Le Jura Agricole et Rural
Des fibres végétales pour renforcer les matières plastiques
Conférence à Innovia (Dole)
Jura agricole et rural
Publié le:  22 novembre 2005
Page 20 

Agro Fibre Technologie a réussi l’introduction de fibres d’origine agricole dans des matières plastiques

Dans le cadre du salon Innovia à Dole, Gérard Mougin est venu présenter la mise en place du concept d’éco conception au sein de son entreprise AFT Plasturgie créée en 2001.

Il a en effet développé un procédé exclusif qui permet d’obtenir le renforcement des pièces plastiques par l’introduction de fibres végétales (chanvre, jute, sisal, lin...).

La conférence animée par Marylin Thomasson, journaliste, a permis à différents chefs d’entreprises de la région de découvrir les atouts de ce nouveau matériau dont les applications sont variées : en fibres, le chanvre devient papier, laine de verre et permet le renforcement des matières plastiques, en chenevotte, il est litière ou matériaux de construction, en chenevis, il fournit une huile diététique anti cholestérol et en poudre nous le retrouvons dans les litières ou comme amendement pour les sols viticoles. “Ce projet a été élaboré par des agriculteurs”, ne manque pas de souligner Gérard Mougin. Les premiers partenaires de ce projet industriel d’envergure sont des coopératives agricoles : les Chanvrières de l’Aube et Interval, rejoints par Nourricia, coopérative située en Champagne-Ardennes.

“ Econo-concepteur “

Le responsable d’AFT Plasturgie se définit comme un “écono-concepteur” avant d’être un éco-concepteur. “Nous voulions mettre au point un produit innovant au coût le plus faible possible donc en nous affranchissant des traitements spéciaux par ajouts de produits et de colles. L’adhésion des matières plastiques et des fibres de celluloses est obtenue par une défibriation de surface. Chaque fibre devient une sorte de hérisson qui vient s’ancrer dans une fibre plastique”. En quelques mots, l’inventeur nous fait entrer au cœur d’un matériau conçu au départ dans un souci d’économie mais qui s’avère d’une très haute qualité écologique. La culture la plus adaptée à la défibriation est celle du chanvre qui vient remplacer 30% de la matière plastique produite à partir du pétrole. Le produit est plus léger (-15%), le démoulage plus rapide (durée de production divisée par 2), la température de fabrication moins élevée.

Autant de moyens de faire des économies en énergie tout en utilisant une ressource naturelle renouvelable et parfaitement recyclable, contrairement aux fibres plastiques renforcées avec de la fibre de verre, procédé actuellement le plus utilisé. Ces dernières seraient également nettement moins solides que le plastique à base de chanvre. Une étude actuellement en cours au sein de l’Ademe et du ministère de l’Environnement devrait révéler les qualités des fibres végétales comparées aux procédés traditionnels.

Une plante écologique

Les secteurs qui s’intéressent à l’utilisation du plastique renforcé au chanvre sont ceux de l’automobile, à l’exemple de la Sequana de l’opérateur Orange créée spécialement pour le Mondial de l’Automobile à Paris en 2004, ou encore des pièces en plastiques comme les couvre-culasses qui vont pouvoir être utilisés dans les moteurs. En effet, quand il est renforcé avec du chanvre, la résistance à la chaleur du polypropylène augmente de 90 à 155 degrés. Des marques comme Lafuma vont bientôt lancer une gamme de produits (tissus pour sièges et matériel de camping) utilisant les produits d’AFT. “L’emballage, les pièces techniques et le bâtiment, notamment le renforcement des fenêtres PVC vont devenir des marchés porteurs pour le plastique au chanvre”, estime Gérard Mougin. Il souligne aussi les qualités de la culture de chanvre en elle-même : “une culture très dense, étouffante qui ne nécessite aucun herbicide, fongicide ni insecticide durant son cycle de production et qui stocke 790 grammes de CO2 par kilo de chanvre. L’utilisation de chanvre dans les plastiques conduit à une amélioration de l’impact sur l ‘air et sur l’eau estimée à 65%”. Pour améliorer encore ce résultat il faudrait remplacer le plastique-pétrole par d’autres matériaux. “Les bio-composites sont le deuxième étage de la fusée. Nous y travaillons...”

I.P.

L’Eco conception

L’éco conception vise à réduire les impacts négatifs sur l’environnement d’un produit durant l’ensemble de son cycle de vie. Cela peut concerner plusieurs domaines comme le choix des matériaux pour leur qualité écologique, la capacité de recyclage du produit ou encore la réduction des dépenses en énergie en réalisant par exemple des emballages moins volumineux pour le transport. Nos voisins de Rhônes alpes, pionniers en la matière, ont déjà réalisé 80 diagnostics d’éco conception à la demande des entreprises. De son côté, la Franche Comté entre dans la phase de sensibilisation. La Chambre régionale de commerce et d’industrie peut dès à présent proposer aux entreprises un diagnostic d’éco conception pris en charge à 70% par la Drire, l’Ademe et le Conseil régional. “C’est une démarche volontaire, accompagnée d’une aide financière. Nous sommes dans un contexte économique difficile et l’environnement, en dehors des obligations réglementaires, n’est pas toujours une priorité pour les entreprises. Mais l’éco conception peut être un moyen de se démarquer sur le marché et de réaliser des économies“ précisent Solène Guillet de la chambre régionale de CCI et Nadia Boëglin de l’Ademe.

Des outils industriels en partenariat avec les agriculteurs

AFT Plasturgie possède déjà une usine à Fontaine-les-Dijon mais dont la capacité est limitée à 5 000 tonnes de compounds (billes de plastique-chanvre) par an. Quand on sait par exemple qu’il se produit 1,6 milliard de palettes en bois par an en Europe et qu’il faudra bientôt remplacer le bois par d’autres matériaux, on mesure l’ampleur des marchés potentiels. “ Parallèlement à AFT qui poursuit son rôle de pôle de recherche, il nous faut des outils industriels adaptés. Une usine d’une capacité de 60 000 tonnes par an va d’ailleurs s’installer sur la zone des Champins à Tavaux “. Le responsable d’AFT annonce que le permis de construire et l’autorisation de demande d’exploiter ont été déposés il y a un mois. L’usine pourra logiquement entrer en service en septembre 2006. Ce projet particulier repose sur la création d’une filière très structurée : la culture est réalisée par les agriculteurs et la première transformation de défibrage par les coopératives appuyées par des organismes de selection et de multiplication de semences et par l’Institut technique du chanvre. L’incorporation dans les plastiques est assurée par AFT. L’usine de Tavaux pourra absorber une production de chanvre équivalente à 8 ou 10 000 ha. Il se cultive actuellement plus de 2000 ha de chanvre sur la région avec une marge de progrès évidente.


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