Le Jura Agricole et Rural
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La lutte intégrée fait son chemin
Avertissements agricoles
Jura agricole et rural
Publié le:  05 avril 2004
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À l’automne dernier, les campagnols ont à nouveau investi les plateaux, occasionnant d’importants dégâts sur les prairies, déjà malmenées par la sécheresse

Le cycle de pullulation du campagnol terrestre a connu un nouveau pic à l’automne 2003 sur les départements du Doubs et du Jura. Globalement, ce cycle est de moindre ampleur que le précédent épisode de 1998 en terme

de surface attaquée et de niveau d’infestation.

D’ores et déjà, le bilan de la campagne 2003 permet de tirer un certain nombre d’enseignements. Les atteintes portées à la faune non cible et relevées par le réseau Sagir du Doubs sont moins importantes qu’en 1998. Elles sont néanmoins élevées et peu compatibles avec une production agricole plus respectueuse de l’environnement.

La stratégie de lutte chimique à basse densité, mise en œuvre dès l’année 2000 puis amplifiée lors du nouveau plan d’action démarré en 2002, a permis à de nombreux agriculteurs de protéger leurs prairies jusqu’à l’automne dernier tout en respectant le seuil de non intervention prévu par l’arrêté du 17/12/2001 prorogé. Cependant, les échecs ont eu lieu dans la conduite de la lutte. Ils ont eu pour origine principalement :

• le manque de précocité des traitements et/ou l’insuffisance de l’engagement collectif,

• la mauvaise gestion des parcelles à colonisation rapide (coups de fusil),

• une lutte contre la taupe pas assez active.

La lutte intégrée

Les éléments de ce bilan nous amènent à la conclusion que l’utilisation de la lutte chimique seule n’est plus possible. Cette analyse est confirmée par les scientifiques de l’INRA et de l’Université de Franche-Comté : «Les pullulations actuelles sont le résultat d’une évolution que la lutte chimique n’arrive pas à

enrayer. Le retour à une situation plus acceptable ne pourra être initié sans accomplir des actions de fond impliquant des modifications de milieux et des changements dans les pratiques agricoles» (extrait du courrier de l’environnement mars 1999).

Les scientifiques considèrent également que la lutte contre le campagnol doit s’orienter vers la lutte intégrée dans laquelle l’utilisation de moyens chimiques n’est plus qu’une mesure parmi d’autres et doit être raisonnée et réduite au minimum.

Conscients de cette problématique, des agriculteurs volontaires de Byans-les-Usiers (25) ont créé en 1999, sur le territoire de La Vrine, une zone expérimentale de lutte anti-campagnols (Zelac) afin de mettre en œuvre une véritable lutte intégrée qui associait la lutte à basse densité à la bromadiolone avec des méthodes alternatives.

Résultats acquis sur la Zelac et les zones expérimentales

En application du plan de lutte 2002-2006, plusieurs zones expérimentales ont été mises en œuvre dès 2002 pour étendre l’expérimentation initiée sur la Zelac(1). Les premiers résultats confirment ceux déjà observés sur la Zelac notamment la faisabilité de la mise en œuvre d’une véritable méthode de lutte intégrée à l’échelle de la commune. Il est difficile d’évaluer le poids de chaque méthode dans la réussite de la lutte, mais il est acquis que l’association de différentes pratiques permet de minimiser l’emploi de la bromadiolone.

Rappel des principales actions conduites :

• lutte chimique à basse densité contre le campagnol terrestre,

• lutte contre la taupe au phosphure d’hydrogène,

• pratiques et conduites culturales : utilisation du pâturage (naturel ou rouleau à plots) et du travail du sol,

• action de protection de la faune prédatrice : perchoirs, nichoirs, engagement des chasseurs de l’Acca locale.

Perspectives de lutte : de la lutte précoce à une lutte intégrée

Objectifs : mettre en place une stratégie de lutte raisonnée qui permettra à la fois d’agir directement sur les populations de campagnols et sur les facteurs favorisant les pullulations.

Les stratégies à court terme :

• lutte à basse densité plus que jamais d’actualité et tout particulièrement sur les zones de démarrage identifiées. Cela suppose un système d’Avertissements agricoles ® impliquant chaque exploitant, ainsi que des appâts prêts à l’emploi pour intervenir le plus rapidement possible,

• lutte contre la taupe incontournable, les galeries vides restantes favorisent la recolonisation,

• utilisation du piégeage contre ces deux espèces,

• modification des itinéraires techniques : alternance fauche-pâture, broyage des refus, fertilisation raisonnée et travail du sol (dont le labour). Ce dernier revêt une importance particulière et cumulerait plusieurs effets : effet direct en détruisant les galeries de campagnols et de taupes ; effet indirect en créant des “barrières naturelles” ce qui freine la colonisation des parcelles adjacentes. Dans les parcelles où il y a eu un travail du sol, le sol ameubli “trahit” plus vite la présence des premiers colonisateurs ce qui permet de lutter immédiatement.

• regroupement de parcelles (techniques de l’îlot) avec les agriculteurs volontaires permettant la mise en œuvre collective de toutes les mesures précédentes.

• favoriser l’action des prédateurs : il faut protéger toutes les espèces prédatrices sur l’ensemble des zones subissant les pullulations ainsi que sur les zones périphériques. Des mesures complémentaires seront à privilégier (perchoirs, nichoirs…).

Les stratégies à long terme

Il s’agit de freiner le développement des campagnols tout en favorisant leurs prédateurs par des mesures de restructuration des zones de démarrage : extrait de la plaquette INRA-Université de Franche-Comté : «il s’agit globalement de diminuer la connectivité des habitats favorables aux campagnols et d’augmenter celle des habitats favorables à leurs prédateurs dans toutes les sources de démarrage. Ceci implique la plantation de bosquets, la constitution de réseaux de haies et la restauration de murets, de talus et fossés, en priorité dans les zones identifiées comme sources ou zones de démarrage des pullulations (zones les plus ouvertes). Ces mesures feraient appel à des opérations pilote et à des mesures d’accompagnement des luttes (initiées en Franche-Comté depuis le printemps 2000)».

Perspectives 2004 : le contrat de lutte intégrée

La Fredon de Franche-Comté, maître d’œuvre du plan de lutte 2002-2006, élabore actuellement un document méthodologique qui regroupe, en les détaillant, les méthodes de lutte directement utilisables par les exploitants. Il s’agit d’un véritable contrat de lutte raisonnée par lequel les agriculteurs s’engageront à lutter contre le campagnol terrestre avec tous les moyens mis à leur disposition. La lutte raisonnée s’inscrit ainsi dans une démarche s’intégrant parfaitement dans les filières AOC. Elle nécessite une responsabilisation et une technicité accrue de tous les producteurs.

(1) Pour tous renseignements sur les méthodes alternatives, contacter Régis Defaut (Fredon Franche-Comté, tél. 03 81 47 79 22).




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