Le Jura Agricole et Rural
La taille de la vigne : un art à apprendre
Jura agricole et rural
Publié le:  23 mars 2007
Page 8 

Les techniques de taille sont nombreuses

Comme chaque année, l’ADFPA a organisé en novembre 2006 une formation à la taille et au liage de la vigne pour les salariés viticoles.

L’association de formation a sollicité le CFPPA de Montmorot qui s’investit dans une formation « taille de la vigne » se déroulant dans les vignes du lycée agricole. Douze salariés (six femmes, six hommes) inscrits par cinq employeurs ont appris la technique de taille dans le Jura, ses objectifs et son impact sur la production, les cépages, les produits issus de la vigne, leurs caractéristiques et le liage. Les méthodes pédagogiques sont axées principalement sur la pratique, les participants sont ainsi pendant cinq jours dans les vignes de l’exploitation du lycée agricole de Montmorot, afin de pratiquer la taille sous les yeux attentifs de deux formateurs, Jean-Claude Viallard, directeur du CFPPA et Thierry Piton,

salarié de l’exploitation agricole.

La plupart des participants a acquis la technique de taille. Pour tous il s’agit ensuite de mettre en pratique ce savoir-faire chez leurs employeurs afin de développer encore leurs compétences et satisfaire à l’efficacité demandée.

Perfectionnement

Afin de répondre aux besoins de salariés ayant déjà pratiqué la taille, une formation de deux jours au perfectionnement à la taille de la vigne a été mise en place et a intéressé huit salariés. Ceux-ci ont découvert d’autres techniques de taille et rencontré des viticulteurs ayant des approches différentes. Pour Sylvie qui avait appris la taille, sans pratiquer : « ces deux jours ont été une bonne remise à niveau, j’ai revu ce que j’avais appris l’an dernier, je repars confiante », et pour Sébastien qui a travaillé plusieurs saisons à la taille, « j’ai appris plusieurs types de taille, c’est ce que je recherchais, c’est très bien ».

Recrutement en cours

À noter que ces formations ne peuvent se développer que grâce à l’engagement de plus en plus nombreux des entreprises viticoles du Jura. Le développement de la qualité et de la diversité des formations se fait par la reconnaissance du rôle de la formation professionnelle : l’acquisition de compétences et de savoir-faire viticoles, la valorisation d’un métier et de l’ensemble d’un vignoble.

Depuis 1998, l’ADFPA s’appuie notamment sur le groupement d’employeurs Desfi qui a joué un rôle moteur dans la mise en place de parcours pour les salariés viticoles, et la valorisation du métier de salarié viticole polyvalent. Ces formations sont réalisées avec le concours financier du Fafsea (Fonds d’assurance formation des salariés d’exploitation agricole) et du FSE (Fonds social européen) dans le cadre du plan mutualisé interentreprises.

En 2007, la formation taille est déjà programmée pour l’automne, et le recrutement est déjà en cours. D’autres formations comme l’initiation ou le perfectionnement à la dégustation, la conduite de matériel ou le travail en cave sont programmées.

Renseignements: 03 84 35 14 30.

Marie-Ange Christophe, ADFPA.


Ils ont dit


Cécile Vegas : Les sécateurs la démangent

Serveuse après un BEP hotellier, Cécile Vegas envisage une reconversion professionnelle. En 2004, elle suit une formation d’horticulture à Quetigny mais voulant travailler dans le Jura,

elle se fait embaucher à la tâche au domaine Geneletti pour les vendanges, et pour « tirer » les bois c’est-à-dire les décrocher et les brûler. « J’ai entendu parler de Desfi par les autres salariés », explique la jeune femme. À partir de mars 2005, elle enchaîne un contrat à l’année avec une période de chomâge en juillet et août. Elle décroche, lie et relève la vigne mais toujours pas de taille. « J’ai suivi une formation en 2005 où j’ai appris la technique de la taille et acquis de la rapidité. C’est très intéressant ». De retour chez son employeur, Berthet-Bondet à Château-Chalon, elle ne peut pas tout de suite appliquer la taille au cordon de Royat qu’’elle a appris, celle-ci étant utilisée pour les rouges. « J’aimerais travailler tout un hiver sur la taille pour parfaire ma formation », conclut Cécile.


Isabelle Brocard, salariée viticole et présidente de MJC

À 47 ans, Isabelle Brocard a plus d’une corde à son arc. Ses enfants déjà grands, elle envisage de démarrer une activité salariée. Bien qu’issue du milieu agricole et titulaire d’un BTA en élevage, elle se tourne vers le milieu viti-vinicole et suit en 1997, une formation d’assistante en sommellerie avec le Greta d’Arbois. Présidente de la Maison des jeunes et de la culture de Dole, elle n’hésite pas à mettre ses compétences en action, organisant des scéances de découverte des vins du Jura.

Six à huit mois par an, elle travaille à la vigne. Elle est spécialisée dans la taille par une première formation en 2001 et un perfectionnement en 2006. « Il est bon de remettre le travail à plat pour voir si l’on a pris de mauvaises habitudes et apprendre de nouvelles techniques », déclare Isabelle Brocard qui a également suivi deux jours de stage sur l’agrobiologie appliquée au vignoble de Bourgogne. L’avenir ? Il s’annonce plus serein. Isabelle vient de signer un CDI avec Desfi. Son employeur, Jean-Marie Guelle à Offlanges, s’est engagé sur 500 heures annuelles et l’association l’aidera à trouver le complément, y compris par des missions courtes au service de remplacement. « Desfi n’est pas une agence d’intérim purement commerciale, elle organise un suivi, des formations ». Forte de cette conviction, Isabelle est d’ailleurs devenue la représentante des salariés à Desfi.


Sébastien Aude : « Pour découvrir d’autres techniques »

À 33 ans, Sébastien Aude est salarié Desfi depuis quelques mois seulement. Ce pâtissier de formation, qui a aussi touché au jardinage, a découvert le monde la vigne un peu par hasard. « Ça m’a plu et ça me plaÎt toujours, confie-t-il. Je savais tailler mais je voulais apprendre d’autres techniques de taille pour en connaître un maximum. Mon objectif est de découvrir d’autres vignobles où l’on taille différemment. Et où, aussi, on peut trouver plus facilement du travail. »

S’expatrier est devenu une grande ambition pour Sébastien qui, grâce à

cette formation et, lassé par la succession des contrats saisonniers, ne craint plus désormais d’aller se présenter ailleurs. La formation lui a donné une certaine assurance. Il l’a trouvée assez complète, même s’il regrettait de ne pas avoir eu plus de temps pour approfondir des sujets comme les cépages ou la reconnaissance des maladies. Il espère bien que ce sera l’objet de futures formations…


L’exemple alsacien

Une délégation jurassienne s’est rendue le 22 février dernier, à l’invitation du Fafsea et du Civa (Comité interprofessionnel des vins

d’Alsace) à Dorlisheim dans le Bas-Rhin pour prendre connaissance du concours de taille organisé depuis 28 ans dans la région. Elle a été

accueillie par la chambre d’agriculture et le lycée agricole de Rouffach. Cette année, le concours a concerné une centaine de participants, et 40 finalistes. Lors des éliminatoires, et pour les personnes ayant déjà participé à une formation, un diplôme de taille est remis à ceux qui satisfont aux épreuves. Les participants sont des salariés viticoles, des lycéens, des viticulteurs. Le résultat de ce concours est le fruit d’un large partenariat entre la profession, l’enseignement agricole, la chambre d’agriculture, la recherche et le syndicalisme. Chaque finaliste reçoit un prix. L’organisation et la participation à ce concours est une reconnaissance du métier que tous partagent. Chacun dans son rôle est prêt à transmettre et valoriser un savoir faire. Pourquoi pas une organisation de ce type dans le Jura ?


Newsletter GRATUITE
Sondage

Dans quelques mois, la politique agricole commune va subir de profondes modifications, et en particulier un rééquilibrage des soutiens. Pensez-vous que l'agriculture du Jura va en sortir :

  • Plutôt gagnante
  • Plutôt perdante
  • Ne se prononce pas

  • (C) Le Jura agricole et rural
    Partagez vos idées, écrivez-nous
    Webmaster