Le Jura Agricole et Rural
Le Moulin des Hays a doublé sa collecte
Filiale de la coopérative Poligny-Bletterans
Jura agricole et rural
Publié le:  01 août 2005
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L’équipe du Moulin des Hays, réunie aux côtés de Christian Pocard

Rencontre avec Christian Pocard, directeur délégué de la société du Moulin des Hays, filiale de la Coopérative Poligny-Bletterans. Après cinq années d’effort, l’entreprise a doublé sa collecte et commence à dégager du bénéfice.

La collecte est un service que nous développons à la

mesure de l’outil». Une affirmation que Christian Pocard partage avec les membres du conseil d’administration de la coopérative de Poligny-Bletterans qui lui ont confié la direction de la SA Le Moulin des Hays depuis son rachat le 1er juillet 1999, à Jean Bobey, négociant privé. La société du Moulin des Hays a une capacité de stockage de 5 000 tonnes qui lui permet d’accueillir une collecte d’environ 10 000 tonnes. Un optimum largement atteint depuis deux campagnes et qui ne devrait pas être dépassé pense Christian Pocard . «Le prix actuel des céréales ne permet pas d’envisager des investissements de stockage».

Malgré le statut spécifique du Moulin des Hays, l’esprit coopératif n’est pas loin. «Nous n’obligeons pas les agriculteurs à s’approvisionner chez nous mais nous passons une sorte de contrat moral en leur demandant de s’engager au moins sur la partie livrée.» 75% de la collecte est assurée par un noyau dur d’agriculteurs fidélisés dans le temps.

Un lifting nécessaire

Après son rachat, le site réclamait une importante remise à

niveau. Le vieux moulin est aujourd’hui une coquille vide et n’a gardé de son activité de meunerie, abandonnée il y a une quinzaine d’années, que le souvenir et un nom, “Moulin des Hays”. Son activité se concentre désormais sur la collecte et l’approvisionnement avec un ensemble de silos et

d’aires de stockage situés derrière l’ancien bâtiment.

Il a fallu en priorité moderniser tous les éléments de sécurité :

refaire les passerelles d’accès aux cellules de stockage, mettre aux normes l’installation électrique. Séchoirs, fosses, nettoyeurs

séparateurs, ventilateurs… Beaucoup d’équipements ont été améliorés. Le vieux pont à bascule n’est plus qu’un témoin nostalgique du passé. Dans la cour fraîchement enrobée, l’installation d’un pont à bascule électronique a donné un coup de fouet à l’activité de collecte. «Cet équipement était nécessaire pour redonner confiance à nos livreurs», constate Christian Pocard.

Les derniers investissements marquent la volonté de travailler dans de bonnes conditions au niveau du transport et de la manutention avec l’achat d’un manuscopique, de deux camions et de 4 remorques dont une remorque basculante. «Nos gars sont beaucoup sur la route et nous travaillons de plus en plus avec des big bags pour les engrais». La remise à niveau de l’outil a demandé un investissement d’environ 450 000 euros. Le chiffre d’affaires sera cette année de 2,8 millions d’euros. Il aura fallu cinq années d’efforts et d’économies pour sortir la société de ses difficultés financières, rétablir les bilans et enfin, pour la première fois cette année, dégager un bénéfice.

Il a fallu aussi redéfinir les priorités de travail. La zone de collecte se concentre désormais sur un rayon de 10 à 15 kilomètres autour du Moulin. Certains livreurs trop éloignés ont été réorientés vers la coopérative de Bletterans. Des représentants du Moulin se rendaient jusqu’en Petite montagne, cette activité est aujourd’hui abandonnée par la nouvelle équipe. De même l’activité de brasserie (vente de boissons en gros) devrait diminuer. À une époque, le Moulin a même fait office de dépôt de gaz. «Nous ne sommes pas contre cette notion de service en milieu rural. On nous a demandé si nous voulions être point-relais pour La Poste. Mais nous ne pouvons pas disperser nos activités surtout en pleine période de récoltes !»

La recherche de débouchés

Une des originalités de la société est la collecte de céréales issues de l’agriculture biologique. Lors de la dernière campagne, elle a reçu sur son site de Neublans, 250 tonnes de blé, 130 tonnes de maïs (en séchage), 100 tonnes de soja, 50 tonnes d’orge d’hiver et une centaine de tonnes de céréales secondaires. Les blés sont revendus aux moulins Marion et Dornier ou partent en Bretagne. Les maïs servent à l’alimentation animale en système “bio”. Si les prix et les acheteurs étaient au rendez-vous l’année dernière, l’année qui vient s’annonce très inquiétante : partis de 300 euros la tonne de blé biologique en début de campagne, nous sommes aujourd’hui à 180 euros. De plus les marchés sont difficiles à trouver car les stocks de report sont là et la récolte s’annonce correcte. Lors de la dernière campagne, le Moulin des Hays était le seul séchoir de Franche-Comté à fonctionner en bio. Une filiale de coopérative qui s’intéresse à l’activité bio, lui assure un débouché et des services techniques, c’est un atout pour la région. Mais l’avenir de cette activité est directement lié à celui de l’agriculture biologique.

Issu de l’agriculture biologique et non OGM, le soja collecté par le Moulin des Hays aurait pu être commercialisé en alimentation humaine, avec un prix du simple au double par rapport à l’alimentation animale. Mais l’offre, très abondante au niveau national, n’a pas permis de se placer sur ce créneau. Le soja est parti dans l’alimentation animale vers des extrudeurs, à Chalon-sur-Saône (Extrusel) et en Suisse. La culture du soja n’est pas assez aidée. Pourtant le besoin d’autonomie en protéines est de plus en plus présent dans les élevages. Pour Christian Pocard, l’intérêt d’une filière locale ne fait aucun doute : «Nous sommes loin de tout, aussi nous devons trouver des débouchés dans la proximité, dans l’alimentation du bétail avec les filières AOC. C’est un projet qui mérite une réflexion régionale».

I.P.


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