahrtia magnifica est la mouche qui pond les œufs. Les larves vont éclore en quelques heures.

Pathologie estivale, l’attaque de myiases peut tuer un mouton

en quelques jours. Les larves sont carnivores et s’installent sur les zones humides ou dans les blessures. Dans les alpages, des visites fréquentes sont la meilleure des prophylaxies.

Les mouches wolhlfartia magnifica et lucilia séricata sont de terribles ennemis des ovins. «La première fait partie d’une famille de mouches fréquentes dans les pays chauds ayant une forte activité pastorale, tels l’Australie, l’Afrique du Sud, l’Argentine ou les pays arabes. En France, on la retrouve en altitude, au-dessus de 1 000 mètres. Lucilia séricata vit plutôt en plaine. Dans les deux cas, l’infestation parasitaire se développe essentiellement durant l’été, période favorable à l’évolution biologique des mouches», précise Christian Mage, ingénieur au GDS de Corrèze, qui a beaucoup travaillé sur cette maladie parasitaire, qui s’étend de plus en plus sur le territoire national, touchant à présent les troupeaux en transhumance et en alpage. La mouche n’est cependant que peu volante et l’infestation est lente. Mais elle semble bien être aussi inexorable. «La mouche est résistante, vivant sous les pierres. Elle paraît apte à franchir le cap de l’hiver puisqu’elle se retrouve d’un été à l’autre sur le même alpage», constate le docteur vétérinaire Jean-Luc Simon, directeur de la FRGDS Rhône-Alpes.

La mouche adulte wohlfartia mesure de 8 à 14 mm. Elle est de couleur grisâtre à noirâtre, avec un abdomen clair et tacheté et des yeux d’un rouge brique. Lucilia est plus petite, de 6 à 11 mm, de couleur brillante, souvent métallique, bleu-vert, et possède un abdomen pourvu de bandes transversales.

De la vulve au péritoine en 3 jours !

C’est dans leurs cycles reproductifs que les mouches sont dangereuses. «Les œufs sont pondus par grappes. Plusieurs pontes sont possibles et l’on observe des couches empilées. Les œufs sont déposés dans des blessures ou endroits peu accessibles, vulve, yeux, pieds. La peau saine, mais souillée par les matières organiques, attire aussi les mouches. Les brebis ne peuvent pas se gratter ni se lécher. De plus, les larves sont accrochées à la chair par deux crochets et le coup de langue est inefficace. Ces larves ne possèdent pas de dents, mais leur salive contient des sucs, (enzymes protéolytiques)* qui pré-digèrent la chair des animaux infectés. Le parasite aspire ce mélat. Et s’en nourrit. Tout va très vite et en deux à trois jours, la larve parvient au péritoine, entraînant la mort du mouton», précise Jean-Luc Simon.

Pour l’éleveur, toute la difficulté est de repérer les bêtes parasitées. «Elles sont généralement abattues, s’isolent de leurs congénères, ne se déplacent plus et ne mangent plus. Il faut donc compter les animaux et retrouver les brebis manquantes avant qu’il ne soit trop tard». Pour le directeur de la FRGDS, «il devient nécessaire de visiter plus souvent, tous les deux jours par exemple, les troupeaux qui entretiennent les petits vallons isolés et qui, traditionnellement, ne sont pas gardés par des bergers».

Les praticiens semblent unanimes : il n’y a pas de prophylaxies possibles autres que les visites.

«Les traitements préventifs contre la gale ont une action, mais elle est de courte durée. De plus, ces traitements sont réalisés en début de mise en alpage, alors que les pontes des mouches s’effectuent après le 15 juillet».

Retirer les larves une à une…

De mi-juillet à fin septembre, il faut donc être vigilant. Le traitement n’est pas aisé. S’il existe quelques insecticides autorisés pour les animaux d’élevage, les éleveurs doivent aussi intervenir manuellement. «Il faut décrocher les larves à la pince à épiler, en faisant attention que plusieurs couches d’asticots ne soient pas superposées. Ensuite, il faut appliquer un antiseptique et poser un pansement pour éviter toute rechute», conseille le docteur Simon.

Jeanne Brugère-Picoud, professeur de pathologie médicale du bétail à l’école nationale vétérinaire de Maisons-Alfort, préconise «d’éviter les bains, les désinfectants ou les solutions appliquées directement sur les plaies, en raison de la toxicité de certains produits, en particulier des insecticides. Le risque d’absorption cutanée et/ou d’aggravation des plaies est trop important. Après la tonte, cependant, une crème insecticide peu concentrée peut être appliquée sur les plaies».

Nous remercions les docteurs-vétérinaires Brugère-Picoux, Alzieu et Brard..

Un fort taux d'infestation

Les mouches ont, semble-t-il une origine méditerranéenne, mais leur progression, depuis quelques années, est notoire. On en trouve dans les Hautes-Alpes et dans le massif des Ecrins, depuis le début des années 80. Christian Mage, ingénieur du GDS de Corrèze, a conduit dans son département une étude importante, sur l’infestation des myiases. Une enquête a porté sur 93 élevages de différentes régions naturelles. 1 800 brebis ont été étudiées. «L’infestation par les myiases concerne 37,9 % des élevages, avec une mortalité de 0,8 % suite aux lésions provoquées par le développement des asticots. En juillet et août, de 27 à 35 % des moutons sont atteints. Les lésions sont localisées principalement entre les onglons (41 % des cas), dans la zone ano-génitale (11 %), les plaies (11 %), le dos (13 %) mais aussi aux points d’injection des vaccins pour 9 % des cas. Par ailleurs, l’infestation est plus importante, lors des regroupements de moutons en période estivale, dans les prairies (33,4 % des cas observés), que dans les bois (25,7 %) et les taillis et broussailles (20 %). A noter aussi que plus la densité de crottes est importante sur les zones de regroupement, plus le niveau d’infestation est élevé».

Les traitements

Trois grandes familles d’insecticides sont utilisables pour traiter les moutons.

- La famille des organophosphorés, avec pour principes actifs : diazanon, malathion, propétampos, phoxim.

- La famille des formamidines, avec l’amitraz pour principe actif

- La famille des pyréthrinoïdes, avec les fenvelerate et deltaméthrine, pour principe actif.

Sources : Christian Mage




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