Le Jura Agricole et Rural
Gérer les niveaux de mycotoxines
Coopérative Interval
Jura agricole et rural
Publié le:  13 juillet 2005
Page 9 

Malgré le temps pluvieux, les adhérents de la coopérative sont venus nombreux à la visite des essais

En plus de la rentabilité, la protection fongique permet de préserver

la valeur marchande

des récoltes : c’est

le principal message délivré par la coopérative Interval à ses adhérents au cours de la visite d’essais céréales et colza à Montureux-les-Gray.

Cette année, la météorologie est propice à la fusariose, et donc aux mycotoxines ! Mais ce n’est pas si simple, comme l’ont démontré les organisateurs de la visite d’essais Interval à Montureux-les-Gray en Haute-Saône, le 14 juin dernier. «Parmi les fusarioses, ce sont celles du groupe roseum qui sont responsables de la mycotoxine déoxynivalénol, ou DON dont vous avez entendu parler», explique un technicien de la coopérative au cours de la visite, force schémas à l’appui. «Ce champignon se conserve sur les débris végétaux, en particulier les cannes de maïs quand elles ne sont pas enfouies. Avec le non-labour, le précédent maïs est un facteur de risque important. À cela se conjugue le climat, la sensibilité variétale, la projection fongicide… si on accumule des facteurs de risque, on peut multiplier le niveau de contamination par 80 !» Plus ennuyeux, les strobilurines peuvent aggraver la situation, car les Fusarium roseum les tolèrent relativement bien. Suite à la visite d’essai, les producteurs ont assisté à l’exposé d’Annie Leszkowicz, professeur à l’Ensat en toxicologie et sécurité alimentaire, à la tête d’une équipe de recherche INRA/INPT, expert au niveau européen (santé des consommateurs) et auprès de l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments).

En phase avec le marché

«Il s’agit de faire en sorte que nos adhérents soient pleinement en phase avec les attentes du marché», explique Phillipe Guichard, directeur d’Interval. «Il y a 20 ans que nous avons mis en place la traçabilité avec les brasseries, et ensuite les filières qualité. Plus qu’une obligation, l’enregistrement doit devenir un réflexe. Déjà avec la loi sur l’eau, nous devons justifier l’emploi des pesticides, être capables de démontrer notre bonne foi.» Didier Vagneau, président de la coopérative, complète : «Cette intervention a pour objectif de faire prendre conscience aux producteurs de la nécessité de tenir compte des mycotoxines. C’est un nouveau critère de qualité, comme l’ont été par le passé les teneurs en protéines, la valeur boulangère, etc. Un critère de qualité sanitaire, qui fait partie du cahier des charges pour accéder au marché.»

Le directeur affiche un certain optimisme : «En céréales, on est tout à fait capables de gérer le risque par les pratiques agronomiques appropriées et le choix variétal. Pour le maïs, il va falloir aller à l’inverse de la tendance de ces dernières années qui favorisaient le rendement et les indices élevés. Les mycotoxines dans le maïs grain, c’est principalement un problème de date de récolte et de maturité du grain : l’idéal serait de tout récolter en octobre à 25-30% d’humidité.»

Résistantes

aux transformations

La spécialiste en toxicologie s’est lancée dans un exposé à la fois précis et accessible sur le

sujet des mycotoxines. «25% des denrées alimentaires sont contaminées par des moisissures, assure-t-elle. Les moisissures se divisent en deux groupes, celles qui sont bénéfiques et que l’on utilise dans les transformations alimentaires (vins, fromages…) et celles qui sont nuisibles, provoquent l’altération des denrées, des alergies, des mycotoxines.» Elle a rappelé la signification du terme –encore inconnu du monde agricole il y a cinq ans– mycos = champignon en grec. «Ce sont des métabolites secondaires dont le rôle est encore inconnu, ils ont probablement une fonction de défense du champignon contre une agression extérieure. Ils ne sont pas forcément métabolisés, ça dépend des conditions.» Sur les 2 300 identifiées, une vingtaine posent problème. «Les mycotoxines sont chimiquement stables et résistent à la chaleur ainsi qu’au stockage. De plus, la plage de températures de croissance des cham-pignons est très large, de 4 à 60°C, ce qui signifie qu’ils peuvent continuer à se propager dans les réfrigérateurs.» C’est à la lumière des connaissances actuelles qu’on a pu comprendre certaines intoxications alimentaires remontant au Moyen-Âge, tel le “feu de Saint

Antoine”, alors interprété comme une possession démoniaque, mais en réalité consécutif à l’ingestion de céréales contaminées par le champignon Claviceps purpurea, ou ergot du seigle. Ce champignon produit de l’acide lysergique, une molécule dont le dérivé synthétique est… le LSD !

La scientifique a également détaillé la notion de risque, et la manière dont sont établies les fameuses “normes”. Pour cela, on étudie à travers des tests toxicologiques sur des animaux de laboratoire les effets de substances dangereuses. «Pour extrapoler ces valeurs à l’espèce humaine, on prend la dose admissible chez l’espèce la plus sensible, et on multiplie par un facteur de sécurité de dix. Puis encore dix fois, en considérant que dans l’espèce humaine, la sensibilité peut varier selon les individus, leur âge… Dans le cas des composés cancérigènes, on peut encore prendre un facteur de 5 à 10 000.»

Enfin, Annie Leszkowicz a brossé un tableau complet des principales mycotoxines qui concernent l’agriculture des zones tempérées, photos à l’appui. Chevaux à la cervelle liquéfiée suite à l’ingestion de maïs contenant des fumonisnes, truies présentant des prolapsus vaginaux et anaux à cause des trichotécènes présents dans leurs céréales… autant de clichés qui ont marqué les esprits des participants, venus nombreux.

Alexandre Coronel


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