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La diversification des assolements permet d’importants gains de productivité, à condition de prendre en compte les “effets précédents” |
Avec les niveaux de prix observés depuis quelques années et compte tenu de leurs charges réduites, les protéagineux et les oléagineux confirment leur intérêt économique dans les calculs d'optimisation d'assolement. Ceci, à condition de bien intégrer dans le calcul les "effets précédents" des différentes cultures de la rotation, dépassant ainsi la seule comparaison de marges brutes entre cultures.
Actuellement en France, les céréales représentent près des trois-quarts des surfaces de cultures annuelles, dont un peu moins du quart en maïs (grain + ensilage). Le total des têtes de rotation (oléagineux, protéagineux, cultures industrielles, fourrages annuels…) dépasse à peine 20%. Cette situation se traduit par un déséquilibre sur le plan agronomique. Près d’une céréale à paille sur deux vient après une autre céréale à paille.
Or, l’effet bénéfique des têtes de rotation sur la céréale suivante (augmentation de rendement et économies en intrants) contribue de façon significative à la rentabilité de ces cultures dans l’assolement. Encore faut-il le prendre en compte dans les calculs d’intérêt économique.
Prendre en compte l’effet précédent
Pour un blé de pois en comparaison à un blé de blé, on évalue à 8 q/ha le gain de rendement moyen (soit +80 e/ha pour un blé à 10 e/q) et à 20 e/ha les économies en intrants. Ainsi, l’effet précédent pour un pois représente un gain de 100 e/ha environ. Pour prendre en compte l’effet précédent d’une culture, la comparaison des marges brutes doit être effectuée à l’échelle des rotations complètes (la marge brute du blé étant variable en fonction des précédents).
Pour une optimisation des assolements plus pertinente
Les charges de mécanisation et les temps de travail sont très peu différents entre les différentes cultures, céréales à paille, oléagineux et protéagineux. L’optimisation peut donc se faire directement à partir des calculs de marges brutes (produits bruts – charges opérationnelles) à l’échelle de la rotation.
Concernant les prix de vente, le critère déterminant n’est pas la valeur absolue mais plutôt les écarts entre les différentes cultures. Des enquêtes auprès d’une centaine d’organismes-stockeurs français sur les prix définitifs payés aux producteurs montrent un écart de 20 e/t entre un pois standard et un blé meunier standard en moyenne de 1998 à 2002 (Cf. tableau prix moyens).
Cet écart tend d’ailleurs à s’accroître avec la baisse tendancielle du prix des céréales (baisse du prix d’intervention européen), celle-ci ne se répercutant qu’en partie sur le prix des protéagineux.
Illustration en Bourgogne
Dans des régions à dominante de céréales à pailles et de colza comme la Bourgogne, les protéagineux représentent moins de 2% de la SCOP. Pourtant, l’introduction du pois en alternance avec le colza comme tête de rotation (rotation 3) peut procurer une légère amélioration de la marge de l’assolement, actuel.
La diversification des assolements, une stratégie durable
Le nouveau contexte économique devrait faciliter la diversification des assolements des régions jusqu’à présent peu diversifiées. La question de l’introduction de nouvelles cultures dans les assolements est donc posée. Evidemment, les faibles différences de marges brutes ne suffisent pas à elles seules à inciter les agriculteurs à la diversification, d’autant plus que la maîtrise d’une culture nouvelle n’est pas immédiate (risque d’erreurs techniques et supplément de travail les premières années, nouveau matériel).
Mais introduire une nouvelle culture, c’est aussi s’ouvrir à d’autres opportunités :
- une solution aux problèmes agronomiques liés aux rotations peu diversifiées. Par exemple, l’introduction du pois dans la rotation peut être une solution intéressante pour résoudre à moindre coût les problèmes liés à une rotation colza-blé-orge (risques de dérive avec les maladies du colza et les mauvaises herbes) ;
- de nouvelles opportunités de marché : le développement récent du marché export de pois jaunes ou de féveroles pour l’alimentation humaine, avec des primes de 15 à 30 _/t par rapport au marché standard, peut être valorisé par les organismes-stockeurs pour stimuler le développement de nouvelles cultures par des systèmes contractuels ;
- le bénéfice de la nouvelle Mesure Agri-Environnementale d’aide à la diversification des assolements : cette mesure, applicable en 2004 dans 9 régions françaises, peut être un outil efficace pour franchir le pas de l’introduction d’une nouvelle culture.
Benoît Carrouée - UNIP
Jean Pauge - Arvalis - UNIP Centre Est
L’effet précédent
Un argument de poids en faveur des protéagineux
Les protéagineux en France ne représentent encore que 3% des surfaces en cultures annuelles, bien en dessous des besoins du marché et de leur potentiel agronomique dans les rotations. Pourtant, agriculteurs et techniciens connaissent bien l’effet bénéfique de cette tête de rotation sur la céréale suivante, qui contribue de façon significative à la rentabilité de ces cultures au sein de la rotation. Encore faut-il prendre en compte cet “effet précédent” dans les calculs…
+ 8 qx/ha en moyenne
sur le blé suivant
Qu’elles soient issues d’enquêtes ou d’expérimentations, les références concernant l’effet bénéfique d’un protéagineux sur le rendement du blé suivant sont nombreuses et convergentes : en moyenne pluriannuelle, on observe un écart de 8 q/ha entre un blé de pois et un blé de blé. Certes, pour une année et une parcelle données, cet écart peut varier de 0 à 35 qx/ha.
Remarque : pour comparer une série de précédents entre eux, il n’existe pas d’expérimentation de longue durée permettant d’établir des comparaisons rigoureuses “toutes choses égales par ailleurs”. On se base alors souvent sur des enquêtes larges, à l’échelle d’un département, telles que celles du SCEES par exemple (Cf. tableau ci-contre). Mais attention aux risques de biais liés à l’hétérogénéité des sols et à la localisation des cultures sur certains types de sols : par exemple, dans l’Yonne, les rendements en blé de pois ou en blé de betterave paraissent plus élevés de 15% par rapport au blé de colza ; c’est un biais évident lié à la localisation préférentielle des pois et betteraves dans les bonnes terres du nord et ouest du département au contraire du colza surtout localisé dans les terres superficielles du sud et de l’est du département.
Charges en intrants :
- 20 e/ha
Les données sont plus variables quant aux économies d’intrants liées à la qualité du précédent à blé. L’optimisation des doses d’azote et des stratégies herbicides et fongicides, et éventuellement les économies liées au travail du sol, doivent permettre d’économiser en moyenne près de 40 e/ha pour un blé de pois comparé à un blé de blé Dans la pratique, il n’est pas toujours facile de moduler les conduites selon le précédent, c’est pourquoi on peut retenir en moyenne une économie de charges en intrants d’environ 20 e/ha.
Prendre en compte l’effet précédent pour une optimisation plus pertinente des assolements
L’effet précédent du pois, représente en moyenne un gain de 100 e/ha environ (du fait du gain de rendement de 8 q/ha en gain de rendement, soit 80 e/ha pour un blé à 10 e/q, et une économie de 20 e/ha en intrants). Une optimisation d’assolement a été simulée dans le cas d’une exploitation en sol argilo-calcaire moyennement profond de Bourgogne (ou Berry). Il en ressort que, comparée à une rotation colza-blé-orge ou colza-blé-blé-orge (typique de la région), une rotation de 5 ans de type cola-blé-pois-blé-orge dégage une marge égale. La marge est légèrement supérieure si l’on ajoute le bénéfice de la Mesure Agri-Environnementale d’introduction d’une nouvelle culture dans l’assolement.
(VOIR TABLEAUX ET EXEMPLES DANS NOTRE EDITION PAPIER)
La FRSEA Franche-Comté ainsi que 11 autres régions ont manifesté à Paris le 27 avril pour défendre les grandes cultures. Parmi les revendications suivantes, laquelle vous semble la plus importante :
- 06 mars - 26 septembre 2010
Exposition à l'Écomusée



