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Mouches : prévenir vaut mieux que traiter
Jura agricole et rural
Publié le:  26 avril 2004
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Quel que soit le type d’élevage, les mouches sont un fléau. Elles peuvent générer des pertes économiques et ne donnent pas une bonne image des productions agricoles. Des solutions existent, mais la prévention reste une méthode essentielle.

Si les voisins d’éleveurs ont des plaintes à formuler, ils évoquent majoritairement les odeurs et la présence gênante de mouches. Sophie Lubac, ingénieur à l’Itavi (Institut technique avicole), travaille sur ces problèmes. Elle développe, pour nous, les solutions à apporter aux élevages.

Quelles sont les mouches posant problème aux éleveurs ?

«Le diptère le plus problématique est la mouche domestique Musca domestica. Mais l’on trouve aussi la petite mouche, Fannia canicularis. La mouche est le troisième nuisible le plus souvent évoqué par les éleveurs en claustration, après les poux et les ténébrions. Pour les éleveurs de poules avec parcours, les éleveurs soulignent plus les dégâts des rapaces et renards. La mouche arrive en cinquième position. Une récente enquête a été conduite

auprès de cinquante élevages du Sud-Est de la France, en partenariat Itavi et école nationale vétérinaire de Marcy l’Étoile. Les résultats mettent en évidence que 84% des élevages standards ont connu un fort développement de mouches, 61% en alternatif et 50% en bio. Dans plus de 80% des cas, les

éleveurs identifiaient la Musca».

Quelles sont les grandes périodes d’infestation ?

«On observe deux tiers des explosions entre mai et août, sans lien avec l’âge des poules. L’explosion peut avoir lieu dès que les fientes sont accumulées dans l’élevage. Quant aux infestations, elles peuvent vite devenir exponentielles. On observe que les infestations se réalisent essentiellement en élevage “fosse profonde”, de fait de l’aspect des fientes humides et cela d’autant plus depuis les modifications apportées sur l’aliment avec l’arrêt des farines animales, à titre d’exemple».

Comment traiter ?

«Avant le traitement, il est plus sage de prévenir. Le contrôle d’humidité des fientes, une bonne hygiène des abords de bâtiments sont des méthodes de base, simples et efficaces. La prévention, c’est aussi un traitement en mars ou avril. Nous ne pouvons que conseiller aux éleveurs de suivre avec attention les populations de mouches. Il est important de savoir qu’un couple de mouches, en avril, peut donner naissance à 190 milliards de milliards de mouches au mois d’août, si le cycle de sept jours est observé. C’est plus que considérable et le chiffre démontre l’intérêt de la prévention. Si vraiment il faut traiter, les éleveurs doivent associer les molécules, pour éviter le phénomène de résistance et alterner les cibles : tuer les mouches ou les larves, et utiliser en complément un insecticide attractif par phéronomes. Il est aussi possible de traiter par phytothérapie, avec des huiles essentielles (citronnelle, pin sylvestre ou lavande). En bio ou en alternatif, on peut faire appel aux auxiliaires. La méthode est cependant coûteuse. On fait alors appel à une autre mouche (Ophyra ænascens), voire à des mini-guêpes (Nasonia vitripennis)».

La mouche en chiffres :

• Taille moyenne des adultes : 6 à 8 mm

• Les femelles font jusqu’à six pontes de 75 à 200 œufs

• Teneur en eau optimale des fientes pour la ponte : 60 à 80%

• Temps de développement des œufs : 12 à 24 h en moyenne

• Temps de développement des trois stades larvaires : 4 à 7 jours en moyenne

• Température maximale des développements larvaire : 40 à 45 °

• Temps total de développement : 60 à 90 jours

• Durée de vie moyenne des adultes : 3 à 4 semaines

• Distance de dispersion moyenne : 800 à 1 600 m

• Distance de dispersion maximale : 15 à 30 km

Source : Philippe Vernon (CNRS)

Le coût des nuisances

Lors de la journée technique du 31 mars organisée par l’Itavi dans la Drôme, Philippe Vernon, de l’université de Rennes 1 (UMR-CNRS Ecobio), évoquait

les pertes occasionnées par les mouches.

La mouche Musca domestica occasionne une gêne pour les éleveurs, pour le voisinage des bâtiments et engendre des risques sanitaires pour les poules. «il convient d’ajouter aux pertes de production l’accroissement des dépenses vétérinaires et les frais de substances et techniques insecticides». Mais Philippe Vernon évoque aussi les risques de disséminations de germes pathogènes, le transfert de bactéries et les risques d’affections entériques chez l’homme.

Pour illustrer les pertes de production, Philippe Vernon cite l’exemple d’un élevage de poules pondeuses situé en Bretagne. 1 140 m2, près de 20 000 pondeuses, 16 000 œufs par jour. Une pullulation de mouches domestiques génère une baisse de ponte de l’ordre de 3%. Mais 10% des œufs sont

déclassés car souillés et la production efficace est ramenée à 14 000 œufs/jour. Un travail supplémentaire est lié au ramas-sage des œufs et au nettoyage du bâtiment. «La perte mensuelle pour l’éleveur est d’environ 2 000 euros», conclut le scientifique.




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